Obligatoire au sein des groupements hospitaliers de territoire, la convergence du système d’information sur l’ensemble des sites du CHU de Poitiers est presque terminée.
La loi de modernisation du système de santé du 26 janvier 2016 impose aux groupements hospitaliers de territoire (GHT) d’unifier leur système informatique, levier de réussite essentiel pour mener le projet médical et de soins partagé. Ce système unifié, appelé système informatique convergent, se traduit par le partage des mêmes outils informatiques par l’ensemble des professionnels au sein d’un groupement hospitalier. La rationalisation des outils informatiques répond à un besoin de simplification, d’homogénéisation et de sécurisation des processus de soins.
Au-delà de l’obligation légale, la convergence du système d’information au sein du GHT de la Vienne a été également motivée par des enjeux opérationnels majeurs, le premier étant la fusion entre le Groupement hospitalier Nord-Vienne et le CHU de Poitiers pour partager compétences et ressources. L’hétérogénéité des applicatifs des deux structures est vite apparue comme un frein aux collaborations. Le projet médical s’est ainsi révélé être un accélérateur de cette convergence. Sur le plan technologique, les applicatifs des sites de Châtellerault et de Loudun, utilisés avant la fusion, arrivaient en fin de cycle. Cette situation imposait une migration lourde, rendant le choix d’un nouvel outil commun indispensable. Enfin, d’un point de vue économique, la convergence autour de solutions partagées permet de réaliser des économies d’échelle significatives. Il ne faut pas réduire la convergence à une démarche purement technique ou informatique, souligne Alain Lamy, directeur du système d’information. « En réalité, l’ambition est bien plus vaste : au-delà de l’alignement des applicatifs autour d’une solution commune, il s’agit de mettre à la disposition des professionnels des outils homogènes, harmonisés et uniques. Grâce à une base de données commune, l’information circule mieux et le travail collaboratif devient une réalité », détaille-t-il.
Avant ce projet, le site du CHU et les sites de Châtellerault et Loudun utilisaient des systèmes totalement différents. Le CHU s’appuyait sur une filière MIPIH pour l’administratif et une architecture applicative Télémaque/Softway/Berger-Levrault pour le médical, tandis que les sites de Châtellerault et de Loudun utilisaient une architecture intégralement Maincare. Le choix a été fait d’utiliser l’architecture applicative du CHU de Poitiers comme socle commun à l’ensemble des établissements. « Il ne s’agissait pas uniquement d’harmoniser les systèmes d’information, mais bien d’enrichir l’offre en proposant aux professionnels des sites de Châtellerault et de Loudun de nouveaux usages et outils adaptés à leurs besoins. Parmi les innovations déployées, on retrouve notamment des solutions dédiées à la gestion du brancardage ou encore à la commande des repas », explique Alexandre Pavy, responsable des applicatifs qui a coordonné la mise en œuvre de la convergence.
La démarche de convergence s’est faite en deux étapes principales. Elle a commencé par l’installation de la filière administrative qui a nécessité 18 mois de préparation pour une bascule en 2020. Plus complexe, car touchant au cœur de l’activité de soins et en exploitation continue, la convergence des applicatifs médicaux a nécessité deux ans de travail. La bascule s’est faite en 2024 sur le site de Loudun et en 2025 sur le site de Châtellerault. Le projet a englobé l’ensemble des fonctionnalités nécessaires au quotidien des soignants, à titre principal : HM, Résurgences, Télémaque, HRSD, Cursus, Dic’t, Xplore. Aujourd’hui, 95 % des applicatifs sont désormais identiques sur l’ensemble des sites du CHU de Poitiers. « Un professionnel qui pratique sur différents sites du GHT retrouvera les mêmes outils et la même interface où qu’il se trouve », précise Alain Lamy.
Pour piloter ces opérations délicates, une organisation rigoureuse a été mise en place afin de concilier les décisions stratégiques et les réalités du terrain. Un comité de pilotage a ainsi été constitué, associant la direction du système d’information à des représentants médicaux, des cadres et des secrétaires des sites de Châtellerault, de Loudun et de Poitiers. Cette instance a permis de garantir que chaque étape du projet soit validée par les futurs utilisateurs. En parallèle, le succès de la transition a reposé sur un comité opérationnel composé d’informaticiens de l’ensemble des sites et de soignants référents. Les équipes de la direction du système d’information et l’équipe infirmière dossier patient ont joué un rôle de trait d’union en prenant en charge le paramétrage des outils, la formation du personnel et l’assistance directe aux équipes lors des premiers jours de mise en service. Des réunions de suivi ont lieu régulièrement
La notion de convergence est un défi partagé par tous les groupements hospitaliers de territoire. La démarche menée au CHU de Poitiers s’est révélée être une expérience singulière et remarquable. « Il s’agit d’une opération longue et complexe, car elle suppose l’adhésion de l’ensemble des parties prenantes. Comme pour toute migration informatique, cela a donné lieu à des difficultés qu’il a fallu surmonter, mais la bonne volonté de l’ensemble des intéressés a permis de les régler au fur et à mesure. Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que la situation est stabilisée et satisfaisante. Il faut souligner que cette réussite a été facilitée par la stratégie de l’établissement, qui a consisté à intégrer cinq sites possédant chacun, auparavant, leur propre personnalité juridique. Ce préalable politique, fruit d’une stratégie forte, est ce qui a rendu possible une convergence technique d’une telle envergure, unifiant désormais l’ensemble des sites du groupement », souligne Alain Lamy. « De nombreux établissements hospitaliers sont actuellement engagés dans la convergence de leur système d’information mais aucun n’est pour l’heure aussi avancé dans la démarche que ne l’est le CHU de Poitiers » conclut Alexandre Pavy.