Analyses du microbiote intestinal en libre accès : une étude alerte sur leur manque de fiabilité

Microbiote

Trois médecins du CHU de Poitiers, une cardiologue et deux biologistes, les professeurs Claire Bouleti et Christophe Burucoa, et le docteur Maxime Pichon, en collaboration avec le groupe MicMac de la société française de microbiologie, viennent de publier une étude dans la revue internationale Gut. Leurs travaux démontrent l’inutilité, voire les risques, des analyses de microbiote intestinal proposées par certains laboratoires français en libre accès. Ces tests, dont les résultats sont fondés sur des interprétations discutables, pourraient induire les patients en erreur et les détourner de traitements médicaux adaptés.

Le microbiote intestinal, ensemble de microorganismes présents dans nos intestins, est au cœur de nombreuses recherches scientifiques. Son déséquilibre est associé à diverses pathologies, comme l’obésité, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, ou encore certaines maladies cardiovasculaires. Face à ces découvertes prometteuses, des laboratoires proposent désormais des analyses de microbiote en ligne, accessibles sans prescription médicale et à des tarifs élevés (entre 150 € et 250 €).

Cependant, comme le souligne l’étude dirigée par le docteur Maxime Pichon et les professeurs Claire Bouleti et Christophe Burucoa, ces tests ne répondent à aucun critère de fiabilité diagnostique. Pour le démontrer, les chercheurs ont envoyé un même échantillon de selles, fabriqué à partir de trois donneurs, à cinq laboratoires différents. Les résultats obtenus se sont révélés contradictoires : certains laboratoires diagnostiquaient un déséquilibre du microbiote intestinal, d’autres non ; les conseils diététiques ou thérapeutiques proposés étaient parfois opposés, voire incohérents avec l’état de santé réel des donneurs.

« Ces tests, vendus comme des outils de santé personnalisée, reposent sur des interprétations automatisées et des références bibliographiques de qualité variable. Ils peuvent générer de faux espoirs, ou pire, orienter les patients vers des prises en charge non validées, voire dangereuses », explique Maxime Pichon.

L’étude met en lumière plusieurs dérives, comme des résultats non reproductibles (les analyses du même échantillon varient d’un laboratoire à l’autre, remettant en cause leur crédibilité), des interprétations automatisées et peu fiables (les rapports, parfois générés par intelligence artificielle, citent des sources scientifiques de qualité inégale et proposent des conseils non personnalisés), un risque de détourner les patients de traitements adaptés, et un modèle économique discutable (les laboratoires incitent souvent les patients à consulter des spécialistes non conventionnels pour des prises en charge coûteuses et non remboursées).

« Ces pratiques, en plus d’être scientifiquement non fondées, exploitent la vulnérabilité de patients en quête de solutions. Il est urgent que les autorités sanitaires encadrent ces tests pour éviter des dérives préjudiciables à la santé publique », souligne le Pr Christophe Burucoa.

« Le microbiote intestinal est un champ de recherche passionnant, mais son utilisation en routine clinique nécessite encore des années d’études. En l’état actuel des connaissances, ces tests ne doivent pas être utilisés à titre individuel », conclut le Pr Claire Bouleti.