La vaccination est un pilier de la santé publique, mais son accès reste inégal selon les territoires et les populations. Le centre de vaccination public de la Vienne, intégré au CHU de Poitiers, a été créé pour corriger ces disparités. En ciblant prioritairement les patients immunodéprimés, les populations précaires et les zones non médicalisées, il incarne une approche proactive de la prévention, tout en servant de structure de référence pour les campagnes de vaccination de masse, comme celle contre le papillomavirus (HPV) ou le méningocoque.
Un projet né d’un besoin territorial
Le centre de vaccination public de la Vienne, situé au CHU de Poitiers, dans le bâtiment Villa Santé, est né d’une volonté ancienne de renforcer l’accès à la vaccination pour les populations les plus vulnérables. Comme l’explique le Pr Gwenaël Le Moal, chef du service des maladies infectieuses et médecin référent du centre : « C’est un vieux projet, porté initialement par le Pr France Cazenave-Roblot, mais qui n’avait jamais abouti. Avec le démarrage de la campagne de vaccination HPV dans les collèges, on s’est rendu compte que la Vienne était l’un des rares départements à ne pas avoir de centre dédié. Il a donc fallu le créer pour répondre à ce besoin. »
Aujourd’hui, le centre s’attache à remplir une triple mission : promouvoir la vaccination, former les professionnels de santé et vacciner les publics les plus vulnérables. Parmi eux, les personnes immunodéprimées, notamment les patients suivis en cancérologie, ainsi que les populations précaires ou éloignées des soins. Une attention particulière est également portée aux zones non médicalisées du territoire, en collaboration avec les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) et les acteurs locaux, comme les mairies ou les associations.
Un fonctionnement adapté aux réalités du terrain
Bien que basé au CHU de Poitiers, le centre déploie ses activités hors les murs pour se rapprocher des populations cibles. Des permanences régulières sont ainsi organisées dans les antennes du CHU à Montmorillon, Châtellerault et Loudun, ainsi que dans les permanences d’accès aux soins de santé (PASS) de Poitiers et Châtellerault. « On essaie d’être au plus proche des territoires, surtout dans le sud de la Vienne, où l’accès aux soins est plus complexe », souligne le Pr Le Moal.
Pour les patients immunodéprimés, des créneaux dédiés sont proposés au sein du plateau de consultation du bâtiment Jean-Bernard, au premier étage, afin d’éviter des déplacements multiples. « L’idée, c’est de ne pas faire venir ces patients 36 fois. On organise donc des plages horaires spécifiques pour eux », explique-t-il.
Le centre prend en charge tous les vaccins à l’exception de ceux liés au voyage, pour les adultes et enfants de plus de 11 ans, les infirmières du centre étant habilitées à vacciner à partir de cet âge.
Le centre n’a pas vocation à se substituer à la médecine de ville. « La population générale doit continuer à se tourner vers les pharmacies et les médecins traitants pour son suivi vaccinal. Nous, on intervient surtout pour les publics qui ont des difficultés d’accès aux soins ou qui nécessitent une expertise particulière », précise-t-il.
En effet, le centre public de vaccination a pour vocation de vacciner prioritairement les patients immunodéprimés donc le bilan vaccinal doit être mis à jour avant ou pendant des traitements et les populations précaires ou éloignées des soins pour lesquelles l’accès aux soins est complexe.
Les médecins généralistes et spécialistes peuvent orienter leurs patients vers le centre, qui assure un suivi traçable via le carnet de santé papier ou électronique, avec une intégration dans Mon Espace Santé.
Les rendez-vous peuvent être pris en ligne directement par le patient ou un professionnel de santé, via le site du CHU de Poitiers ou auprès du secrétariat du centre, avec pour objectif de privilégier les lieux les plus proches des patients.
Une équipe pluridisciplinaire et experte
Le centre s’appuie sur une équipe dédiée, composée de trois infirmières, d’une secrétaire pour la gestion administrative, et d’un médecin coordinateur. « Actuellement, c’est moi qui assure cette fonction en intérim », indique le Pr Le Moal. Cette équipe assure également la campagne de vaccination HPV et méningocoque dans les collèges du département, une mission qui mobilise une infirmière à plein temps pendant plusieurs mois chaque année.
Par ailleurs, le centre joue un rôle clé dans la gestion des épidémies (Ex : covid-19), et pourrait servir de structure de référence pour déployer des dispositifs de vaccination de masse en cas de nouvelle crise sanitaire.
Formation et appui aux professionnels de santé
Le centre ne se limite pas à la vaccination. Il propose également des formations à destination des professionnels de santé, notamment les médecins, pharmaciens et membres des CPTS. Ces formations visent à actualiser leurs connaissances sur les nouveautés vaccinales, un enjeu crucial dans un domaine où les recommandations évoluent rapidement et à lutter contre l’hésitation vaccinale. Pour les pharmaciens, les formations sont plus pratiques : « Ils viennent ici pour apprendre à faire un interrogatoire avec un patient, repérer les contre-indications, ou encore maîtriser la technique d’injection. C’est la partie pratique de leur formation théorique, en lien avec l’OMEDIT » (ndla : l’observatoire du médicament, des dispositifs médicaux et de l’innovation thérapeutique), détaille-t-il.
Un numéro dédié permet aux professionnels de santé de solliciter l’expertise du centre pour des cas complexes ou des conseils, renforçant ainsi son rôle d’appui et de coordination.
Des enjeux de santé publique majeurs
Les chiffres sont sans appel : la couverture vaccinale des populations à risque reste largement insuffisante. Moins de 10 % des personnes concernées sont vaccinées contre le pneumocoque, alors que l’objectif est d’atteindre 60 %. Chez les immunodéprimés, seulement 19 % sont à jour pour leurs vaccins, alors que ces patients, déjà fragilisés, sont plus exposés aux infections graves comme la grippe ou le pneumocoque.
En France, la couverture du vaccin HPV atteint 60 %, un taux encore loin des 90 % recommandés par l’Organisation mondiale de la santé. « Dans les pays où ce vaccin est largement adopté, les cancers du col de l’utérus ont presque disparu. C’est un vaccin qui protège du cancer, c’est même inimaginable de ne pas le faire », souligne-t-il.
La vaccination protège à la fois l’individu et la collectivité. « Quand on est immunodéprimé, on se vaccine pour se protéger soi. Quand on est l’entourage, on se vaccine pour limiter la transmission. Par exemple, pour la grippe, on sait que le vaccin limite bien la transmission », explique le Pr Le Moal.
Malgré les idées reçues, les risques liés à la vaccination sont extrêmement rares (réactions allergiques, surveillées systématiquement). Les bénéfices, eux, sont largement supérieurs aux risques. Le centre rappelle ainsi l’importance de s’appuyer sur la science et de dépasser les craintes pour protéger les populations les plus vulnérables.
Perspectives : élargir l’action du centre
À terme, le centre souhaite étendre son action vers de nouveaux publics, comme les résidents en EHPAD, en appui aux médecins coordonnateurs, les personnes sourdes, en lien avec la consultation dédiée du CHU, ou encore les gens du voyage, une population cible encore peu touchée.
Soumis au financement de l’Agence régionale de santé, le centre doit démontrer son utilité et son efficacité. Avec une équipe partie d’une feuille blanche, les défis sont nombreux : autonomie, charge de travail, et nécessité de faire connaître l’offre aux professionnels de santé et au grand public.