CHU de Poitiers : centre de référence dans la lutte contre les infections ostéo-articulaires

Infections ostéo-articulaires

Les infections ostéo-articulaires représentent un défi majeur de santé publique, en raison de leur impact profond sur la qualité de vie des patients et des complications qu’elles engendrent. Leur prise en charge optimale est donc une priorité absolue, afin de limiter les séquelles et d’améliorer le pronostic fonctionnel. Le CHU de Poitiers est un centre de référence dans la prise en charge de ces infections. Son responsable, le Pr Gwenaël Le Moal, chef du service des maladies infectieuses, nous en explique les enjeux.

Qu’est-ce qu’une infection ostéo-articulaire complexes?

Les infections ostéo-articulaires sont des infections qui touchent les os (ostéite) et/ou les articulations (arthrite infectieuse). Elles peuvent être causées par des bactéries, des virus, ou des champignons, mais les bactéries sont les agents pathogènes les plus fréquents. Elles sont jugées complexes dès lors qu’elles associent une ou plusieurs des caractéristiques suivantes : type de programme chirurgical (reconstruction osseuse), infections à germes multirésistants ou difficiles à traiter, échec d’un traitement antérieur, ou comorbidités importantes.

Avec le vieillissement de la population et le développement de la médecine, les poses de matériel — l’un des principaux facteurs de risque des infections ostéo-articulaires — sont plus fréquentes. Par conséquent, le nombre d’infections post-opératoires augmente également. « Même dans les conditions optimales — avec un chirurgien expérimenté, une équipe médicale rigoureuse et des protocoles de bloc opératoire irréprochables — le risque d’infection après la pose d’une prothèse existe toujours. Il est estimé à environ 2 % », explique le Pr Gwenaël Le Moal.

Des centres de références pour une prise en charge optimale

Avant les années 2000, la prise en charge des infections ostéo-articulaires était souvent insuffisante, marquée par des parcours de soins peu structurés, des retards dans le diagnostic et des traitements parfois inadaptés, ce qui aggravait le pronostic des patients. Pour répondre à cette problématique, le ministère de la Santé a impulsé, dès 2008, la création des centres de référence en infections ostéo-articulaires complexes. Ces centres réunissent en un seul site les compétences nécessaires à une prise en charge pluridisciplinaire : chirurgie orthopédique et traumatologique, maladies infectieuses, microbiologie médicale, anesthésie-réanimation, rhumatologie et neurochirurgie. Ce large panel d’expertises permet une prise en charge globale et coordonnée, essentielle pour traiter des cas souvent complexes et multiformes.

Accessibles 24h/24, ces centres garantissent une prise en charge immédiate des urgences, avec des protocoles répondant aux situations critiques. Ils proposent une filière de soins spécialisée, incluant des réunions de concertation pluridisciplinaires pour affiner les décisions thérapeutiques, des blocs opératoires et des unités d’hospitalisation dédiés, ainsi qu’un personnel paramédical spécifiquement formé. Les patients bénéficient également d’un suivi personnalisé, avec des consultations adaptées à leurs besoins. Sur le plan technique, ces structures disposent d’un plateau complet et moderne : services d’imagerie et de microbiologie, service de réanimation.

CHU de Poitiers : centre de référence

À l’origine, la prise en charge des infections ostéo-articulaires complexes en France s’appuyait sur une dizaine de centres de référence répartis sur le territoire. Aujourd’hui, cette organisation a évolué avec la labellisation de 23 centres correspondants, associés aux neuf centres de référence pour renforcer le maillage territorial. Le CHU de Poitiers, qui dispose des expertises nécessaires à la prise en charge des infections ostéo-articulaires complexes, est l’un d’entre eux. « La prise en charge des patients nécessite au moins trois spécialités médicales : l’infectiologie, la chirurgie orthopédique et la microbiologie, présentes dans notre établissement. Nous avons la chance, au CHU de Poitiers, de disposer en plus de la rhumatologie, des anesthésistes-réanimateurs et des pharmaciens. Ce regroupement d’expertises nous permet d’optimiser la prise en charge et de trouver les traitements les plus adaptés », précise le Dr Gwenaël Le Moal, qui assure la responsabilité du centre depuis sa création. « Avant la mise en place du centre, nous travaillions déjà conjointement avec le service d’orthopédie, puisque nous y venions régulièrement pour faire une visite d’infectiologie afin de voir les patients avec une infection ostéoarticulaire. C’était une démarche alors assez innovante »

Adossé au CHU de Tours, le centre du CHU de Poitiers fait partie des six structures qui constituent le réseau des centres de référence en infections ostéo-articulaires du Grand-Ouest (CRIOGO). « Nous sommes indépendants les uns des autres, mais nous collaborons énormément pour homogénéiser nos protocoles et pour faire de la recherche. Nous nous rencontrons tous les ans pour une journée d’échanges et de partage d’expériences », explique le Pr Le Moal. La 15ᵉ journée des centres de référence pour les infections ostéo-articulaires complexes du Grand-Ouest s’est d’ailleurs tenue le 30 janvier dernier, à Nantes.

CHU de Poitiers : une prise en charge optimale

Devenu chef de service des maladies infectieuses depuis 2025, le Pr Gwenaël Le Moal est fortement épaulé dans la coordination du centre par les Dr Diama Ndiaye et Sébastien Vingerhoets, tous deux également infectiologues. Ce soutien est essentiel, car le centre assure l’analyse et l’expertise en réunion de concertation pluridisciplinaire de près de 500 dossiers patients par an, dont une partie est prise en charge au CHU de Poitiers, environ cinq à dix patients par semaine, ou dans les centres hospitaliers périphériques.

« En tant qu’infectiologues, notre mission est d’intervenir dès les premiers signes d’infection pour en assurer une prise en charge rapide et ciblée. Nous donnons des conseils à nos confrères des centres hospitaliers périphériques, et si la situation le nécessite, le patient est transféré dans notre établissement. Nous nous rendons plusieurs fois par semaine auprès des patients hospitalisés en orthopédie, afin d’évaluer leur état et de prescrire les antibiothérapies les plus adaptées à leur situation. L’objectif ? Réduire au maximum la durée d’hospitalisation tout en garantissant l’efficacité du traitement. Le suivi de ces patients est particulièrement exigeant, car les antibiothérapies s’étendent souvent sur des périodes prolongées, allant de six semaines à trois mois. Nous assurons un accompagnement régulier pour surveiller la tolérance aux antibiotiques, évaluer leur efficacité et ajuster le traitement si nécessaire ». En parallèle, les patients notamment porteurs de prothèses, ont un suivi chirurgical à intervalles réguliers.