L’hypnose au service des patientes

Portrait du docteur Nemo et de Christelle Bachelier

Depuis 2020, le service d’anesthésie réanimation médecine péri-opératoire du CHU de Poitiers propose différentes techniques d’hypnose au bloc opératoire et en salle d’accouchement. A l’origine de ces projets, le Dr Florence Némoz-Deltour, anesthésiste, et Christelle Bachelier, infirmière-anesthésiste, encouragées par les professeurs Denis Frasca et Matthieu Boisson, nous expliquent ces différentes prises en charges thérapeutiques.

Une rencontre pour une belle initiative

Anesthésiste au CHU de Poitiers, le Dr Florence Nemoz Deltour exerce au sein du service de gynécologie-obstétrique. En 2014, elle a entrepris une formation à l’hypnose sur la prise en charge des douleurs aiguës et des troubles chroniques au centre Emergence à Rennes. Son objectif était clair : améliorer la relation entre l’anesthésiste et le patient. « Trop souvent, les patients ont une image négative des anesthésistes, nous percevant uniquement comme ceux qui les endorment, souvent avec une seringue. Beaucoup sont anxieux à l’approche de l’anesthésie. Ma formation en hypnose visait à apporter une dimension plus humaine à ma pratique » explique-t-elle. Christelle Bachelier, infirmière anesthésiste au CHU de Poitiers depuis 25 ans, et présente à l’hôpital depuis plus de 33 ans, s’est formée à l’hypnose en 2017 à l’hôpital Kremlin-Bicêtre à Paris. « Au-delà d’une pratique plus technique de ma formation d’IADE, je ressentais le besoin, au terme de 15 ans d’exercice professionnelle, d’y associer et de retrouver une dimension relationnelle. Cette démarche a été encouragée par mes responsables, Laurence Joulain et Frédérique Chevereau », précise celle-ci.

Leur rencontre a été le point de départ d’une initiative précieuse pour les patientes : des consultations de préparation à l’accouchement sous autohypnose et des consultations d’anesthésie en vue d’une intervention chirurgicale sous hypno sédation.

Actuellement, quatre professionnels du service sont habilités à initier les patientes à l’autohypnose et à l’hypno sédation : le Dr Florence Nemoz-Deltour, Christelle Bachelier, ainsi que les docteurs Valérie Renaud et Rouba Khoury. Par ailleurs, d’autres professionnels de la salle de naissance, notamment des sages-femmes, des aides-soignantes et des auxiliaires de puéricultures, sont formées ou en cours de formation. Christelle Bachelier s’investit également dans la transmission de ses connaissances en formant les futurs soignants au sein des instituts de formations en soins infirmiers et d’aide-soignant.

Des casques de réalité virtuelle sont disponibles pour les patientes lorsque les professionnels ne sont pas disponibles.

L’autohypnose : une aide précieuse pour les femmes enceintes

Les consultations de préparation à l’accouchement se déroulent en trois séances d’environ 30 minutes à 15 jours d’intervalle. Durant ces sessions, Christelle Bachelier initie les patientes à l’autohypnose. Ces dernières se créent une bulle de confort à partir d’un lieu de sécurité qu’elles choisissent elles-mêmes. Leur accompagnement personnalisé peut se poursuivre également en chambre lors de l’hospitalisation, ou pendant la pose de la péridurale. « L’objectif de l’autohypnose est de rendre les femmes pleinement actrices de leur accouchement. Il s’agit d’une hypnose conversationnelle, qui s’appuie sur une utilisation judicieuse des mots. Même si l’accouchement devient plus médicalisé, cette technique thérapeutique les aide à mieux vivre l’expérience. Nous n’imposons rien : la démarche doit toujours venir d’une demande de la patiente », expliquent-t-elles. Le Dr Julie Geoffrion, médecin en médecine physique et réadaptation au CHU de Poitiers, a consulté Christelle Bachelier durant sa grossesse. Elle souhaitait bénéficier de l’apport de cette pratique pour plus de bien-être, dans l’optique d’un accouchement serein. « Il n’existe aucune contre-indication à l’hypnose, il faut donc l’essayer, car elle peut se révéler d’une aide précieuse. Pour ma part, elle m’a aidé à gérer les douleurs de l’accouchement avec les exercices de respiration. Je crois qu’elle a vraiment contribué au bon déroulement de l’accouchement. À un moment donné, des complications imposaient une césarienne. J’ai alors réussi à me concentrer et à visualiser mentalement la sortie du bébé, en lui montrant un chemin vers lequel il devait aller. », témoigne le Dr Julie Geoffrion. L’hypnose s’avère être une approche thérapeutique pertinente pour les patientes qui ont une contre-indication à une anesthésie péridurale ; pour des patientes qui ont été engagées dans un parcours de PMA, souvent éprouvant ; pour des patientes qui ont vécu un traumatisme lors d’un précédent accouchement ou pour des patientes qui souhaitent un accouchement en salle nature.

L’hypno sédation au bloc opératoire

Les patientes au bloc opératoire peuvent bénéficier d’une chirurgie sous hypnosédation et anesthésie locale accompagnées par les docteurs Florence Nemoz-Deltour, Valérie Renaud et Rouba Khoury. « Lors de la consultation d’anesthésie, je prends le temps d’expliquer les principes de l’hypnose. Si la patiente est réceptive, je lui enseigne un exercice simple à réaliser à domicile durant la période précédant l’opération. Cet exercice consiste à identifier et à enrichir une zone de confort intérieure, un espace mental où elle se sent bien, en sollicitant ses cinq sens. Le jour de l’intervention, un entretien d’un quart d’heure me permet de recueillir des informations qui vont me permettre d’alimenter nos échanges », détaille-t-elle. Le témoignage de Nathalie T., patiente du Dr Nemoz-Deltour, met en lumière le potentiel de l’hypnose comme alternative à l’anesthésie générale. Face à la crainte d’une anesthésie générale, Nathalie T. a choisi une intervention gynécologique sous hypnosédation. L’anesthésiste lui a enseigné comment créer une zone de confort, technique que Nathalie T. a pratiquée assidûment jusqu’à l’opération. Initialement prévue pour quinze minutes, l’intervention a finalement duré 1h15. Pendant tout ce temps, Nathalie T. est restée sous hypnose, guidée par le Dr Nemoz-Deltour. Malgré les imprévus, Nathalie n’a rien ressenti et n’a pas vu le temps passé. « On n’est plus là, mais on est là quand même. J’entendais ce qu’il se disait en salle d’opération. J’avais une confiance absolue envers l’équipe médicale », résume-t-elle. Malgré son expérience de l’hypnose, Nathalie T. s’étonne elle-même des capacités de la pratique : « Jamais je n’aurais pu imaginer pouvoir être sous hypnose pendant si longtemps ». Elle se réjouit surtout d’avoir pu dialoguer aussitôt avec le chirurgien pour comprendre ce qu’il s’était passé.

Les effets de l’hypnose au bloc opératoire sont notables, et ces bénéfices ont été démontrés par des études. Celles-ci indiquent une réduction significative de la durée du séjour au bloc opératoire, en salle de réveil, et même en chambre. De plus, en limitant le recours aux agents anesthésiques, les risques vitaux liés à l’anesthésie générale sont fortement diminués. « L’intégration de l’hypnose au sein du bloc de gynécologie-obstétrique du CHU de Poitiers a contribué à instaurer un climat de calme et de sérénité. Toute l’équipe s’accorde à dire que cela a permis d’apporter une atmosphère plus apaisée », ajoute le Dr Florence Nemoz-Deltour.