Les femmes et la recherche au centre d’investigation clinique – Ep. 1 : Dr Sarah Thévenot

Dr Sarah Thévenot

A l’occasion de la journée internationale des femmes et des filles de science, le 11 février, nous sommes allés à la rencontre des femmes qui mènent des travaux de recherche au sein du centre d’investigation clinique CIC 1402 du CHU de Poitiers.

Cette structure contribue au développement de recherches innovantes, au transfert de technologie entre les acteurs académiques et industriels, à la production de nouvelles connaissances scientifiques et médicales ainsi qu’à la formation par et à la recherche. C’est une structure à l’interface entre les cliniciens du CHU de Poitiers et les équipes de recherche fondamentale (Inserm, CNRS, universités).

Ses activités s’articulent autour de deux grands domaines d’activité : l’innovation technologique et l’investigation clinique. Cette dernière thématique est organisée en axes de travail : l’axe DECLAN, centré sur le déclin fonctionnel de l’organisme, l’axe IS-ALIVE, sur le sommeil en réanimation et l’insuffisance respiratoire, l’axe THOR, sur la cancérologie, et en particulier l’hématologie, l’axe EATHER, sur la santé environnementale, l’axe SCALE-EPI, sur les approches méthodologiques et analyses de données, et les neurosciences cliniques.

DR SARAH THEVENOT, PHARMACIEN.
AXE EATHER

Le Dr Sarah Thévenot est pharmacien et responsable de l’équipe opérationnelle d’hygiène du CHU de Poitiers. Elle a mis un pied dans la recherche tôt dans sa carrière, dès son internat : « j’ai eu la chance d’être interne dans une filière qui permettait de réaliser un doctorat au cours de l’internat ». Une carrière en recherche qu’elle débute en bactériologie, en travaillant sur Helicobacter pylori, sous la direction du Pr Jean-Louis Fauchère et en collaboration avec le Pr Christophe Burucoa, bactériologiste au CHU de Poitiers. Elle devient ensuite maître de conférences – praticien hospitalier (MCU-PH) en hygiène hospitalière et exerce pour la communauté des établissements de la Vienne. « Mes travaux de recherche, très fondamentaux, sont devenus trop éloignés de ma pratique quotidienne. J’ai souhaité rattacher ma recherche à l’environnement des soins que je côtoie tous les jours ». Elle rejoint en 2016 l’équipe de recherche en santé environnementale pilotée à l’époque par le Pr Virginie Migeot, alors cheffe du service de santé publique du CHU de Poitiers. L’équipe travaille alors sur les perturbateurs endocriniens et devient l’un des axes du CIC Inserm 1402. L’axe EATHER (EnvrionmentAl Health rEsearch gRoup), désormais piloté par le Pr Nicolas Venisse, mène maintenant une recherche plus large en expologie et s’intéresse aux micropolluants, mais également au changement climatique et au psychoexposome.

Comment réduire l’exposition des patients hémodialysés aux perturbateurs endocriniens ?

Le Dr Sarah Thévenot initie alors un projet de recherche sur l’exposition aux perturbateurs endocriniens chez le patient insuffisant rénal chronique terminal traité en hémodialyse. Grâce à des dosages dans l’environnement de l’hémodialyse complétée par une étude clinique menée chez une centaine de patients, ses travaux mettent en évidence que l’exposition aux perturbateurs endocriniens a pour origine à la fois les dispositifs médicaux utilisés mais également l’eau qui sert à fabriquer les liquides de dialyse. « Ce constat a permis de réfléchir à des actions permettant de réduire l’exposition des patients à ces substances, et de mener des actions de prévention », explique-t-elle. Parmi ces actions : la sensibilisation des équipes au choix des dispositifs médicaux, la mise en œuvre de procédures de rinçage du matériel plus efficaces peuvent permettre de limiter l’exposition. « A l’heure où l’éco-responsabilité doit faire partie des soins, il faut trouver le compromis entre réduire la consommation d’eau et maintenir la sécurité des patients dialysés », explique-t-elle. En parallèle, une enquête a également été menée auprès des patients pour mesurer leurs connaissances, attitudes et pratiques vis-à-vis des perturbateurs endocriniens. L’idée est de les aider à réduire également leur exposition dans leur quotidien. « Avec le Dr Guillaume Cambien, également MCU-PH en hygiène hospitalière, nous souhaitons désormais mesurer les impacts de ces mesures. Deux doctorats ont été réalisés sur le sujet, et cela continue avec une nouvelle étudiante en master 2 », précise-t-elle.

