Téléexpertise : pour des avis tracés et sécurisés en cardiologie

Pr Luc Christiaens cardiologue

La télémédecine en cardiologie s’est beaucoup développée et regroupe la télésurveillance, la téléexpertise et la téléconsultation. La télésurveillance concerne à la fois la télésurveillance des dispositifs implantables (stimulateurs cardiaques par exemple) et la télésurveillance des insuffisants cardiaques. La téléexpertise n’est pas en reste puisque depuis 2020, son activité a connu un grand essor. Le Pr Luc Christiaens, chef du service, nous éclaire sur les nombreux avantages de ce dispositif qui optimise la collaboration avec les professionnels libéraux.

Quelles ont été les motivations pour mettre en place la téléexpertise en cardiologie?

La télémédecine est désormais pleinement intégrée au service de cardiologie du CHU de Poitiers, avec une utilisation particulièrement marquée en télésurveillance, notamment pour l’insuffisance cardiaque et la rythmologie. Ce dispositif permet d’assurer le suivi continu de plusieurs milliers patients, garantissant une prise en charge optimale et personnalisée. Si la téléconsultation reste peu utilisée, elle offre néanmoins une solution adaptée pour certains patients hospitalisés en EHPAD.

La télé-expertise, de son côté, a été mise en place pour répondre à une forte demande des médecins généralistes, ainsi qu’à des besoins spécifiques, comme l’interprétation d’électrocardiogrammes. Ces professionnels y trouvent un appui pour adapter les traitements ou évaluer la nécessité d’un bilan complémentaire. Il est essentiel de préciser que ce dispositif n’est pas destiné aux situations d’urgence, nos réponses étant fournies en grande majorité sous 48 heures.

Comment s’est déroulé le déploiement de la téléexpertise ?

Le développement du formulaire de demande de télé-expertise a été mené en étroite collaboration avec Isabelle Aveline, directrice des coopérations territoriales, et Jérémie Guilbaud, chef de projet en charge de la télé-expertise au sein de la direction du système d’information. Ensemble, nous avons conçu un formulaire parfaitement adapté à notre activité d’expertise. Depuis sa mise en place, ce formulaire a fait l’objet d’améliorations continues pour en optimiser l’efficacité. Déployé depuis 2020, il est désormais solidement ancré dans notre pratique quotidienne. L’enjeu majeur était de rendre ce formulaire facile à utiliser pour les demandeurs. Il devait leur permettre de faire leurs demandes simplement et d’y joindre des documents tels que des électrocardiogrammes, des résultats d’analyses biologiques ou même des ordonnances.

Comment est organisée la téléexpertise en cardiologie ?

Notre système de téléexpertise est organisé selon  six domaines distincts : l’électrocardiogramme, la rythmologie, la cardiologie du sport, les valvulopathies, la maladie coronaire et l’insuffisance cardiaque. Ces catégories reflètent la diversité des besoins cliniques auxquels nous répondons.

Nous proposons un item dédié à l’interprétation des électrocardiogrammes (ECG) réalisés dans le cadre de certificats médicaux pour la pratique sportive ou la surveillance de traitement ou les ambiguïtés diagnostiques, afin d’accompagner et de soutenir nos confrères libéraux qui en auraient besoin.

Dès leur réception, les demandes sont automatiquement filtrées et orientées vers les cardiologues spécialisés dans chaque domaine. Cette segmentation permet une prise en charge plus ciblée et efficace. Une secrétaire est chargée de superviser ces demandes de téléexpertise, en les transférant aux cardiologues concernés et en s’assurant qu’une réponse soit apportée. Ce processus assure une répartition optimale des demandes et garantit des réponses rapides et adaptées à chaque situation.

Quels bénéfices constatez-vous ?

La téléexpertise représente un support intéressant pour les médecins généralistes notamment pour les interprétations d’électrocardiogrammes, qui ne sont pas toujours évidentes. La téléexpertise permet d’obtenir des avis tracés, argumentés et fiables, directement intégrés au dossier médical du patient. Il s’agit d’un outil beaucoup plus fiable que les pratiques antérieures, où les demandes d’expertise étaient traitées de manière informelle, par téléphone ou par email. Or, ces canaux présentaient des limites, car de nombreux médecins généralistes ne connaissaient pas forcément nos coordonnées. Aujourd’hui, la téléexpertise offre une solution accessible, structurée et traçable pour tous les médecins, qu’ils soient généralistes ou spécialistes et pour nous-mêmes. Les cardiologues correspondants, quant à eux, continuent d’utiliser les canaux traditionnels pour des échanges rapides.

Pour nous, la téléexpertise représente un levier d’optimisation des consultations. Elle permet notamment d’éviter les rendez-vous dédiés uniquement à l’interprétation d’un électrocardiogramme chez des patients asymptomatiques, des situations où une analyse à distance suffit. En traitant ces demandes depuis notre bureau, nous libérons du temps médical pour accueillir en priorité les patients nécessitant une consultation en présentiel. Par ailleurs, ce dispositif nous aide à identifier rapidement les cas nécessitant une prise en charge plus approfondie, et à les orienter sans délai vers la filière de soins la plus adaptée. Cette approche améliore ainsi l’efficacité globale du parcours patient, tout en optimisant l’utilisation des ressources disponibles.

La courbe de croissance de l’activité démontre clairement l’utilité de ce service. En 2025, nous avons enregistré 724 demandes, avec une projection annuelle de 800 demandes pour l’année 2025. Cette progression est importante, surtout si on la compare à 2024, où nous avions atteint 479 demandes pour un total estimé de 450 demandes sur l’année.

Outre la téléexpertise, nous avons déployé des dispositifs de télestaffs, notamment dédiés aux pathologies de l’aorte et à l’endocardite, accessibles à nos confrères libéraux ou d’autres établissements hospitaliers. Ces réunions en visioconférence permettent d’échanger sur des dossiers complexes.

Quels conseils donneriez-vous aux autres services de l’établissement qui hésitent à franchir le cap ?

Aujourd’hui, nous disposons d’un outil mature et opérationnel, soutenu par une adoption croissante des praticiens libéraux qui se sont pleinement approprié l’usage de la plateforme. Pour que le dispositif de téléexpertise soit optimal, la gestion des flux de demandes doit reposer sur une qualification précise dès le formulaire, garantissant ainsi l’orientation immédiate de chaque dossier vers l’expert le plus pertinent. Cette efficacité repose toutefois sur une ressource essentielle : le temps. Un temps de secrétariat dédié est indispensable pour coordonner les demandes et assurer un suivi rigoureux, complétant ainsi le temps médical nécessaire à la rédaction de l’expertise proprement dite.