Regard médical : Pr Mickaël Martin, interniste

Pr Mickaël Martin

Mickaël Martin a intégré le CHU de Poitiers en novembre 2017. Nommé professeur des universités en septembre 2025, il nous présente son parcours, son domaine de recherche ainsi que son goût pour l’enseignement.

Quel a été votre parcours jusqu’à votre nomination ?

J’ai fait mes études de médecine à Besançon, incluant l’internat où j’ai découvert la richesse de la médecine interne et la recherche via un master 2 en biologie cellulaire et moléculaire. J’ai ensuite effectué mon clinicat au CHU de Strasbourg, dans le service d’immunologie clinique, au sein du centre national de référence des maladies auto-immunes systémiques rares. Parallèlement à cela, j’ai effectué ma thèse de sciences en immunologie.

J’ai ensuite rejoint le CHU de Poitiers fin 2017, en tant que praticien hospitalier universitaire. Le choix de Poitiers s’était en fait décidé dès 2010 suite à un stage inter-CHU en tant qu’interne, au cours duquel  j’avais rencontré le Pr Pascal Roblot et son équipe. Le courant était très bien passé et, ayant déjà à l’époque un projet de carrière hospitalo-universitaire, nous avions gardé le contact en vue d’une prise de fonction ultérieure après mon clinicat et ma thèse de science. Je suis très heureux que cela ait pu se faire. J’ai ensuite été nommé maître de conférences-praticien hospitalier en 2019, puis professeur des universités-praticien hospitalier en septembre 2025. Je suis très reconnaissant au Pr Roblot de m’avoir fait confiance et soutenu depuis 2010 !

Pourquoi avez-vous choisi la médecine interne ?

J’ai hésité entre médecine générale et médecine interne. Je cherchais avant tout une spécialité qui me permettrait de prendre en charge le patient dans sa globalité, sans me limiter à un seul organe ou système. Mon attirance allait vers des pathologies complexes et la polypathologie. C’est pourquoi la médecine générale et la médecine interne se sont naturellement imposées comme des options évidentes pour moi. J’ai finalement opté pour la médecine interne pour plusieurs raisons. Premièrement, mon envie de travailler en milieu hospitalier à 100 %, où la prise en charge des patients est à la fois approfondie et pluridisciplinaire. Ensuite, la maquette de la médecine générale, bien que riche, me semblait trop courte à l’époque pour couvrir un champ aussi vaste. Enfin, étant aussi très intéressé par l’immunopathologie et les maladies auto-immunes systémique, le D.E.S. de médecine interne me permettait de beaucoup mieux me former à cela.

Quelles sont vos thématiques de recherche ?

Elle s’articule autour de deux axes : la sclérodermie systémique et les complications immunologiques des inhibiteurs de point de contrôle immunitaire.

Concernant la sclérodermie systémique, au sein du laboratoire ischémie-reperfusion, métabolisme et inflammation stérile en transplantation (IRMETIST, INSERM/Université de Poitiers, U1313), j’ai monté   un projet de recherche fondamentale portant sur le rôle des lymphocytes T innés dans la sclérodermie systémique. Ces cellules sont à cheval entre immunité innée et adaptative et leurs rôles potentiellement régulateurs dans la sclérodermie systémique et dans les maladies auto-immunes en général restent encore très mal compris à ce jour. Ainsi, nous cherchons à caractériser finement les différentes populations de lymphocytes T innés à l’état basal et leurs réponses à différentes stimulations. L’objectif ultérieur sera d’évaluer si ces lymphocytes sont capables d’activer les fibroblastes, des acteurs clés dans la physiopathologie de la sclérodermie systémique. À terme, si nous confirmons l’implication précoce de ces lymphocytes dans la maladie, cela pourrait justifier le développement d’immunothérapies ciblées précoces, comme celles déjà utilisées en oncologie.

Concernant les complications immunologiques des inhibiteurs de point de contrôle immunitaire (IPCI), j’ai débuté cette thématique en 2020, en collaboration avec le Pr Mathieu Puyade en médecine interne et le Dr Marion Allouchery en pharmacovigilance. Les IPCI ont une utilisation grandissante en onco-immunologie en étant associés à une augmentation de la survie des patients et à une réduction de la toxicité comparativement aux chimiothérapies conventionnelles. Toutefois, par leur mécanisme d’action, ces traitements sont aussi responsables de diverses manifestations immunologiques systémiques dont la caractérisation, la prise en charge et les mécanismes ne sont pas encore totalement codifiées à ce jour. Ainsi, nous avons publiés plusieurs articles décrivant respectivement, le risque de 2e toxicité immunologique après réintroduction d’ICPI chez des patients ayant déjà présenté une toxicité immunologique de grade ≥, le risque d’événements thromboemboliques veineux sous IPCI et enfin les cytopénies auto-immunes de grade ≥ 2 survenant sous IPCI. Actuellement, nous sommes en train de rédiger un projet de recherche translationnel visant à établir un score clinico-biologique prédictif de survenue de thrombose veineuse sous IPCI avec en parallèle une collection biologique permettant d’étudier les différents mécanismes immunologiques induits par les IPCI.

