Hier soir, l’Espace Mendès France a accueilli une conférence captivante dans le cadre de la Fête de la science, explorant les liens entre l’intelligence humaine et l’intelligence artificielle dans le domaine médical. Cet événement a réuni deux experts : le Pr Roger Gil, neuropsychiatre et professeur émérite de neurologie à l’Université de Poitiers, et le Dr Guillaume Herpe, radiologue et référent médical en IA au CHU de Poitiers. Avec près de 90 participants, et traduite en langue des signes, la soirée a été l’occasion de discuter des avancées, des défis et des enjeux éthiques liés à l’intégration de l’intelligence artificielle en santé.
L’intelligence artificielle en santé : une révolution en marche
L’intelligence artificielle est en train de transformer le paysage médical. Selon le docteur Guillaume Herpe, 95 % du marché de l’intelligence artificielle en santé concerne des produits de radiologie, et 50 % des centres radiologiques français utilisent déjà des solutions d’intelligence artificielle. Ces outils sont principalement dédiés à la détection de fractures, de cancers, et à la prédiction de risques cardiovasculaires. Le Dr Herpe a souligné que 20 % de la recherche mondiale en santé est désormais assistée par l’intelligence artificielle, illustrant l’ampleur de cette révolution technologique.
Des applications concrètes et prometteuses
Les applications de l’intelligence artificielle en santé sont très variées. Elles vont de l’aide au diagnostic, où les outils d’intelligence artificielle améliorent la précision et la rapidité des médecins, à la prédiction des risques, permettant d’anticiper des événements cardiovasculaires. L’intelligence artificielle générative, est aujourd’hui peu utilisée dans le domaine de la santé, hormis pour l’aide à la rédaction de compte-rendu. Le premier outil d’intelligence artificielle à avoir été implanté au CHU de Poitiers est l’outil de détection de fracture aux urgences. Il permet à l’urgentiste de déceler une fracture plus rapidement à partir d’une radiographie et les études montrent que cela réduit l’écart de diagnostic entre l’interprétation de l’urgentiste et celui du radiologue. Le deuxième outil d’intelligence artificielle est celui en mammographie. Et c’est un exemple marquant. Actuellement, le délai moyen pour obtenir un diagnostic est de six semaines. Grâce à l’intelligence artificielle, ce délai pourrait être considérablement réduit, optimisant ainsi les processus de dépistage et améliorant l’accès aux soins pour les patientes. L’intelligence artificielle telle qu’utilisée au CHU de Poitiers permet d’augmenter les performances du médecin, sans jamais le remplacer.
Intelligence artificielle vs intelligence humaine : une complémentarité nécessaire
L’un des moments forts de la conférence a été la discussion sur les différences fondamentales entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine. Le Pr Roger Gil a rappelé que l’intelligence artificielle, bien qu’impressionnante dans ses capacités de traitement de données et de résolution de problèmes, ne possède pas de conscience réflexive. Elle excelle dans des tâches spécifiques, comme l’analyse d’images médicales ou la prédiction de risques, mais elle ne peut pas poser de questions, douter, ou avoir une compréhension globale et contextuelle comme le fait un humain.
Le Pr Roger Gil a insisté sur le fait que l’intelligence humaine est à l’origine de la création de l’IA. « L’intelligence artificielle est un outil conçu par l’humain pour servir l’humain, mais elle ne peut remplacer la complexité de notre pensée, notre empathie, ou notre capacité à prendre des décisions éthiques », a-t-il expliqué. L’intelligence artificielle peut aider à améliorer les performances médicales, comme l’a démontré le Dr Guillaume Herpe avec des exemples concrets au CHU de Poitiers, mais elle ne peut se substituer au jugement clinique et à l’expérience des professionnels de santé.
Le Dr Guillaume Herpe a complété cette réflexion en soulignant l’importance de la formation des médecins. « Il est crucial que les futurs médecins soient formés à utiliser l’IA tout en conservant leur esprit critique. Ils doivent savoir quand et comment utiliser ces outils, mais aussi quand les remettre en question. » Cette approche permet d’éviter une dépendance excessive à la technologie et de garantir que l’intelligence artificielle reste un outil au service de la médecine, et non l’inverse.
Accessibilité des données de santé
La question de la sécurité des données a également été au cœur des débats, notamment par rapport à l’utilisation de nos données de santé. Le Dr Guillaume Herpe a rassuré l’audience en expliquant que les données de santé utilisées par l’intelligence artificielle au CHU de Poitiers ne sortent jamais de l’établissement sans être pseudonymisées. Et que la règlementation européenne est assez stricte de ce point de vue.
Des inégalités persistantes
Malgré les avancées technologiques, l’accès à l’intelligence artificielle reste inégal. Les zones urbaines sont mieux équipées que les zones rurales, et certains pays n’ont tout simplement pas accès à ces technologies. Le Pr Gil a rappelé que ces inégalités reflètent celles déjà existantes dans le domaine de la santé, et que l’intelligence artificielle ne fait qu’amplifier ces disparités.
Conclusion : une collaboration nécessaire entre humain et machine
La conférence a mis en lumière les opportunités offertes par l’intelligence artificielle en santé, tout en soulignant les défis à relever. L’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques médicales doit se faire de manière réfléchie, en garantissant une formation adéquate des professionnels et en renforçant les mesures de sécurité pour protéger les données de santé. Comme l’a résumé le Dr Herpe, « l’IA est un outil puissant, mais c’est à nous, humains, de l’utiliser de manière responsable et éthique ».
