Mission en Ukraine : le témoignage de Léa Thomas et Christèle Gladelle

Mission Ukraine Léa Thomas, Christèle Gladelle

Léa Thomas, kinésithérapeute, et Christèle Gladelle, ergothérapeute, sont parties en mission en Ukraine dans le cadre d’une coopération internationale entre le CHU de Poitiers et les hôpitaux de Lviv, à l’ouest du pays. Elles nous livrent leur témoignage sur cette immersion en zone de conflit.

Ergothérapeute sur le site de Montmorillon depuis quatre ans, Christèle Gladelle exerce son métier auprès d’une population essentiellement gériatrique. Lorsqu’il lui a été proposé de se rendre en Ukraine dans le cadre d’une mission de coopération internationale, elle a aussitôt accepté. « Pendant ma formation en ergothérapie, j’ai effectué un stage de deux mois à l’hôpital militaire de Percy, à Paris, expérience que j’ai particulièrement appréciée. C’est pourquoi la mission en Ukraine me permettait de reprendre contact avec cette prise en charge si particulière. Je voulais également découvrir et échanger sur nos pratiques professionnelles respectives », explique Christèle Gladelle.

Léa Thomas, kinésithérapeute, confie : « Je travaille à mi-temps en HAD-rééducation au CHU de Poitiers et à mi-temps au centre de rééducation Maurice-Salles. Lorsque l’occasion s’est présentée à moi, je n’ai pas hésité une seule seconde. J’ai souhaité faire partie du voyage car j’avais déjà échangé avec plusieurs Ukrainiennes du centre de rééducation de Lviv, venues au CHU de Poitiers l’année dernière. Nous avions pu discuter de nos pratiques de travail en centre de rééducation, et j’ai pensé qu’à mon tour, cet échange serait enrichissant. De plus, j’ai l’habitude de travailler avec des patients amputés, des traumatisés crâniens, des blessés médullaires ainsi que des patients atteints de pathologies neurologiques. Finalement, nous prenons en charge la même patientèle, même si le contexte dans lequel ils évoluent est bien différent du nôtre. Enfin, d’un point de vue personnel et culturel, c’est également une expérience incroyable que le CHU nous permet de vivre. Cette immersion représente une occasion unique de découvrir une autre manière de travailler, mais aussi de mieux comprendre le quotidien, la résilience et le courage des soignants et des patients ukrainiens. »

Léa Thomas et Christèle Gladelle sont parties du 28 mars au 5 avril à Lviv, ville située dans l’ouest de l’Ukraine où se trouve le centre hospitalier Unbroken. « Après un long voyage d’une journée et demie qui combinait différents modes de transport, nous avons disposé de cinq jours effectifs sur place pour réaliser notre mission », expliquent-elles.

L’objectif central de cette mission reposait sur une série de visites exploratoires à travers trois sites distincts du centre Unbroken. Elles ont découvert notamment les départements des grands brûlés, de neurologie, des soins intensifs et l’atelier de prothèses. Et pour une immersion totale, Christèle Gladelle et Léa Thomas ont travaillé chacune en binôme avec un professionnel ukrainien, ce qui a favorisé un partage de pratiques directement au lit du patient. « Ce partage de terrain nous a permis d’observer leurs méthodes de prise en charge et de confronter nos pratiques professionnelles ». Elles ont principalement eu affaire à des blessés de guerre, civils et militaires, victimes de traumatismes, de brûlures importantes ou d’amputations. « Nous avons également vu beaucoup de patients, majoritairement des personnes âgées touchées par des AVC. En effet, il y a eu une recrudescence d’accidents vasculaires cérébraux en raison des traumatismes ou du stress provoqués par la guerre  ».

Tout au long de la mission, Léa Thomas et Christèle Gladelle ont découvert que le centre Unbroken est aujourd’hui le plus grand centre de réadaptation et de rééducation d’Ukraine. Grâce à d’importants financements internationaux, l’établissement dispose d’équipements de pointe. Quant aux professionnels de l’établissement, ils bénéficient de formations de qualité avec des experts étrangers.

Avant le conflit, les professionnels paramédicaux, notamment les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, n’étaient pas nombreux. « Ces métiers, en plein essor, se structurent dans l’urgence. Si le nombre de ces rééducateurs a fortement augmenté, il reste insuffisant face à l’ampleur des besoins liés à la guerre. Les soignants font face à une charge de travail colossale et manquent cruellement de bras », souligne Christèle Gladelle.

