Des équipes mobiles de soins palliatifs pour aller vers le patient

Equipe mobile de soins palliatifs

Au CHU de Poitiers, les soins palliatifs ne se limitent pas aux frontières d’un service dédié. Ils s’étendent bien au-delà, grâce à deux équipes mobiles qui portent l’accompagnement là où le besoin se fait sentir. L’une intervient au sein même des autres services de l’établissement, tandis que l’autre se rend au domicile des patients ou dans les établissements médico-sociaux de la Vienne. Rencontre avec les professionnels qui constituent ces deux équipes.

Soins palliatifs : un service et deux équipes mobiles

Le service de soins palliatifs du CHU, qui est sous la responsabilité du Dr Mathilde Nicolas Raynaud et de Manon Champalou, la cadre de santé, est situé dans le pavillon Joseph Garnier, sur le site de la Milétrie à Poitiers. Il se consacre à l’accueil des patients atteints de maladies graves, évolutives ou en phase terminale. Son ambition est d’apaiser la souffrance et de préserver la dignité et le confort de chacun, en adaptant les soins aux besoins individuels. Une équipe pluridisciplinaire, composée de médecins spécialisés en soins palliatifs, d’infirmiers, psychologues, de kinésithérapeutes et d’assistantes sociales, assure ces accompagnements.

Les soins palliatifs au CHU de Poitiers ne se limitent pas à leur unité dédiée : ils s’étendent également à d’autres services de l’hôpital, mais aussi au-delà de ses murs, directement au domicile des patients ou en établissements médico-sociaux (EHPAD, maisons d’accueil spécialisée, etc.). Ce déploiement est rendu possible grâce à l’action de deux équipes mobiles : l’équipe mobile intra-hospitalière, qui intervient dans les différents services du CHU, et l’équipe mobile territoriale, qui se déplace à domicile ou en établissements médico-sociaux. Ces équipes mobiles s’appuient sur les professionnels médicaux et paramédicaux exerçant au sein du service de soins palliatifs, qui interviennent par roulement. Quatre infirmiers, se répartissent entre les deux équipes, avec des rotations régulières dans le service.

Les missions des équipes mobiles de soins palliatifs diffèrent de celles du service. Leur action repose sur l’expertise, le conseil et l’accompagnement, sans jamais se substituer aux soignants pour la prise en charge médicale. Leur rôle est de faciliter la mise en place de soins palliatifs et d’accompagner les équipes soignantes. Elles n’ont pas vocation à pratiquer d’actes de soin, mais de fournir des conseils thérapeutiques et d’apporter un soutien aux soignants et aux proches.

L’un des principaux défis, tant pour le service de soins palliatifs que pour les équipes mobiles, reste la perception erronée des soins palliatifs, souvent associés exclusivement à la fin de vie. « On fait souvent appel à nous trop tard. Pourtant, les soins palliatifs peuvent être proposés dès le diagnostic d’une maladie grave et incurable. Le patient peut bénéficier d’un accompagnement en soins palliatifs, et ce, parfois sur plusieurs mois, voire plusieurs années. L’enjeu est de faire comprendre que les soins palliatifs ne se limitent pas à la phase terminale, mais qu’ils visent à améliorer la qualité de vie dès l’annonce de la maladie en collaboration avec les différents spécialistes impliqués dans la prise en charge. L’objectif est de prendre en charge des symptômes d’inconforts notamment la douleur en lien avec les pathologie ». Cependant, cette vision élargie des soins palliatifs peine encore à s’imposer dans les mentalités, tant chez les professionnels que chez les patients. Les interventions des équipes mobiles dans les services et dans les établissements extérieurs constituent des opportunités pour promouvoir et de diffuser la culture palliative.

L’équipe intra-hospitalière : un soutien expert au cœur des services

L’équipe mobile intra-hospitalière intervient dans les différents services de l’établissement à la demande du médecin sur sollicitation de l’équipe soignante, du patient ou des proches. Elle peut mobiliser jusqu’à quatre professionnels par jour : un médecin, deux infirmières et un psychologue. Ses interventions se font généralement en binôme, médecin-infirmière ou médecin-psychologue. Les sites de Châtellerault et de Loudun bénéficient également d’une équipe mobile de soins palliatifs intra-hospitalière. Les médecins qui y interviennent sont les mêmes que ceux du site de la Milétrie, tandis que les infirmiers, aides-soignants et les psychologues sont affectés à ces sites.

Les motifs d’intervention sont très variés, mais concernent le plus souvent la gestion de symptômes comme la douleur ou l’anxiété, ou des questionnements d’ordre éthique. « « Dans les services, les situations sont souvent délicates et peuvent mettre les équipes en difficulté. Des interrogations éthiques émergent fréquemment, et nous pouvons les accompagner dans leur réflexion. Notre rôle reste cependant purement consultatif : nous apportons des conseils et un éclairage, sans nous substituer aux décisions des équipes en place ».

Parfois, les services sollicitent l’équipe pour bénéficier d’un regard extérieur et d’un soutien supplémentaire. « Nous offrons une écoute attentive, des conseils adaptés et une disponibilité aux équipes déjà très engagées auprès de leurs patients. Notre mission est d’accompagner, de valider leurs pratiques et de les soutenir dans leur prise en charge quotidienne. »

Il arrive assez souvent que l’équipe rencontre les familles, même si l’équipe soignante du service reste leur principal interlocuteur. « Les familles nous sollicitent souvent pour des conseils ou un accompagnement dans la compréhension du parcours de maladie. Nous prenons également le temps de réexpliquer les enjeux, d’aborder des sujets sensibles comme les directives anticipées ou la fin de vie ».

