Les travaux d’extension du pôle régional de cancérologie du CHU de Poitiers sont en cours. Ce projet qui représente un investissement de 40 millions d’euros, est soutenu par l’Agence régionale de santé Nouvelle-Aquitaine à hauteur de deux millions d’euros, dans le cadre du plan d’aides Ségur. La fin des travaux est prévue en 2028. Le Pr Nicolas Isambert, chef du pôle, nous explique les raisons de cet agrandissement.
Pourquoi a-t-il été décidé de faire une extension du pôle régional de cancérologie ?
Il s’agit de répondre à un besoin actuel qui est l’augmentation du nombre de nouveaux cas de cancers traités chaque année au CHU de Poitiers. Cette augmentation est multifactorielle. Elle est liée, entre autres, au vieillissement de la population, à certaines conduites addictives ou à risque qui font que l’incidence augmente. La deuxième raison est en rapport avec les traitements actuels qui sont de plus en plus efficaces. Grâce à ceux-ci, les patients vivent plus longtemps et il faut donc les traiter plus longtemps. La file active de patients pris en charge au pôle régional de cancérologie du CHU s’accroît progressivement. Chaque jour, ce sont près de 300 patients qui viennent en consultation ou en hospitalisation de jour. Par rapport aux projections des années à venir, le bâtiment actuel ne suffit pas pour accueillir tout le monde. Pour qu’ils soient pris en charge dans des conditions optimales, il était important d’agrandir les espaces d’accueil et de traitement. C’est pour cela que le projet d’extension du pôle régional de cancérologie a vu le jour. Nous pourrons proposer les traitements et les thérapies actuels à un plus grand nombre de patients.
Justement, où en sont les traitements actuels ?
Si certains cancers sont en augmentation sans que l’on en connaisse les raisons, comme le cancer du pancréas, fort heureusement d’autres ont vu leur incidence diminuer. Cette diminution est liée en partie aux campagnes de prévention contre le tabagisme et la consommation d’alcool. Elle est également liée à des critères environnementaux et viraux. La campagne de vaccination contre le papillomavirus aura, sans nul doute, un impact sur le nombre de nouveaux cas. Le nombre de thérapies proposées actuellement pour le traitement des différents types de cancers est très conséquent. Elles permettent de pratiquer ce que nous appelons la « médecine personnalisée ». Aujourd’hui, on connaît mieux les anomalies biologiques et moléculaires qui sont différentes d’un cancer à l’autre. Les laboratoires pharmaceutiques développent des traitements qui ciblent spécifiquement ces anomalies. Certains traitements se font par voie orale et ne nécessitent pas d’hospitalisation. Nous voyons cependant régulièrement les patients pour assurer un suivi, notamment des effets secondaires, avec l’aide des infirmières de thérapie orale. D’autres traitements, en revanche, sont administrés par voie intraveineuse au sein même de l’hôpital. Nous recevons pour cela de plus en plus de patients sur une période plus longue.
Les équipes soignantes ont-elles été consultées sur le projet d’extension ?
Nous avons été impliqués dès le début dans le choix du projet. Au départ, il y avait une trentaine de projets. Cinq d’entre eux ont été présélectionnés et nous avons participé au choix final en nous basant sur de multiples critères. Nous avons donné notre avis, notamment par rapport au flux de patients, sur l’emplacement des consultations et des secteurs d’hospitalisation pour prévoir le parcours patient le plus adapté. Les hospitalisations se feront toujours dans l’ancien bâtiment. Les secteurs de consultation et l’hôpital de jour seront dans le nouveau. Les soignants se sont exprimés sur l’agencement des chambres, sur l’aspect un peu plus fonctionnel.
Un étage sera réservé à la recherche dans le nouveau bâtiment. Pourquoi ?
Les progrès en oncologie se font via la recherche médicale et les essais thérapeutiques. Pour démontrer qu’un traitement est meilleur qu’un autre, nous effectuons des essais cliniques suivant une méthodologie très précise. Il est très important pour nous d’avoir accès à ces essais thérapeutiques pour démontrer et améliorer la prise en charge des patients, mais également pour leur donner accès à ces nouvelles thérapies en cours de développement. Le département d’innovations thérapeutiques/recherche translationnelle en oncologie et hématologie (DITTOH), où l’on conduit des études de phase précoce avec les nouveaux médicaments, a été créé en ce sens. Il compte trois lits. Nous souhaitons agrandir les locaux pour accueillir plus de patients pour les essais cliniques. En même temps, nous voulons réunir dans un même endroit les différents métiers impliqués dans la recherche : les infirmières, les médecins, les attachés de recherche clinique, etc. Il est essentiel que tous les acteurs de la recherche clinique soient rassemblés en un même lieu parce que la recherche suppose des interactions quotidiennes. Nous devons être très réactifs, notamment en raison des effets secondaires ou bien pour adapter les doses.
Le pôle régional de cancérologie du CHU de Poitiers est une structure relativement jeune qui s’est déjà structurée pour accueillir les patients dans leur prise en charge au quotidien. Il est important de lui donner de la visibilité dans le domaine de la recherche clinique pour permettre aux patients du
Poitou-Charentes de bénéficier des innovations thérapeutiques.