Le 19 juin, le CHU de Poitiers a utilisé pour la première fois la cryothérapie pour traiter le cancer du sein. Le Dr Julie Vibert, radiologue et responsable de l’unité de sénologie, le Dr Margaux Court, radiologue, et le Dr Nathalie Bourneton, chirurgienne, expliquent l’intérêt et en quoi consiste cette procédure.
Le 19 juin, une femme âgée de 90 ans a été la première patiente du CHU à bénéficier d’une procédure de cryothérapie dans le cadre du traitement d’un cancer du sein. Utilisée depuis plusieurs années pour traiter d’autres formes de cancer, cette procédure a été depuis peu étendue à celui du sein. Des études américaines en ont prouvé l’efficacité en soulignant l’absence de récidive.
Cette première application de la cryothérapie pour le traitement du cancer du sein a été réalisé par le Dr Julie Vibert, en collaboration avec des professionnels du service de radiologie interventionnelle, qui utilisent couramment la technique dans le traitement d’autres types de cancer comme ceux du rein, et dans le traitement de l’endométriose pariétale. Le CHU de Poitiers dispose des équipements nécessaires à sa mise en œuvre. Le geste technique se fait sous anesthésie locale. Il consiste à insérer une aiguille, contenant de l’azote liquide, directement dans la tumeur, sous contrôle échographique. L’azote liquide gèle et détruit les cellules cancéreuses par l’effet du froid. « La procédure se fait en ambulatoire. Elle est rapide, simple et mini invasive. Nous réalisons deux phases de refroidissement, avec un intervalle d’environ 10 minutes pour nous assurer que toutes les cellules cancéreuses soient bien détruites. La patiente reste sous surveillance pendant une heure au terme de laquelle elle peut quitter l’hôpital s’il n’y a pas de complications », explique le Dr Julie Vibert qui doit revoir la patiente en consultation pour contrôler l’efficacité et d’éventuels effets secondaires. « Nous sommes ravies de pouvoir proposer une nouvelle technique aux patientes et d’en voir les bénéfices directs », ajoute-t-elle.
Pour le Dr Nathalie Bourneton, cette technique vient enrichir l’éventail des alternatives à la chirurgie conventionnelle développées pour le traitement du cancer du sein au CHU de Poitiers, parmi lesquelles figure déjà la chirurgie sous anesthésie locale et hypnose.
« Ce traitement permet d’agrandir les traitements thérapeutiques contre un cancer de plus en plus fréquent[1]avec des thérapies qui permettent de proposer un programme personnalisé à chaque patiente », explique le Dr Nathalie Bourneton. « De plus, il répond à une problématique liée aux patientes âgées et aux risques anesthésiques ». Pour l’heure, la cryothérapie pour le cancer du sein est réservée aux patientes âgées qui ne souhaitent pas être opérées ou qui présentent des contre-indications à l’anesthésie générale, et dont la tumeur est de petite taille et peu agressive.
Le service de sénologie du CHU de Poitiers s’est engagé à participer à un programme hospitalier de recherche clinique en cancérologie, mené par l’institut Marie-Curie à Paris. Cette étude vise à évaluer la non infériorité de la cryothérapie par rapport au traitement chirurgical de référence dans le traitement de certains cancers du sein peu agressifs, dans un objectif de désescalade thérapeutique. « Cette étude multicentrique sera mise en place en 2026 », explique le Dr Margaux Court, investigatrice locale de l’étude. « Les patientes seront incluables à partir de 60 ans dans le cadre de ce protocole ». Le Dr Margaux Court souligne l’une des spécificités intéressantes de la cryothérapie pour la recherche : « L’un des autres atouts de la cryothérapie est de conserver in situ les débris cellulaires de la tumeur qui seront ensuite éliminés par le système immunitaire. Plusieurs études suggèrent que cela participerait à éduquer le système immunitaire contre elles ».
[1] Cinq à dix patientes sont diagnostiquées chaque semaine au CHU de Poitiers