Chaque intervention suit des étapes précises : avant de rencontrer le patient, l’équipe échange systématiquement avec les soignants. Après la consultation, un temps de transmission est toujours organisé avec les équipes médicales et paramédicales.

En moyenne, l’équipe réalise dix interventions par jour et traite quatre nouvelles demandes quotidiennes, en plus des avis fournis par téléphone. Les services qui sollicitent le plus l’équipe sont avant tout l’oncologie. Viennent ensuite la neurologie — notamment pour les maladies dégénératives —, la pneumologie, la gériatrie et la gastro-entérologie, qui génèrent également un nombre important de demandes. Les autres services de médecine, tels que la cardiologie ou la néphrologie font appel à l’équipe de manière plus ponctuelle. « Il est important de préciser que de nombreux services, comme la gériatrie ou l’oncologie, pratiquent déjà des soins palliatifs de qualité en autonomie. Notre équipe intervient principalement dans les situations les plus complexes, qui de défis éthiques, thérapeutiques ou organisationnels ».

L’équipe mobile territoriale : un accompagnement sur mesure à domicile et en établissements médico-sociaux

L’équipe mobile territoriale est composée d’un médecin, d’une infirmière et d’un psychologue. Elle intervient principalement à domicile, en EHPAD ou dans des établissements spécialisés, sur demande des médecins, parfois sur sollicitations des professionnels paramédicaux libéraux, du patient ou des familles. Elle n’intervient pas sans l’accord du patient.

Les demandes d’intervention auprès de l’équipe mobile territoriale peuvent être formulées soit par téléphone, soit par courriel. Dans les deux cas, une réponse est envoyée par mail, accompagnée d’un formulaire à remplir. Ce processus permet aux demandeurs de préciser leur requête et offre à l’équipe une première base d’évaluation. Les situations les plus urgentes sont priorisées. Les délais d’intervention sur place sont en moyenne de dix jours et, en cas d’urgence, une réorientation est faite vers le médecin traitant ou vers le SAMU. Quoi qu’il en soit, il y aura toujours une réponse dans les 24 à 48 heures.

Chaque intervention est précédée d’une évaluation téléphonique pour comprendre les besoins. Les premières rencontres sont longues ; elles durent généralement plus d’une heure. En effet, l’intervention à domicile présente des enjeux bien distincts de ceux rencontrés en milieu hospitalier. « L’équipe intervient directement dans l’espace intime du patient, ce qui change radicalement la nature de l’accompagnement. À domicile, chaque situation est unique et nécessite une approche sur mesure. L’enjeu est donc de s’adapter aux besoins et au contexte spécifique de chaque patient. C’est pourquoi la première rencontre est toujours particulièrement approfondie : elle permet d’établir une relation de confiance, d’évaluer précisément les attentes et d’ajuster l’accompagnement en conséquence ».

Parallèlement, l’équipe territoriale mène des actions d’information et de sensibilisation dans les établissements médico-sociaux. « Ces interventions ont pour objectif d’informer et de sensibiliser aux soins palliatifs. L’approche vise à rassurer et à valoriser les équipes en leur rappelant qu’elles pratiquent déjà, au quotidien, une forme d’accompagnement palliatif. L’enjeu est de leur montrer que, pour certaines situations plus complexes, nous pouvons les accompagner, leur apporter notre expertise ».

Un accompagnement de qualité

Accompagner des patients en soins palliatifs est un engagement humain et professionnel exigeant. Chaque jour, les équipes font face à des situations complexes, souvent marquées par la jeunesse des patients et la charge émotionnelle que cela implique. Dans ce contexte, la qualité de l’accompagnement ne repose pas seulement sur des compétences techniques, mais sur une disponibilité psychique et sans faille.

Chaque accompagnement nécessite une préparation minutieuse : étudier le dossier, échanger avec les autres professionnels, et surtout, se rendre disponible pour une écoute active. Face à cette réalité, les équipes font un choix délibéré : limiter le nombre de patients suivis dans la journée pour garantir à chacun un temps d’attention suffisant. En traitant les situations les plus complexes, il s’agit de préserver l’essentiel : la qualité de la relation.

« On ne fait pas de soins palliatifs seuls. » Cette phrase résume à elle seule l’esprit qui anime les équipes. Travailler en binôme ou en équipe pluridisciplinaire n’est pas une simple option, mais une nécessité absolue. Les moments d’échange permettent de se concerter, d’harmoniser les pratiques et de partager les questionnements. Malgré les contraintes organisationnelles, comme les temps partiels ou les emplois du temps chargés, ces espaces de dialogue sont protégés et organisés avec soin. Ils offrent aux soignants un soutien mutuel, une coordination renforcée et une prise de recul indispensable face à des situations souvent lourdes émotionnellement.

Un suivi renforcé après l’hôpital : la visite infirmière à domicile
Depuis janvier 2026, une visite infirmière à domicile est systématiquement proposée par le service de soins palliatifs, dix à quinze jours après une sortie d’hospitalisation. « Il s’agit d’évaluer la sécurité et le confort des patients, souvent fragiles, qui souhaitent retourner chez eux. Cette visite permet de s’assurer que tout est mis en place pour un retour à domicile sécurisé. L’infirmière peut ainsi renforcer les dispositifs si nécessaire ». Cette initiative s’inscrit dans une démarche de l’Agence régionale de santé visant à maintenir les patients en soins palliatifs à domicile. « L’objectif est clair : permettre aux patients de quitter l’hôpital en toute sérénité, en garantissant un suivi adapté à leur domicile. »
 
Ouverture d’un hôpital de jour
Ouverture de l’hôpital de jour de soins palliatifs à partir du 1er juin 2026 avec un accueil pluridisciplinaire sur des demi-journées (médecin, infirmière, aide-soignante, psychologue, kiné, diététicien, assistante sociale).