Le professeur Jean-Pierre Frat est une figure emblématique de la recherche sur l'oxygénothérapie à haut débit (OHD). Cette technique d'oxygénation a transformé la prise en charge des patients en détresse respiratoire. Le Pr Frat a récemment rédigé un éditorial dans une revue scientifique de niveau A+. (Frat JP, Le Pape S, Thille AW. Is High-Flow Oxygen the Standard for All Patients With Acute Respiratory Failure? JAMA. 2025 Mar 11;333(10):850-852. doi: 10.1001/jama.2024.25906. PMID: 39657972.)
Le service de médecine intensive-réanimation du CHU de Poitiers est leader en matière de recherche clinique sur la prise en charge des détresses respiratoires aiguës. Grâce aux travaux de recherche du professeur Jean-Pierre Frat, du professeur Arnaud Thille et du professeur Rémi Coudroy, le CHU de Poitiers s’est forgé une réputation d’excellence, avec des publications dans des revues scientifiques de renommée mondiale comme le New England Journal of Medicine (NEJM),le Journal of the American Medical Association (JAMA) et The Lancet Respiratory medicine (Lancet Respir Med). Ces publications témoignent de l’impact majeur de leurs recherches sur les pratiques cliniques.
En effet, dès 2015, le professeur Frat et son équipe ont publié l’étude FLORALI dans le prestigieux New England Journal of Medicine. Cette étude, fruit de sept années de recherche, a été pionnière en évaluant l’efficacité de l’OHD chez des patients atteints d’insuffisance respiratoire aiguë. Alors que l’objectif principal était de réduire le taux d’intubation, l’étude a révélé un bénéfice sur la survie des patients, en particulier les plus gravement atteints, chez qui une diminution de l’intubation et donc de la mortalité ont été observées. L’étude FLORALI a ainsi mis en lumière l’intérêt de l’OHD, un dispositif délivrant jusqu’à 50 litres d’oxygène par minute, se distinguant de l’oxygène standard et de la ventilation non invasive par masque. Au-delà de son efficacité, l’OHD s’est avérée être un traitement plus confortable pour les patients. Cette publication a eu un retentissement considérable, comme l’annonçait l’éditorial du NEJM intitulé « Saving Life with high flow nasal oxygen« .
Face à l’urgence sanitaire de 2020, l’équipe du professeur Frat a adapté ses recherches avec l’étude SOHO-COVID, publiée en septembre 2022 dans le JAMA. Cette étude, menée dans 30 centres nationaux et incluant 700 patients atteints de COVID-19 en moins d’un an, a comparé l’OHD à l’oxygénation conventionnelle. Bien que le taux de mortalité soit similaire entre les deux méthodes, l’OHD a démontré une réduction significative de l’intubation (de 45 % à 53 %). Cette étude a confirmé les bénéfices de l’OHD dans un contexte de pandémie, renforçant son positionnement comme une option thérapeutique de choix.
Actuellement, l’équipe travaille sur l’étude SOHO, la plus vaste recherche sur le sujet à ce jour, avec 1 110 patients inclus. Cette étude vise à confirmer les bénéfices de l’OHD sur la mortalité des patients atteints de pneumonie et d’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique. Les résultats sont attendus pour la fin de l’année, et pourraient avoir un impact encore plus grand sur les recommandations cliniques internationales.
Bien que l’OHD puisse paraître plus coûteuse en termes de consommation d’oxygène (environ 43 € par jour et par patient, contre 0,60 € pour le système standard), ce coût est largement compensé par les bénéfices cliniques. En évitant l’intubation, l’OHD permet de réduire considérablement la durée d’hospitalisation des patients, passant de plusieurs semaines à quelques jours, ce qui génère des économies substantielles à l’échelle d’un service de réanimation.
Les travaux du professeur Frat et de son équipe ont eu un impact majeur sur les recommandations des sociétés savantes françaises et européennes. L’oxygénothérapie à haut débit est désormais recommandée en première intention pour la prise en charge de l’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique, en particulier dans le cas des pneumonies. Cet impact témoigne de la reconnaissance internationale de l’expertise du CHU de Poitiers dans ce domaine.
Mais l’équipe du professeur Frat ne se limite pas à la phase aiguë de la maladie. Avec l’étude SOHO long, financée en partie par les bourses de la Fondation uu souffle et du nouveau souffle, elle s’intéresse au pronostic à long terme des patients traités par OHD. L’objectif est d’évaluer la qualité de vie des patients à un ou deux ans après leur sortie de réanimation, en collaboration avec une psychologue, Manon Micheletti. Cette démarche novatrice vise à appréhender l’impact global de la détresse respiratoire et de ses traitements sur la vie des patients après la sortie de l’hôpital.
Le travail accompli par les équipes du CHU de Poitiers, notamment celles du professeur Jean-Pierre Frat et du professeur Arnaud Thille, a positionné l’établissement comme un acteur majeur de la recherche en réanimation. Leurs découvertes ont déjà transformé les pratiques cliniques et continuent de repousser les frontières de la connaissance pour offrir les meilleurs soins possibles aux patients.