Le Pr Etienne-Marie Jutant, qui a été nommé professeur des universités-praticien hospitalier au CHU de Poitiers en 2024, explique les particularités de l’hypertension artérielle pulmonaire, la thématique principale de ses recherches.
Quel a été votre parcours professionnel ?
Mon parcours professionnel s’est construit autour de rencontres significatives. La première, celle avec le monde de la recherche, a eu lieu alors que j’étais externe à la faculté de Poitiers. J’ai eu l’opportunité de réaliser un master 1 de recherche au sein de l’équipe du Dr Nicolas Bourmeyster au pôle biologie santé (PBS). Par la suite, entre ma 2e et ma 3e année d’internat à Paris, j’ai poursuivi mon parcours avec un master 2 au sein du laboratoire INSERM U999, situé au Kremlin-Bicêtre, dirigé par le Pr Marc Humbert. C’est dans ce même laboratoire que j’ai réalisé ma thèse de science, grâce à un poste d’accueil INSERM qui m’a permis de me consacrer pendant deux ans à temps plein après mon clinicat à la recherche sur la physiopathologie de l’hypertension artérielle pulmonaire. Les rencontres humaines ont également guidé mon parcours hospitalo-universitaire notamment avec l’équipe du Pr Jean-Claude Meurice, chef du service de pneumologie du CHU de Poitiers et l’équipe du Pr Marc Humbert. Ces deux équipes m’ont soutenu et m’ont donné la possibilité de développer des activités de recherche passionnantes. Mon intérêt pour l’hypertension pulmonaire a commencé durant mon internat à Paris et s’est consolidé lors de mon clinicat à l’hôpital Bicêtre. Ce domaine passionnant en clinique et en recherche est devenu la ligne directrice de mon parcours de clinique, de recherche et d’enseignement. Ma dernière rencontre concerne les examens cliniques objectifs structurés (ECOS) découvert lors de mon DIU de pédagogie médicale à Paris. A mon arrivée au CHU de Poitiers en tant que maitre de conférences-praticien hospitalier en 2021, j’ai pris la fonction de coordinateur local ECOS : les ECOS sont un formidable outil de formation des étudiants et valorisent l’acquisition des compétences médicales. Grâce à toutes ces rencontres, j’ai tissé un fil rouge de recherche transversale sur l’hypertension pulmonaire et j’ai développé mes activités de pédagogie médicale sur les ECOS. Cela m’a amené à valider l’habilitation à diriger des recherches en 2023 et à être nommé professeur des universités-praticien hospitalier en 2024.
Pourquoi vous avez choisi la pneumologie ?
Mon passage dans le service de pneumologie du professeur Jean-Claude Meurice alors que j’étais encore externe a été déterminant et m’a orienté vers cette spécialisation. Ce qui me plait, c’est l’intérêt porté à l’environnement global des patients : expositions professionnelles, domestiques, exposition aux polluants externes, mode de vie. C’est une spécialité variée, couvrant un large éventail de domaines médicaux et offrant la possibilité de conjuguer consultations médicales et gestes techniques ainsi que différents types d’exercice. Enfin, c’est une spécialité où la recherche est particulièrement dynamique car de nombreuses maladies respiratoires restent graves et non curables. Il reste encore beaucoup de choses à découvrir.
Et pourquoi avez-vous choisi plus particulièrement l’hypertension artérielle pulmonaire comme thématique centrale de recherche ?
Je suis membre du centre d’investigation clinique (CIC1402) du CHU de Poitiers. Je développe une activité de recherche transversale sur l’hypertension pulmonaire.
L’hypertension artérielle pulmonaire est une forme rare d’hypertension pulmonaire, touchant environ 50 personnes par million d’habitants, de tous âges. Elle est causée par un remodelage obstructif, c’est-à-dire une obstruction progressive, des petites artères pulmonaires conduisant à une insuffisance cardiaque droite. Elle se manifeste principalement par un essoufflement et peut, sans traitement, être mortelle. L’ultime recours thérapeutique reste la transplantation pulmonaire.
Depuis les années 2000, l’hypertension artérielle pulmonaire est passée du statut de maladie orpheline sans traitement à une maladie rare pour laquelle plus de dix traitements médicamenteux ont été développés. La recherche autour de cette pathologie est très active. L’enjeu est de mieux comprendre les mécanismes et les facteurs prédisposants, mais aussi de découvrir de nouveaux traitements ainsi que de nouvelles stratégies de prise en charge. Nous participons avec le centre de compétence de l’hypertension pulmonaire de Poitiers, en association avec le Dr Magali Croquette dans le service de médecine vasculaire, à de nombreux essais cliniques de phase 2 et 3 sur les traitements innovants dans l’hypertension artérielle pulmonaire.
Présentez-nous la recherche EXPOSPAH
Je coordonne le projet de recherche collaboratif EXPOSPAH qui étudie le rôle de l’exposome dans l’hypertension artérielle pulmonaire. Lauréat en juillet 2024, ce projet est financé à hauteur de 600 000 euros par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et la direction générale de l’offre de soins (DGOS). Son objectif est d’étudier le rôle de l’exposome, c’est-à-dire l’ensemble des expositions auxquelles les patients sont soumis, dans le développement d’hypertension artérielle pulmonaire classée comme idiopathique, c’est-à-dire sans cause. Nous savons que certaines formes d’hypertension artérielle pulmonaire sont favorisées par l’exposition à des médicaments, des drogues ou certains toxiques comme les solvants. L’impact global de toutes les expositions environnementales – qu’elles soient internes, externes ou professionnelles – n’est pas encore pleinement caractérisé. Les données des patients au sein du réseau national d’hypertension artérielle pulmonaire seront comparées à celle d’un groupe témoin. Différentes structures de recherche poitevines et nationales participent à ce projet collaboratif parmi lesquels le laboratoire d’écologie et biologie des interactions, UMR CNRS 7267 de l’université de Poitiers avec le Pr Nicolas Venisse, le laboratoire de toxicologie du CHU de Poitiers (Dr Bertrand Brunet), le service de maladies professionnelles du CHU d’Angers dirigé par le Pr Alexis Descatha, le laboratoire sur les maladies respiratoires de l’hôpital Avicennes (Dr Lucile Sése), le Centre d’enseignement, de recherche et de traitement des addictions de l’hôpital Paul Brousse (Pr Laurent Karila), le laboratoire INSERM U999 « hypertension artérielle pulmonaire physiopathologie et innovation thérapeutique » au Kremlin Bicêtre (Pr David Montani), et les CHU du réseau de l’hypertension pulmonaire dans dix grandes villes françaises. C’est l’opportunité de découvrir de nouveaux facteurs déclenchants de cette maladie grave et de poursuivre la recherche sur les mécanismes de la maladie.