Regard médical : Dr Romain David, médecin de médecine physique et de réadaptation (MPR)

Romain David

Le Dr Romain David a été nommé maitre de conférences universitaire – praticien hospitalier en septembre 2024. Il présente ses projets qui vont rythmer les années qui viennent.

Quel a été votre parcours universitaire ?

J’ai fait mon externat à la faculté de médecine de Poitiers. A la fin de ma sixième année d’étude, j’ai eu l’opportunité de participer à des consultations multidisciplinaires médico-chirurgicales. J’ai découvert des consultations où l’on pouvait prendre une heure entre médecins de différents horizons pour échanger sur la prise en charge la plus adaptée pour un patient concerné par une déformation neuro-orthopédique. Cela m’a énormément plu et c’est ce qui m’a poussé à choisir la spécialité de médecine physique et de réadaptation. Comme il n’y avait pas de poste ouvert à Poitiers, j’ai choisi de faire mon internat au CHU de Limoges sous la direction du Professeur Salle. Je souhaitais tout d’abord rester dans la région Nouvelle-Aquitaine. D’autre part, le service de médecine physique et de réadaptation de Limoges est un centre expert sur les mentions « système nerveux » et « locomoteur ». M’y former m’intéressait particulièrement parce que ce centre est reconnu pour sa formation échographique de pointe. De plus, j’avais la possibilité de continuer à y travailler sur mon autre passion, l’anatomie. En effet, dès mes premières années d’études, je me suis énormément investi au sein du laboratoire d’anatomie de la faculté. J’ai d’ailleurs coécrit durant mon externat et mon internat deux atlas d’Anatomie des nerfs périphériques avec le Pr Philippe Rigoard, neurochirurgien, une version pour les étudiants, l’autre pour les professionnels. J’avais déjà, à ce moment-là, l’envie de faire une carrière hospitalo-universitaire. Je suis revenu à Poitiers en 2019 pour prendre un poste de chef de clinique que j’ai exercé pendant presque quatre ans. A la fin de mon clinicat, j’ai sollicité une mise en disposition pour mission d’étude, pour partir faire ma mobilité universitaire au Canada puis j’ai été nommé maitres de conférences – praticien hospitalier en septembre 2024

Quelle est votre thématique de recherche ?

Ma principale thématique de recherche porte sur la spasticité et la gestion des déformations neuro-orthopédiques. La spasticité est une complication de l’atteinte du système nerveux central due par exemple à un AVC ou à une sclérose en plaques. Il s’agit de contractions musculaires réflexes qui se traduisent par des raideurs. Cette hypertonie musculaire peut se révéler très invalidante pour les patients puisqu’elle génère des déformations (pied varus équin, adductum de hanche, membre supérieur en triple flexion…), des douleurs, des limitations d’activités et des restrictions de participation sociale et nuit de façon importante à la qualité de vie des patients. Nous cherchons à comprendre ces déformations. Dans le cadre de ma thèse de science, je suis inscrit à l’école doctorale mathématiques, informatique, matériaux, mécanique, énergétique de l’institut P’prime. J’étudie la neuro-compartimentation intramusculaire notamment du triceps sural. Je suis rattaché au laboratoire Prismatics du CHU (CIC-IT) mais je travaille en collaboration avec les laboratoires DACTIM-MIS dirigé par le Pr Rémi Guillevin et PEM avec le Pr Arnaud Germaneau. Grâce au plateau d’imagerie et notamment l’IRM 7T, nous travaillons au développement de jumeaux numériques à la fois mécaniques et géométriques afin d’analyser et d’optimiser la diffusion de la toxine botulique utilisée pour traiter les déformations. Ces travaux permettront d’améliorer la compréhension du triceps sural et serviront de substrat pour la mise en place de nouvelles techniques interventionnelles.

En quoi a consisté votre mobilité ?