Si Christèle Gladelle et Léa Thomas ont ressenti des appréhensions à l’idée de se rendre en Ukraine, ces craintes ont été atténuées par une préparation minutieuse. La semaine précédant leur départ, elles ont participé à une formation intensive avec les membres d’Expertise France. Ce briefing leur a permis de prendre pleinement conscience des risques encourus et des protocoles de sécurité à respecter sur place. Pour assurer leur protection durant leur séjour en Ukraine, elles étaient équipées de deux applications : l’une pour le suivi des alertes en temps réel, l’autre, une plateforme de communication sécurisée. « Tout était méticuleusement tracé, » expliquent-elles. « Nous devions indiquer chacun de nos déplacements, ce qui était très rassurant ». Malgré cette organisation, elles ont été confrontées aux réalités de la guerre. Leur semaine de mission a coïncidé avec une période particulièrement tendue, marquée par des menaces de drones dans la région. « Malgré la présence d’alertes aériennes, les conditions de sécurité ont été rigoureusement encadrées, ce qui nous a permis d’accomplir la mission sereinement. »

Comme le témoigne Christèle Gladelle : « Les ergothérapeutes ukrainiennes font preuve d’une expertise solide et d’un engagement sans faille. Elles disposent d’infrastructures et de conditions de travail favorables, permettant ainsi des prises en charge de qualité. Toutefois, cette coopération a permis d’échanger sur l’utilisation des bilans d’évaluation cognitives dont les collègues ukrainiennes sont dépourvues. Les échanges avec les patients ont été tout aussi enrichissant car ils s’engagent pleinement dans leur rééducation/réadaptation et montrent un esprit patriotique exemplaire. Grâce au CHU, cette expérience restera une étape marquante de mon parcours professionnel.»

De son côté, Léa Thomas souligne : « Quant à moi, cette mission restera une expérience humaine et professionnelle extrêmement marquante. Le retour a été une véritable claque, car cette semaine m’a permis de prendre conscience, de manière très concrète, de ce que vivent les Ukrainiens depuis le début du conflit. Tout au long du séjour, nous avons été accompagnées par deux Ukrainiennes (la traductrice et l’organisatrice de notre mission) qui nous ont accueillies à bras ouverts, toujours avec le sourire malgré le contexte difficile. En seulement cinq jours, nous avons pu s’imprégner de leur quotidien, de comprendre leurs peurs, mais aussi leur résilience. Leur courage, leur force mentale et leur capacité à continuer d’avancer malgré la guerre m’ont profondément marquée. Et cette force est présente dans toute la population Ukrainienne.

Sur le plan professionnel, j’ai également été impressionnée par les évolutions du système de santé ukrainien depuis quatre ans. C’est extraordinaire de voir à quel point les pratiques médicales et la prise en charge en rééducation ont évolué en si peu de temps. Malgré la guerre, les professionnels de santé ont su moderniser leurs méthodes, notamment grâce à la coopération internationale et au soutien humain, matériel et financier des pays alliés. Cette mission restera gravée en moi, autant pour les rencontres humaines que pour tout ce qu’elle m’a apportée professionnellement. »

Des professionnels de la réadaptation ukrainiens au CHU de Poitiers

En mars 2026, le CHU de Poitiers a accueilli trois professionnelles ukrainiennes du centre hospitalier Unbroken de Lviv (Ouest de l’Ukraine) : Khrystyna Tsap et Diana Vashchak, kinésithérapeutes, ainsi que Olha Kushnir, encore en formation. Pendant deux semaines, elles ont participé à un stage clinique intensif axé sur la rééducation orthopédique, rachidienne et neurologique complexe, ainsi que sur la physiothérapie en soins intensifs. Cette formation pratique, encadrée par des spécialistes expérimentés de l’établissement, avait pour objectif de renforcer leurs compétences dans la prise en charge de cas complexes, tout en favorisant un échange de bonnes pratiques entre les systèmes de santé français et ukrainien. Elles ont exploré plusieurs services pour découvrir la diversité des prises en charge en kinésithérapie comme par exemple la kinésithérapie respiratoire, très peu répandue en Ukraine. Une expérience enrichissante, comme elles l’ont souligné, marquée par un excellent accueil et des découvertes professionnelles. Alors qu’en Ukraine, leur pratique se concentre principalement sur la prise en charge de soldats blessés de guerre, ce séjour leur a permis d’aborder des pathologies variées, élargissant ainsi leur champ de compétences. En retour, elles ont partagé avec les professionnels du CHU, leur expérience auprès de patients amputés. Une belle illustration du partage de connaissances au service de l’amélioration des soins.