Qu’est-ce que la sclérodermie systémique ?

Par ma surspécialisation dans la sclérodermie systémique, je reçois en consultation de nombreux patients atteints de cette pathologie encore méconnue. En France, elle touche environ 10 000 personnes, principalement des femmes âgées de 45 à 70 ans au diagnostic.

Cette maladie se caractérise par une grande hétérogénéité clinique. Elle associe généralement un phénomène de Raynaud d’apparition après 40 ans et une atteinte cutanée à type de sclérose de la peau (d’où le nom de la maladie). Mais c’est une maladie systémique qui va aussi toucher différents organes avec des complications digestives, des fibroses pulmonaires, voire des atteintes cardiaques ou rénales.

Sur le plan thérapeutique, les avancées sont réelles, mais contrairement à d’autres maladies du tissu conjonctif comme le lupus systémique ou la polyarthrite rhumatoïde, il n’existe pas de traitement « global » pour les différentes manifestations de la maladie. Le défi thérapeutique réside dans la diversité des atteintes : un traitement immunosuppresseur n’agira pas sur les complications vasculaires, et inversement, un traitement vasculaire n’aura pas d’effet sur la fibrose cutanée ou l’inflammation. Il faut donc souvent associer plusieurs approches : des traitements symptomatiques pour soulager les patients, et des immunosuppresseurs pour limiter la progression de la maladie et préserver la fonction des organes. Il existe d’autres thérapeutiques plus efficaces pour agir sur l’ensemble des composantes de la maladie telles que l’autogreffe de cellules souches hématopoïétiques par exemple, dont le CHU de Poitiers est d’ailleurs l’un des rares centres de France pouvant effectuer cette thérapeutique, grâce au travail du Pr Mathieu Puyade et plus récemment du Dr Clément Beuvon, tous deux médecins dans le service de médecine interne. Cependant, l’autogreffe de cellules souches et plus généralement les thérapies cellulaires restent réservées aux cas les plus sévères, résistants aux immunosuppresseurs classiques et évolutifs.

Vous êtes très impliqué dans l’enseignement. Pourquoi ?

Car j’adore ça ! J’ai effectivement plusieurs casquettes : coordinateur régional du D.E.S. de médecine interne et immunologie clinique ; responsable local de la formation spécialisée transversale de médecine hospitalière polyvalente ; responsable pédagogique médical de la mention pathologies chroniques stabilisées pour le master 2 infirmier(e)s en pratiques avancées ; assesseur du 2ᵉ cycle (avec le Pr Rémi Coudroy) ; responsable pédagogique de l’enseignement de sémiologie du 1er cycle des études médicales et, enfin, membre du groupe restreint des examens cliniques objectifs et structurés. Je suis aussi responsable de l’enseignement en médecine interne à la faculté et de l’unité de sémiologie médicale pour les étudiants en kinésithérapie. 

A la base, si j’ai choisi de devenir professionnel hospitalo-universitaire, ce n’est pas tant pour la recherche que pour l’enseignement. En effet, depuis mon internat, j’adore transmettre, partager et accompagner les étudiants. Ce compagnonnage, à la fois à l’hôpital au lit du patient et à la faculté, me permet de rendre plus concret ce qui peut paraître abstrait, notamment l’immunologie une discipline souvent perçue comme complexe et rébarbative par les étudiants. Concernant la sémiologie médicale, qui inclus l’art de l’interrogatoire, elle est vraiment le cœur de ma pratique quotidienne d’interniste : savoir recueillir correctement les différents symptômes et signes cliniques, savoir les interpréter et les synthétiser pour aboutir à un diagnostic. Je fais aussi un point d’honneur d’inculquer aux étudiants la compréhension des mécanismes d’une maladie (la physiopathologie). Quand on sait pourquoi un symptôme apparaît ou comment un traitement agit, tout devient plus logique et plus facile à expliquer ensuite cela aux patients et justifier des traitements par exemple.