Stéphanie Ragot, pharmacien de formation, enseigne l’épidémiologie et la santé publique à l’université de Poitiers et est praticien hospitalier en méthodologie et biostatistique. Elle est également responsable de l’axe de recherche SCALE-EPI du centre d’investigation clinique CIC 1402, qui a été créé lors de la dernière évaluation du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), en 2023.
La recherche clinique : une révélation
C’est au cours de ses études de pharmacie qu’elle découvre la recherche clinique, lors de son externat. « Ça a vraiment été une révélation », confie-t-elle. En effet, le service de soins dans lequel elle effectue son externat lui confie des travaux de recherche clinique et la responsabilité de visites de patients pour des essais cliniques.
Elle décide alors de poursuivre dans cette voie et obtient un certificat de sciences biologiques en statistiques au Kremlin-Bicêtre, qu’elle complète avec un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en essais cliniques et un diplôme d’études approfondies (DEA) en épidémiologie clinique à Bordeaux.
L’évaluation du système nerveux autonome pour dépister les anomalies du rythme nycthéméral de pression artérielle
Dans la continuité, elle effectue une thèse d’université mêlant la physiopathologie et les statistiques, à Bordeaux également, sur les variations de la pression artérielle jour/nuit (rythme nycthéméral) et le rôle potentiel du système nerveux autonome dans ce phénomène.
Notre système nerveux autonome régule la pression artérielle, en fonction de nos activités. La nuit, on observe normalement une diminution de la pression artérielle. Lorsque cette diminution est moindre ou inexistante, ce qui est le cas chez environ un tiers des hypertendus, le patient est plus à risque de développer des pathologies cardiovasculaires. Pour obtenir ces données, la mesure habituelle est réalisée sur 24 heures. C’est un examen contraignant et souvent mal toléré par les patients. Stéphanie Ragot a travaillé, au cours de son DEA et de sa thèse, sur des enregistrements continus de pression artérielle de dix minutes qui permettent, au moyen d’une analyse mathématique, d’obtenir des indices de fonctionnement du système nerveux autonome. Son objectif a été de déterminer s’il était possible, à partir de ces enregistrements de seulement dix minutes, de dépister des anomalies de régulation jour/nuit de la pression artérielle, afin de s’affranchir de la mesure ambulatoire sur 24 heures.
Pour cela, elle a utilisé la méthode de la photopléthysmographie digitale, une technologie utilisée notamment par les montres connectées pour mesurer le rythme cardiaque. « Nous avons recueilli un signal continu de pression artérielle chez des patients hypertendus, au moyen d’un enregistrement battement par battement, afin d’évaluer l’activité du système nerveux autonome », explique-t-elle.
La variabilité des paramètres physiologiques pour établir des pronostics
Le Stéphanie Ragot est arrivée au CIC en 2002, aux débuts de la structure, lorsque le centre n’était pas encore labelisé INSERM. Elle y effectuait alors des consultations de méthodologie et de biostatistique. Elle a par la suite intégré l’axe DECLAN du CIC, au sein duquel elle a mené des travaux de recherche sur la trajectoire des marqueurs de la fonction rénale chez les diabétiques : la créatinine et le taux de filtration glomérulaire. « Nous avons reconstitué les trajectoires de ces marqueurs chez 1040 diabétiques de type 2 de la cohorte SURDIAGENE », explique-t-elle. Cette étude a démontré que le déclin de la fonction rénale était corrélé à la survenue de complications cardiovasculaires majeures. « Ces résultats doivent inciter les cliniciens à considérer l’évolution de la fonction rénale comme un facteur de risque à part entière », ajoute-t-elle.
Stéphanie Ragot a ensuite effectué une année de mobilité au sein du laboratoire de mathématiques et applications de l’UMR CNRS 7348, au cours de laquelle elle a travaillé sur une technique de modélisation des données répétées à fréquence variable. « Grâce à cette modélisation appliquée aux données des patients diabétiques de la cohorte SURDIAGENE, nous avons identifié les patients avec une chute très rapide et non linéaire du débit de filtration rénale comme les patients les plus à risque de faire un événement cardiovasculaire majeur », explique-t-elle.
L’axe SCALE-EPI du CIC a ensuite été créé. « Cela correspondait à une volonté de faire de la recherche en recherche (research on research) en rassemblant les acteurs du CHU impliqués en biostatistique, épidémiologie et méthodologie en recherche clinique », ajoute-t-elle. L’objectif de cet axe est de développer de nouvelles approches méthodologiques pour la prédiction et la causalitéen santé. « Au sein de cet axe, je continue à m’intéresser à la variabilité des paramètres physiologiques et à la dynamique des marqueurs pour mieux connaître l’évolution de certaines pathologies et établir des pronostics pour adapter leur prise en charge », précise Stéphanie Ragot. Elle étend aujourd’hui l’application de ces principes à d’autres domaines de recherche du CIC : celui de l’hématologie, en collaboration avec l’axe THOR, et celui de la réanimation, en collaboration avec l’axe IS-ALIVE.
L’enseignement, une continuité
Stéphanie Ragot occupe également des fonctions d’enseignement importantes, depuis l’obtention de son poste de maître de conférences en 2000. Elle participe alors à la mise en place de l’enseignement d’épidémiologie et de santé publique à la faculté de médecine et de pharmacie. Elle est également responsable du diplôme d’études universitaires scientifiques et techniques (DEUST) de délégué médical. Elle est ensuite devenue responsable d’un DESS, devenu depuis le master d’essais cliniques, médicaments et produits de santé. « Conjuguer l’enseignement, la recherche, l’activité hospitalière et les nombreuses tâches administratives n’est pas toujours facile, mais j’ai la chance, dans ces différentes missions, de naviguer au cœur de mon sujet de prédilection : la recherche clinique », souligne-t-elle.