Regard médical : Dr Raphael Olivier, hépato-gastro-entérologue

Dr Raphael Olivier

Nommé maître de conférences des universités – praticien hospitalier en septembre 2025, le Dr Raphael Olivier présente son parcours, ainsi que son intérêt pour l’endoscopie interventionnelle.

Quel a été votre parcours de formation ?

J’ai commencé mes études de médecine à l’université de Toulouse. Je suis arrivé en 2014 au CHU de Poitiers pour faire mon internat en hépato-gastro-entérologie. Des collègues toulousains qui avaient travaillé à Poitiers m’en avaient fait l’éloge en soulignant l’ambiance de travail agréable ainsi que la qualité de la formation. Je suis arrivé confiant. De 2017 à 2018, j’ai fait une pause pendant mon internat pour faire un master 2 de recherches en biologie, biotechnologie et recherche thérapeutique, à Nantes. À la fin de mon internat, j’ai occupé un poste de chef de clinique pendant deux ans. Durant cette période, je me suis surspécialisé en endoscopie digestive interventionnelle auprès des docteurs Thierry Barrioz et Marc Wangermez, spécialistes dans ce domaine au CHU de Poitiers, et du professeur Emmanuel Coron du CHU de Nantes

Pourquoi avez-vous choisi cette spécialité ?

J’ai choisi l’hépato-gastro-entérologie pour sa grande variété. La spécialité couvre les maladies du foie, de l’ensemble du tube digestif (œsophage, estomac, intestin, côlon) ainsi que du pancréas. De plus, je savais qu’elle permettait d’exercer l’endoscopie digestive, une activité technique en complément de la consultation classique. Cette idée d’une activité technique me plaisait particulièrement. Au cours de mon internat, mon attrait pour l’aspect interventionnel de l’endoscopie s’est confirmé, ce qui m’a poussé à me surspécialiser. Aujourd’hui, nous sommes trois spécialistes au CHU à exercer cette surspécialité, ce qui est nécessaire étant donné l’importance de notre file active de patients. Nous faisons face à un manque de gastro-entérologues dans la région. Notre service assure une mission de recours et prend en charge un grand nombre de patients venant d’Angoulême, La Rochelle, Niort, etc. Pour pallier la pénurie de spécialistes, des médecins de notre service, qui compte une quinzaine de praticiens, se rendent sur les autres sites du CHU de Poitiers comme Châtellerault, Montmorillon, et même celui d’Angoulême.

Qu’est-ce que l’endoscopie interventionnelle ?

L’endoscopie constitue une partie fondamentale de notre métier d’hépato-gastro-entérologue. Nos procédures de base, comme la coloscopie et la fibroscopie œso-gastro-duodénale, permettent d’examiner l’intégralité du tube digestif pour dépister des affections courantes telles que le reflux œsophagien, les ulcères ou les polypes (lésions précancéreuses). L’objectif principal demeure le dépistage et la prévention de l’apparition des cancers digestifs notamment le cancer colo rectal.

L’endoscopie interventionnelle s’appuie sur l’utilisation de l’endoscope pour traiter de façon mini-invasive directement les lésions ou les pathologies. Elle permet de prendre en charge des affections digestives sans avoir recours à un acte chirurgical lourd et souvent dans le cadre d’une hospitalisation de courte durée. Parmi les actes que nous réalisons, on trouve notamment la dilatation des sténoses, la résection de lésions et de tumeurs superficielles ou encore le traitement d’hémorragies digestives. Il peut s’agir également de procédures plus complexes comme la cholangio-pancréatographie rétrograde par voie endoscopique, appelé plus simplement CPRE, que je pratique. Elle consiste entre autres à traiter une tumeur biliaire ou pancréatique par la mise en place d’une prothèse, ou à retirer des calculs biliaires enclavés. Je me suis également formé à la myotomie per-orale endoscopique, sujet de ma thèse de médecine et à la dissection sous muqueuse digestive. J’ai été formé à cette technique, qui permet de réséquer de volumineuses lésions digestives par voie endoscopique, par le Pr Jérémy Jacques à Limoges, une référence nationale.

À quel moment avez-vous décidé de mener une carrière hospitalo-universitaire ?

Dès le début de ma formation, j’avais en tête de faire une carrière hospitalo-universitaire, surtout pour les missions pédagogiques. J’aime énormément enseigner parce que j’aime transmettre. J’assure des cours magistraux, des travaux dirigés et des travaux pratiques aux étudiants de la faculté de médecine de Poitiers. J’assure également des formations au sein du laboratoire ABS-Lab avec le dispositif SimLife° de la faculté de médecine. Ce dispositif permet de revasculariser des corps donnés à la science afin que les étudiants apprennent dans des conditions proches du réel.

Avec le Pr Jean-Pierre Faure, chirurgien viscéral, et le Dr Vanessa Bironneau, pneumologue, nous développons un pôle de simulation endoscopique. J’apprécie particulièrement cette méthode d’enseignement car elle répond à une problématique majeure : auparavant, nos internes et étudiants apprenaient l’endoscopie directement sur le patient vivant. L’utilisation de la simulation permet désormais un apprentissage sécurisé et progressif avant de passer à la pratique clinique. Cet encadrement est très apprécié des étudiants, qui abordent les procédures techniques avec moins d’anxiété. C’est une véritable chance de pouvoir disposer de ce dispositif, unique en France, dans la formation.

Quelles sont vos principales thématiques de recherche ?

Pour suivre mon master 2 de recherche, je me suis inscrit à l’école doctorale de Nantes où j’ai également réalisé ma thèse de science au sein du laboratoire The Enteric Nervous System INSERM U1235, soutenue le 17 décembre 2025. Le sujet de ma thèse porte sur la tomographie par cohérence optique plein champ (FFOCT) que j’ai appris auprès du Pr Emmanuel Coron, grand spécialiste de la procédure à Nantes. Il s’agit d’une technique d’imagerie microscopique qui permet d’obtenir un diagnostic instantané en scannant des échantillons. Je me suis formé à son utilisation pour l’analyse de l’œsophage. Grâce au CHU de Poitiers et à sa commission innovation, nous venons d’acquérir les équipements nécessaires à sa réalisation. Nous sommes seulement le troisième centre en France à posséder cet équipement. Nous allons pouvoir développer son utilisation dans tout le tube digestif et la diffuser vers d’autres spécialités du CHU comme la gynécologie ou l’ORL. C’est formidable d’apporter cette nouvelle offre de soins aux patients de la Vienne.

Je suis rattaché au centre d’investigation clinique où je vais poursuivre mes travaux sur la tomographie par cohérence optique plein champ en collaboration avec d’autres spécialités. Ma seconde thématique de recherche concerne les maladies inflammatoires chroniques intestinales tels que la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, ainsi que les colites immuno-induites.