Le Dr Héléna Mosbah est maître de conférences universitaire - praticien hospitalier (MCU-PH) au sein du service d’endocrinologie, diabétologie et nutrition du CHU de Poitiers. Membre de l’équipe DECLAN du centre d’investigation clinique CIC 1402, qui travaille sur le déclin fonctionnel des organes, elle nous présente son parcours et ses principales thématiques de recherche, notamment autour de l’obésité.
La recherche, un complément essentiel de la pratique clinique
Le Dr Héléna Mosbah a effectué ses études à Paris, d’abord un internat en endocrinologie, suivi d’un clinicat en diabétologie et endocrinologie. Elle obtient ensuite un poste de praticien hospitalier contractuel à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (APHP). « C’était un poste avant tout clinique, dédié à la prise en charge des maladies rares », précise-t-elle. Elle y travaille sur la prise en charge des obésités rares et des diabètes atypiques. « C’est à cette période que mon intérêt pour la recherche s’est développé, en travaillant au sein d’équipes très dynamiques », raconte-t-elle. Elle décide alors de réaliser une thèse en épidémiologie clinique sur les maladies métaboliques rares, en particulier les syndromes lipodystrophiques. « J’ai compris qu’une carrière uniquement dédiée aux soins ne me permettrait pas de pleinement m’épanouir. Il me manquait cette transversalité entre la recherche et la prise en soins des patients. La recherche clinique s’est alors imposée comme un levier pour améliorer notre pratique auprès des patients », explique-t-elle.
Effets des traitements médicamenteux de l’obésité
Le Dr Mosbah poursuit ses travaux de thèse au CHU de Poitiers, où elle intègre également des projets de recherche. « Ma thématique principale, c’est l’obésité, en continuum avec ma pratique clinique », précise-t-elle. Elle prend la relève du Dr Xavier Piguel à la coordination du centre spécialisé de l’obésité (CSO) du CHU, aux côtés de Sophie Grégory, coordinatrice administrative du CSO. « Ce centre a une triple mission : soins, enseignement et recherche, pour le territoire de l’ex Poitou-Charentes », explique-t-elle. Dans ce cadre, elle participe à des projets de nationaux, notamment sur l’évaluation de l’efficacité des traitements médicamenteux de l’obésité sur différentes populations de patients. « J’ai pu faire le lien avec mes travaux de thèse, en travaillant auprès des patients atteints d’obésité rare, liées à des causes génétiques ou à des tumeurs localisées dans l’hypothalamus, une région clé pour le contrôle du comportement alimentaire », précise-t-elle.
Le Dr Mosbah étudie également le suivi des femmes enceintes ayant subi une chirurgie bariatrique. « Ce type de chirurgie présente des risques accrus de complications pendant la grossesse, ce qui rend indispensable une surveillance optimale de la mère et du fœtus », souligne-t-elle.
Lutter contre les préjugés
Malgré ses risques bien connus, l’obésité reste une maladie méconnue et souvent mal comprise par le grand public, et même dans le milieu soignant. Cette méconnaissance contribue à la stigmatisation des personnes en situation d’obésité, qui sont souvent perçues comme responsables de leur état en raison de choix de vie supposés malsains. « L’intériorisation des stéréotypes peut constituer un obstacle majeur à leur prise en charge », affirme le Dr Mosbah. C’est pourquoi elle participe à un programme de recherche sur la stigmatisation de l’obésité, STEREOBES, coordonné par le Pr Marion Albouy, cheffe de service de santé publique du CHU de Poitiers, et le Pr Catherine Esnard, professeure en psychologie sociale à l’Université de Poitiers. Il s’agit d’une étude interventionnelle visant à remédier les stigmatisations de l’obésité ; il est conduit à la Vie la Santé. « Parallèlement au travail fait chez les patients, Il y a également tout un travail à effectuer auprès des soignants, mais aussi auprès des étudiants, pour qu’ils prennent conscience des stéréotypes qu’ils peuvent avoir envers les personnes en situation d’obésité, et pour les amener à se questionner sur leurs pratiques », ajoute le Dr Mosbah.
Travailler en équipe au centre d’investigation clinique CIC 1402
A son arrivée au CHU de Poitiers, le lien s’est naturellement fait avec le centre d’investigation clinique CIC 1402, grâce à l’intermédiaire du Pr Pierre-Jean Saulnier, qui est le médecin coordonnateur de la structure. « Les liens entre nos thématiques de recherche, le diabète pour le Pr Saulnier et l’obésité pour moi, sont étroits », note-t-elle. Ensemble, ils ont répondu à un appel à projet visant à mieux caractériser les personnes en situation d’obésité, notamment pour prédire l’apparition de complications rénales.
Au sein du CIC, le Dr Mosbah fait partie de l’axe DECLAN, qui travaille sur le déclin fonctionnel des organes. « Le caractère pluridisciplinaire de cette équipe est enrichissant, car il permet d’avoir des regards variés sur une question de recherche », précise-t-elle. Elle bénéficie ainsi d’un soutien pour la modélisation des données et d’un accès à la biobanque du centre de ressources biologiques (CRB).
L’enseignement, un prolongement naturel
Si la recherche n’était pas sa vocation initiale, l’enseignement a toujours été une passion pour le Dr Mosbah. « J’ai toujours voulu enseigner », confie-t-elle. Elle enseigne l’endocrinologie, la diabétologie et la nutrition aux étudiants de 2e cycle de médecine, intervient auprès des étudiants sages-femmes sur des thématiques comme l’obésité, le diabète et la thyroïde en lien avec la grossesse, et anime des modules pour les infirmiers en pratique avancée (IPA). Elle supervise également les internes et forme les externes « au lit du patient ». En parallèle, elle intervient auprès des soignants et des médecins généralistes du Poitou-Charentes et sensibilise le grand public à l’obésité.
« Conjuguer soins, recherche et enseignement rend le quotidien chargé, d’autant plus avec des jeunes enfants, mais c’est un équilibre réalisable et très épanouissant », conclut-elle.