Une étude d’envergure internationale, portée par le Dr Bertrand Drugeon, praticien au sein des urgences du CHU de Poitiers et affilié à l’unité INSERM 1070 PHAR2, vient d’être publiée dans la revue "The Lancet Regional Health – Europe". Intitulé CathIRU, ce projet met en lumière les pratiques liées à la pose de cathéters veineux périphériques, le dispositif médical le plus utilisé à l’hôpital. Avec 25 millions de cathéters insérés en France chaque année, ce geste quotidien est loin d'être anodin.
CathIRU est né d’un appel à projets de la Société française de médecine d’urgences (SFMU) qui, chaque année, choisit une étude visant à établir une photographie précise des pratiques épidémiologiques dans les services d’urgence. Sous l’impulsion du Dr Bertrand Drugeon, cette étude observationnelle transversale multicentrique a mobilisé 80 centres de médecine d’urgence en France et un centre belge.
Pendant 48h, en avril 2025, les équipes ont inclus 4 216 patients, soit 4 312 cathéters, parmi les 19 737 passages aux urgences. Cette densité de données offre une forte représentativité de la réalité des soins en médecine d’urgence, permettant d’aboutir à des conclusions statistiquement robustes.
L’étude CathIRU révèle que 35 % des cathéters posés aux urgences ne sont pas cliniquement indiqués, correspondent souvent à une pose « au cas où » ou motivée par le confort organisationnel.
L’étude définit un cathéter « utile » comme un accès vasculaire utilisé dans les 24 premières heures pour une injection de médicaments intraveineux, une transfusion, un examen d’imagerie ou une hydratation, ou s’il n’est pas utilisé, posé pour sécuriser une situation à risque prédéfinie de dégradation clinique, comme par exemple des douleurs thoraciques ou après des convulsions.
« Le cathéter est souvent considéré comme un geste banal, mais il ne l’est pas. Dans 50 % des cas, s’il n’est pas réévalué lors de l’hospitalisation, il entraîne des complications mécaniques, vasculaires ou, plus grave, infectieuses, engageant parfois le pronostic vital du patient », souligne le Dr Bertrand Drugeon.
L’étude a permis d’identifier plusieurs facteurs favorisant cette pose excessive :
- Le score de triage à l’admission : plus un patient est jugé « peu grave », plus le risque de pose de cathéter non indiqué augmente ;
- L’organisation : un ratio infirmier/patient tendu favorise la pose systématique pour anticiper le flux, au détriment d’une réflexion clinique au cas par cas.
A l’inverse, elle a permis d’identifier des facteurs protecteurs à la pose d’un cathéter non indiqué :
- L’âge avancé, les soignants étant plus précautionneux.
- Les patients connus pour des accès vasculaires difficiles, où la recherche d’alternative de voie d’administration est généralement privilégiée.
- L’expertise : la présence d’une équipe dédiée aux accès vasculaires au sein de l’institution réduit significativement le taux de poses inutiles. Ces experts diffusent les bonnes pratiques et maîtrisent des outils comme l’échographie, garantissant le « bon dispositif pour le bon patient ».
La publication dans The Lancet Regional Health – Europe, revue de catégorie A, marque une reconnaissance majeure de la qualité des travaux menés au CHU de Poitiers. Mais le projet CathIRU ne s’arrête pas là. Les données recueillies constituent une véritable boîte de Pandore pour la recherche future.
Le Dr Drugeon travaille déjà sur plusieurs prolongements de ce projet, comme l’étude d’un score prédictif d’échec de ponction spécifique aux services d’urgence, pour identifier dès leur admission les patients « difficiles à piquer » et utiliser immédiatement les techniques adaptées (article soumis dans le même journal, en cours de révision), l’étude de l’impact médico-économique afin d’évaluer le coût du matériel et du temps soignant gaspillés par les poses inutiles ou de l’impact environnemental pour mesurer l’empreinte carbone de ces dispositifs non indiqués.
À travers ce projet, le CHU de Poitiers réaffirme son engagement pour une amélioration continue de la sécurité des soins, en valorisant la compétence des spécialistes de l’accès vasculaire pour réduire les complications et optimiser les ressources hospitalières
| Ce travail s’inscrit dans la continuité des recherches du Dr Drugeon, qui dirige également un autre projet sur le développement d’un outil pour éviter les complications liées aux cathéters et perfusions au urgences, soutenu par le fonds Aliénor du CHU de Poitiers. |