Les femmes et la recherche au centre d’investigation clinique – Ep. 3 : Dr Vanessa Bironneau

Dr Vanessa Bironneau

Le Dr Vanessa Bironneau est pneumologue au CHU de Poitiers. Elle fait partie de l’axe IS-ALIVE du centre d’investigation clinique CIC 1402. Elle nous présente son parcours et ses principales thématiques de recherche.

Elle découvre la recherche au cours de son internat, dans le cadre d’une année recherche au CHU d’Angers. Elle y effectue alors un mémoire sur le thème de l’apnée obstructive du sommeil et des complications cardio-vasculaires que cela implique, dans le cadre de son master 2. Elle a notamment évalué la dysfonction endothéliale, un des mécanismes de survenue des complications cardio-vasculaires, au travers de l’étude des microvésicules, vecteurs de communication inter-cellulaire. L’objectif étant de déterminer quels messages transmis par les microvésicules, au moyen de protéines, d’enzymes, d’ADN ou encore d’ARNm, sont impliqués dans la survenue de ces complications, afin d’essayer de moduler leur action.

« Pour ce mémoire, j’ai fait beaucoup de paillasse : de la culture cellulaire, du phénotypage, du western blot », évoque-t-elle. Elle poursuit sa découverte de la recherche fondamentale, très complémentaire de la recherche clinique, au cours d’une thèse de science dans la continuité de ses travaux de master, réalisée avec le laboratoire SOPAM (stress oxydant et pathologies métaboliques) de l’Université d’Angers, pendant trois ans. « C’était une belle opportunité, cela m’a ouvert beaucoup de perspectives », souligne-t-elle.

Après ces travaux, elle souhaite poursuivre une activité de recherche en parallèle de son activité clinique : « je souhaitais pouvoir continuer à m’épanouir en alliant ces deux versants de mon activité : recherche et clinique ». Elle obtient un poste de chef de clinique au sein du service de pneumologie du CHU de Poitiers, et intègre l’axe IS-ALIVE du centre d’investigation clinique en 2018, sur une proposition du Pr Jean-Claude Meurice, alors chef du service de pneumologie, du Pr René Robert, alors responsable du CIC, et du Pr Arnaud Thille, chef du service de médecine intensive réanimation. « L’axe s’appelait alors ALIVE, le « IS » (Investigation of Sleep) a justement été ajouté pour l’étude des pathologies du sommeil, et notamment les pathologies respiratoires au cours du sommeil, une thématique apportée par le Pr Jean-Claude Meurice, le Pr Xavier Drouot, le Pr Etienne-Marie Jutant, le Dr Christophe Rault et moi-même », explique-t-elle.

Le lien entre l’apnée du sommeil et la mobilisation des fluides

L’axe finalise en ce moment une étude sur la mobilisation des fluides qui peut favoriser l’apnée du sommeil. « C’est un phénomène qui a déjà été décrit chez l’homme, mais pas encore chez la femme, et plus particulièrement chez la femme enceinte », explique le Dr Bironneau. Or, un diagnostic tardif de cette pathologie dans cette population peut engendrer des complications, à la fois pour la maman et pour le bébé, avec un risque accru de pré-éclampsie, de diabète gestationnel, d’hypertension gravidique ou encore d’accouchement prématuré.

Dans la littérature, le protocole validé d’évaluation de la mobilisation des fluides (fluid-shift) est réalisé sur une nuit complète. L’objectif de l’étude est de proposer un protocole sur 90 minutes seulement, afin de pouvoir le proposer aux femmes enceintes par la suite. Le fluid-shift est évalué par impédancemétrie, technique utilisant un micro courant électrique dans le corps du patient permettant de mesurer la quantité de liquide extra-cellulaire ainsi que les mouvements de ces fluides chez le patient.

Instabilité de la commande respiratoire et apnée du sommeil

Le Dr Vanessa Bironneau est en train de monter l’étude Hi-Loop, dont l’objectif est d’évaluer la stabilité de la commande respiratoire, via le « loop gain ». Chez les patients qui présentent des apnées du sommeil, la commande respiratoire peut être instable, comme le montre un loop gain élevé. Jusqu’à présent, les études n’ont pas montré s’il s’agit d’une modification acquise secondaire à l’hypoxie intermittente liée aux apnées, ou bien d’une modification intrinsèque qui va favoriser l’apparition d’apnée. « C’est vraiment l’histoire de l’œuf ou de la poule », évoque le Dr Bironneau.

Pour cela, des sujets sains sont soumis à une hypoxie intermittente, grâce à la chambre hypoxique du CIC, et on observe si leur commande respiratoire a été modifiée ou non. Dans le cadre d’un objectif secondaire, les vésicules extra-cellulaires vont également être étudiées. « Nous savons que le phénotype de ces dernières est modifié chez les patients apnéiques, mais nous ne savons pas encore s’il y a une corrélation avec une éventuelle modification du loop gain », explique le Dr Bironneau.

Elle participe également à l’étude EndurHypox, menée par le Dr Christophe Rault et une équipe de l’université de Poitiers, dont l’objectif est de mettre en évidence l’impact de l’hypoxie intermittente sur l’endurance respiratoire.

La recherche, l’activité clinique et l’enseignement : des activités complémentaires

C’est au fil des rencontres et des opportunités qui se sont présentées à elle que le Dr Bironneau a construit son goût pour la recherche. « J’ai la chance de travailler sur des sujets qui m’intéressent énormément et qui sont complémentaires les uns des autres, en plus d’être la continuité directe de mon activité clinique », souligne-t-elle.

Le service de pneumologie du CHU de Poitiers, dont le chef de service est le Dr Fabrice Caron, encourage particulièrement ses professionnels à s’engager dans des activités de recherche, ce qui est favorisé par les travaux menés en collaboration avec le Pr Etienne-Marie Jutant et Caroline Pillet, l’assistante de recherche clinique du service. « Nous avons deux internes actuellement, Eva Dulinsky et Mathilde Pyrraut, qui participent respectivement aux travaux de l’étude Hi-Loop et Endurhypox, dans le cadre de leur master 2 », ajoute le Dr Bironneau. Au sein du service, les deux axes de recherche principaux sont le sommeil et l’hypertension pulmonaire. « C’est une petite équipe, mais qui grandit vite et qui a beaucoup de projets », évoque-t-elle.

Avec un projet de carrière universitaire en tête, le Dr Bironneau souligne « l’épanouissement sous tous les versants » qu’offre une pratique à la fois clinique, de recherche et d’enseignement : « cela représente beaucoup de travail, mais cela permet de découvrir des univers différents et très enrichissants ».

Pour l’épauler dans ses activités de recherche, le Dr Bironneau peut compter sur le centre d’investigation clinique CIC 1402, tout d’abord pour l’aide méthodologique et statistique qu’il apporte : « nous avons les idées, mais nous avons besoin d’aide pour structurer et concrétiser nos travaux », souligne-t-elle. Le CIC met également des équipements à disposition des chercheurs. « Nous disposons notamment d’une chambre d’hypoxie, qui est un équipement exceptionnel et qui permet de mener des travaux de recherche originaux », explique le Dr Bironneau. Enfin, le CIC permet d’échanger avec les autres professionnels et de travailler en équipe : « nous travaillons tous en collaboration, ce qui permet des échanges scientifiques passionnants ».