Movember est l’occasion parfaite pour parler de maladies masculines encore trop méconnues. C’est notamment le cas de la maladie de La Peyronie, une affection qui peut aujourd’hui être prise en charge au CHU de Poitiers.
Qu’est-ce que la maladie de La Peyronie ?
La maladie de La Peyronie est une affection caractérisée par le développement anormal d’un tissu fibreux au niveau de la verge. Cette fibrose, localisée entre les corps caverneux (responsables de l’érection) et leur enveloppe protectrice, l’albuginée, forme des plaques dures composées de collagène désorganisé et de fibres élastiques altérées. Elles entraînent progressivement une déformation de la verge, souvent associée à des douleurs lors des érections. « Il s’agit d’une pathologie bénigne qui touche entre 3 et 9 % des hommes, généralement entre 50 et 60 ans. Mais ils sont sans doute plus nombreux qu’on ne le pense, parce que beaucoup n’osent pas en parler, ni consulter », précise le Dr Mikael Abi Abdallah, urologue spécialiste de l’andrologie.
Les microtraumatismes répétés, survenant notamment lors des rapports sexuels ou d’autres activités physiques, sont considérés comme l’un des principaux éléments déclencheurs de la fibrose associée à la maladie de La Peyronie. Ils provoquent des micro-saignements déclenchant une réaction inflammatoire anormale et la formation de plaques fibreuses. Cependant, tous les hommes ayant subi ces lésions ne développent pas la maladie. Des facteurs génétiques pourraient également jouer un rôle. D’autres facteurs de risque ont bien été identifiés comme le tabac, le diabète, certaines chirurgies comme la prostatectomie, et certaines maladies du tissu conjonctif comme la maladie de Dupuytren.
Les symptômes de la maladie de La Peyronie évoluent généralement en deux phases distinctes. La première, la phase inflammatoire, dite active, se manifeste d’abord par une douleur au niveau du pénis, parfois à l’état flaccide mais surtout en érection. Cette douleur peut persister pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Elle touche environ 60 à 70 % des hommes atteints. Avec le temps, la douleur diminue progressivement et finit par disparaître, marquant la fin de cette phase. La seconde, la phase chronique, se traduit par une courbure progressive du pénis. Cette déformation peut s’aggraver et devenir permanente, entraînant une gêne lors des rapports sexuels. En plus de ces symptômes, elle peut entraîner un raccourcissement progressif du pénis, et parfois des troubles érectiles.
Prise en charge
La prise en charge de la maladie de La Peyronie repose sur une approche thérapeutique personnalisée, adaptée à l’évolution des symptômes et à leur impact sur la qualité de vie du patient. En première intention, des traitements médicamenteux peuvent être proposés pour agir sur différents aspects de la maladie : les anti-inflammatoires soulagent la douleur et réduisent l’inflammation locale, tandis que les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (IPDE5) améliorent l’oxygénation des tissus péniens, ont des effets bénéfiques sur la fonction érectile et pourraient aussi avoir une action anti-fibrotique. Des injections intraplaques peuvent également être envisagées, tout comme la traction-thérapie qui consiste à appliquer une traction progressive sur la verge pour stabiliser, voire réduire, la courbure et surtout limiter le raccourcissement du pénis. La thérapie par ondes de choc, quant à elle, peut aider à stimuler la régénération des tissus, avec un effet essentiellement antalgique montré dans les études.
Dans les formes les plus sévères, où les traitements conservateurs ne permettent pas d’obtenir une amélioration suffisante, une intervention chirurgicale peut être proposée pour corriger la déformation ou restaurer une fonction sexuelle satisfaisante.
La prise en charge chirurgicale de la maladie de La Peyronie est assurée par des urologues spécialisés en andrologie. Il peut s’agir d’une chirurgie de redressement désignée par le terme de plicature, qui corrige la courbure du pénis sans toucher à la plaque, mais avec un risque de raccourcissement du pénis. Une autre option chirurgicale est l’incision ou l’excision de la plaque, zone que l’on comble avec un greffon. Enfin, la troisième solution est la pose d’implants péniens, qui permet de corriger à la fois la courbure et la dysfonction érectile résistante aux traitements. Le choix dépend de la sévérité de la courbure, de la taille du pénis, de la déformation (simple ou complexe), et de la présence de troubles érectiles.
La maladie de La Peyronie se traite au CHU de Poitiers
Le Dr Mikael Abi Abdallah, urologue au CHU de Poitiers et titulaire du diplôme universitaire d’andrologie, est l’un des rares spécialistes du département de la Vienne et de la région Poitou-Charentes. Il souligne que la maladie de La Peyronie, bien que méconnue, est loin d’être rare. Ses symptômes, qui peuvent entraîner des douleurs, des troubles érectiles et avoir un impact psychologique, ne doivent pas rester un tabou. « Il est essentiel que les hommes sachent qu’il existe des solutions et qu’ils ne restent pas isolés avec ce problème, explique-t-il. Consulter dès l’apparition des premiers symptômes, c’est faire le premier pas vers une prise en charge adaptée et vers une sexualité plus épanouie. » En effet, une consultation précoce permet de prescrire des traitements médicamenteux pour limiter, voire éviter, la formation de la fibrose et donc de la courbure. Agir tôt peut offrir de meilleurs résultats et, dans certains cas, éviter une intervention chirurgicale. La maladie de La Peyronie est une pathologie qui se traite. Il est temps de briser les silences et d’encourager les hommes à consulter pour retrouver une qualité de vie optimale.