Je suis parti de mai 2023 à mai 2024 pour me former à la cryoneurolyse percutanée auprès du Pr Paul Winston, au Victoria General Hospital, Island Health, Victoria (Vancouver Island), à l’endroit même où elle a été développée. Il s’agit d’une technique utilisée pour traiter les déformations neuro-orthopédiques qui consiste à traiter le nerf par le froid. On introduit une aiguille que l’on met au contact du nerf sous contrôle échographique et d’un neurostimulateur et l’on crée une bille de glace à moins 80° qui permet de traiter le nerf impliqué dans la déformation. Nous proposions déjà l’injection intramusculaire de toxines botuliques qui permet de diminuer l’hyperactivité musculaire. Cependant, les effets ne durent qu’un temps. La cryoneurolyse percutanée pourrait être une solution semi-permanente. Cette technique nous intéressait grandement, avec le Pr Philippe Rigoard et moi-même. Nous recherchons, en effet, des alternatives au traitement de référence des déformations neuro-orthopédiques, la chirurgie neuro-orthopédique. Celle-ci nécessite un bloc opératoire, une anesthésie générale et une équipe importante autour du patient. Nous souhaitons proposer une prise en charge dédiée qui se ferait au directement sein du service de médecine physique et de réadaptation, dans une salle interventionnelle dédiée. C’est le projet emblématique du service de médecine physique et réadaptation inscrit dans le projet d’établissement. Il s’agirait donc de développer la médecine interventionnelle au sein du service avec un plateau technique d’évaluation et de traitement ainsi que tout un parcours patient. L’objectif final étant de proposer des techniques, moins lourdes que la chirurgie en ambulatoire, aux patients : cryoneurolyse percutanée, la ténotomie percutanée et d’autres procédures infiltratives comme la phénolisation, les infiltrations et les injections de toxine botulique complexes. Ce sont des gestes techniques accessibles aux médecins de MPR. Ils ne se font que dans de rares centres experts. J’ai eu la chance de me former à ces gestes auprès du Pr Philippe Rigoard et du Dr Philippe Denormandie, chirurgien orthopédiste de l’hôpital de Garches, qui intervient au CHU de Poitiers.

Présentez-nous votre projet de recherche CRYOSTROKE ?

Nous avons déposé un projet dans le cadre du programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) pour lequel nous allons être financé à hauteur 527 000 euros. Nous allons travailler avec 7 services de médecine physique et de réadaptation pour comparer la cryoneurolyse percutané et la neurotomie chirurgicale, traitement standard, dans la prise en charge du pied en varus équin. 120 patients seront recrutés sur 2 ans L’objectif de cette étude est de démontrer que la technique de cryoneurolyse est au moins équivalente au traitement chirurgical. Des éléments de la littérature nous mènent déjà à le penser mais nous allons essayer de le démontrer dans notre étude.

Vous êtes à l’initiative de l’introduction dans le service de médecine physique et réadaptation de différents équipements technologiques. Pourquoi ?

Il est vrai j’ai une orientation très forte vers les nouvelles technologies qui, en médecine physique et de réadaptation, ont connu un accroissement sans précédent ces dernières années. Depuis cinq ans, je me bats pour l’acquisition de matériel de haute technologie afin d’offrir la meilleure prise en charge possible aux patients. En 2022, il y a eu le Lokomat, un exosquelette robotique des membres inférieurs électro-mécanisé. Nous avons reçu il y a quelques jours : l’Atalante X de la société Wandercraft. Un simulateur de conduite, acquis grâce à un financement dans le cadre d’un appel à projets de la DGOS-ARS sur la prise en charge des accidentés de la route, va être prochainement installé dans le service. Nous utilisons des casques de réalité virtuelle. Nous disposons au CHU de Poitiers d’équipements qui font partie aujourd’hui du panel standard des services de médecine physique et réadaptation. Ils nous permettent de nous positionner en tant que centre expert. Les nouvelles technologies sont aussi un moyen de stimuler les équipes et de garder nos professionnels, en leur montrant qu’on est toujours à la pointe. Mais le plus important, c’est d’offrir le meilleur parcours et la meilleure prise en charge aux patients. C’est toujours le patient qui est au centre de tout. Nous voulons qu’il puisse accéder au plus grand temps de rééducation possible pour pouvoir récupérer, dans la mesure du possible, le plus. possible, donc les nouvelles technologies nous aident dans ce sens.

Quels types d’enseignements faites-vous ?

Je fais principalement des enseignements de médecine physique et de réadaptation pour les 4e et 6e années de médecine. J’interviens sur une unité d’enseignement libre en activité physique et au sein des écoles paramédicales. J’interviens aussi au sein du laboratoire d’anatomie dans le cadre de la formation sur les moniteurs d’Anatomie. Je suis également investi dans le groupe des examens cliniques objectivisés et standardisés (ECOS) qui sont les nouvelles modalités pédagogiques. Je suis diplôme en pédagogie médicale et en simulation en santé, des aspects que j’aimerais développer au national au sein du collège des enseignants de MPR dont je fais partie. Pour finir, je suis formateur national en neuro-orthopédie où je forme régulièrement les collègues de la spécialité.