Les établissements de santé face aux changements climatiques

Parallèlement à ces travaux, le Dr Thévenot travaille également sur le thème des relations entre le changement climatique et les établissements de santé avec le Dr Jérémy Guihenneuc, assistant hospitalo-universitaire dans le service de santé publique. « Nous pensons souvent à l’impact que les établissements de santé peuvent avoir sur l’environnement, mais l’inverse est également vrai », précise le Dr Thévenot. Les établissements de santé sont en effet confrontés à un double enjeu : d’une part, celui de s’engager dans une transformation écologique pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre et d’autre part, celui de mieux connaître, prévenir voire anticiper les effets du changement climatique sur leur fonctionnement. « En effet, nous percevons déjà les effets que peuvent avoir les épisodes de canicule, les tempêtes ou les fortes pluies sur le fonctionnement de certains secteurs de l’hôpital sans pour autant que ces risques soient tous intégrés dans la démarche de gestion des risques ».

« Afin de susciter une prise de conscience, notre premier objectif a été de faire un état des lieux des effets du changement climatique sur les établissements de santé grâce à une revue de la littérature internationale sur le sujet ». Cette étude a mis en évidence que toutes les composantes des établissements de santé peuvent être concernées par ces effets :  les flux de patients, les professionnels, le matériel, les médicaments, l’énergie…. « Nous l’avons hélas constaté récemment dans l’actualité avec Mayotte. Les hôpitaux locaux ont dû faire face à de nombreuses difficultés face aux catastrophes climatiques qui ont touché l’île », souligne-t-elle.

Afin de favoriser la résilience de nos établissements face au changement climatique et favoriser une santé durable, il est par ailleurs indispensable de s’appuyer sur des acteurs sensibilisés, formés et de les préparer à fonctionner dans un contexte nouveau et changeant.  « Nous avons mené une enquête dans six hôpitaux français pour étudier les connaissances et perceptions du changement climatique, les comportements pro-environnementaux, les pratiques en matière d’actions de durabilité environnementale, et les attentes des professionnels ». Ce sont plus de 4 500 professionnels qui ont participé à notre étude dont les résultats ont été publiés en 2024 dans The Lancet Planetary Health. « Ce qui en ressort, c’est l’envie des professionnels de s’engager pour des soins plus durables », évoque le Dr Thévenot, « mais ils sont nombreux à constater qu’ils ne sont pas assez sensibilisés à ces enjeux »L’outil pédagogique Plan Health Faire® a été co-développé par Jérémy Guihenneuc et Léa Boissinot (pharmacienà l’OMEDIT Ile-de-France) pour répondre à ce besoin de formation et « nous en évaluons actuellement l’impact auprès des professionnels et des étudiants en santé dans le cadre de nos recherches ».

Afin d’aider les établissements à s’adapter, voire anticiper les effets du changement climatique, une cartographie des vulnérabilités a été développée dans l’objectif d’évaluer la vulnérabilité des établissements de santé à l’échelle nationale. Ce projet, baptisé ClimSaVE, a fait l’objet d’une lettre d’intention qui vient d’être acceptée dans le cadre du dernier appel à projets du programme de recherche sur la performance du système de soins (PREPS) de la direction générale de l’offre de soins (DGOS). « Notre projet est en parfaite cohérence avec les priorités du futur plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), dont l’un des axes est justement d’accompagner les conséquences du changement climatique sur notre système de santé et de mesurer le niveau de vulnérabilité de nos établissements ».