Innovation en pédiatrie : deux soignantes du CHU de Poitiers obtiennent un financement PHRIP

Portrait des deux professionnelles de pédiatrie

Au CHU de Poitiers, deux professionnelles de santé, Laura Goram, auxiliaire de puériculture, et Laure Devienne, infirmière en pédiatrie, viennent de se voir attribuer un financement de 250 000 euros dans le cadre du programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP). Leur projet ? Comparer deux méthodes de prélèvement pour la détection des virus hivernaux chez les nourrissons, avec un objectif clair : rendre ce geste moins invasif, moins douloureux, et plus sécurisant pour les enfants, leurs parents et les soignants.

Laura et Laure forment un binôme soudé, habitué à travailler ensemble au quotidien. Laure, infirmière depuis 18 ans, dont 7 en pédiatrie, et Laura, auxiliaire de puériculture depuis 2014, partagent une même volonté, celui d’améliorer le confort et le bien-être des enfants hospitalisés. Leur complicité et leur expérience du terrain ont été déterminantes pour porter ce projet ambitieux.

Une innovation née d’un constat simple

Actuellement, la détection des virus hivernaux chez les nourrissons repose sur un prélèvement nasopharyngé, un geste souvent stressant et douloureux, nécessitant parfois la mobilisation de plusieurs soignants et parfois des parents pour maintenir l’enfant. « On est parfois à trois pour tenir l’enfant, ça pleure, ça bouge… C’est traumatisant pour l’enfant et angoissant pour les parents », explique Laure.

L’idée, innovante est de remplacer ce prélèvement invasif par un simple bâtonnet recueillant de la salive, inspiré des observations faites pendant la pandémie de covid-19, où la salive s’est révélée être un milieu efficace pour détecter les virus. « Si on peut faire des choses moins traumatisantes pour détecter les virus, c’est une avancée majeure », souligne Laura.

L’originalité du projet réside aussi dans le fait que ce sont deux paramédicaux qui en ont pris la tête, avec le soutien de deux médecins, un pédiatre et un biologiste. « Les médecins ont eu l’idée, mais ils souhaitaient que ce soit des paramédicaux qui portent le projet », raconte Laure. Un défi relevé avec brio, malgré les obstacles : rédaction, termes techniques, et surtout, la nécessité de se former à la recherche, un univers parfois éloigné de leur quotidien.

Un parcours semé d’embûches, mais couronné de succès

Le chemin vers le financement n’a pas été de tout repos. Entre les réunions, la rédaction de lettres d’intention, les présentations, et les ajustements constants, Laura et Laure ont dû s’armer de patience et de persévérance. « On a mis plus d’un an à peaufiner le projet, avec des allers-retours constants entre nos idées et les attentes des jurys », confie Laura.

Cette année aura été effectivement une année semée d’incertitudes et de défis pour Laura et Laure. Entre les méconnaissances initiales du monde de la recherche, les obstacles informatiques , et la charge supplémentaire représentée par le DU plaies, brûlures et cicatrisation suivi par Laure en parallèle, concilier vie professionnelle et vie privée est rapidement devenu un exercice d’équilibriste.

Dans ce contexte exigeant, le soutien et le coaching de Guillaume Beaumatin, coordonnateur de la recherche paramédicale, ont été déterminants. Son tempérament et son accompagnement ont permis de transformer ces épreuves en opportunités d’apprentissage. Charlotte Bouchet, cadre de santé, a également joué un rôle clé en offrant une flexibilité précieuse : aménagement du temps de travail et ouverture des droits au télétravail, des leviers essentiels pour allier engagement professionnel et épanouissement personnel.

Pendant cette année leur détermination a payé : leur projet a été retenu du premier coup, une rareté dans le monde de la recherche.

Un impact concret pour les enfants et les soignants

Le projet, qui débutera en 2026, inclura une cohorte de 502 enfants sur trois ans. L’objectif sera de montrer que la détection des virus dans la salive est aussi efficace que dans les sécrétions nasopharyngées. Si les résultats sont concluants, cette méthode pourrait devenir la nouvelle norme, transformant radicalement la prise en charge des nourrissons en période hivernale.

Pour Laura et Laure, cette aventure est aussi une belle expérience humaine : « Ça rapproche, ça crée des liens, et surtout, ça nous permet de contribuer à quelque chose de plus grand, pour le bien-être des enfants. »

Le CHU de Poitiers se distingue par son engagement en faveur de la recherche paramédicale. Plusieurs projets ont déjà été financés dans ce cadre, preuve de la dynamique et de l’expertise de ses équipes.

Si le projet aboutit, il pourrait ouvrir la voie à d’autres innovations, et pourquoi pas, inspirer d’autres soignants à se lancer dans la recherche.

C’est un projet qui montre réellement que l’innovation, ça se vit aussi au quotidien, et que chaque soignant peut être acteur du changement.