Centre expert Parkinson, le service de neurologie du CHU de Poitiers joue un rôle important sur son territoire dans le diagnostic et le traitement des patients atteints de la maladie de Parkinson et des syndromes apparentés, mais également dans la recherche autour de ces pathologies, de la génétique à la thérapeutique. Le Pr Isabelle Benatru en est la cheffe de service. Elle est également responsable de l’axe neurosciences du centre d’investigation clinique CIC 1402.
Le CHU de Poitiers : un centre expert Parkinson
Labelisé il y a une dizaine d’années, le centre expert Parkinson du CHU de Poitiers prend en charge des patients du Poitou-Charentes, mais aussi de la Touraine et au-delà. Grâce à une équipe pluridisciplinaire, le centre est capable de gérer des cas complexes, de les évaluer et d’apporter des thérapeutiques avancées, tant en chirurgie qu’en médecine.
Le centre a également un rôle diagnostic et pluridisciplinaire, propose des programmes d’éducation thérapeutique du patient (ETP) et facilite le lien avec les associations de patients. De plus, le centre joue un rôle important dans la formation des personnels soignants d’autres secteurs pour assurer la continuité des soins.
En tant que centre de recours, le CHU de Poitiers propose rend également des avis d’expertise pour des cas complexes pris en charge dans d’autres établissements.
Le CHU de Poitiers fait partie du réseau NS Park, un réseau national de recherche clinique sur la maladie de Parkinson et les mouvements anormaux, qui regroupe entre autres 25 centres experts Parkinson. Grâce à ce réseau, le CHU peut se porter candidat pour participer à de nombreuses études cliniques de phase 2 ou 3.
Un axe dédié aux neurosciences au centre d’investigation clinique
C’est au sein du centre d’investigation clinique CIC 1402 que les études cliniques sont mises en œuvre. « Cette structure est fondamentale dans l’activité de recherche du service », souligne le Pr Benatru. Depuis 2020, elle est responsable de l’axe neurosciences du CIC. Les thématiques principales de cet axe de recherche clinique sont les mouvements anormaux, principalement la maladie de Parkinson, mais aussi les tremblements, les dystonies, les tics et les addictions ou comportements impulsifs.
Chaque médecin membre de l’axe a son domaine de prédilection : le Dr Solène Ansquer travaille particulièrement sur les tics et le syndrome de Gilles de la Tourette ; le Dr Claire Lafay travaille sur les addictions, et particulièrement sur le sevrage tabagique ; et le Dr Amélie Dos Santos travaille sur la sclérose en plaques. Quant à la recherche sur la maladie de Parkinson, c’est le Pr Benatru et le Dr Ansquer qui en sont les référentes.
Le CIC permet d’avoir une structure et un lieu dédiés aux activités de recherche clinique, avec du personnel formé et dédié : infirmiers de recherche clinique, attachés de recherche clinique, gestionnaires, etc. « Ils sont d’une aide précieuse pour la structuration de nos études et leur mise en œuvre », appuie le Pr Benatru.
Actuellement, une dizaine d’études sont en cours au sein de l’axe neurosciences, avec chacune des objectifs distincts. Elles sont au nombre de six pour la maladie de Parkinson.
La prasinezumab : un espoir dans le ralentissement de la maladie
Le mécanisme de survenue de la maladie de Parkinson n’est pas encore tout à fait clair. L’une des pistes rencontrées chez les personnes atteintes sont les agrégats de protéines d’alpha-synucléines, dont l’accumulation pourrait contribuer à la raréfaction des neurones produisant la dopamine.
L’un des projets de recherche en cours, vise à évaluer l’intérêt d’une immunothérapie avec un anticorps monoclonal, le prasinezumab, sur l’évolution de la maladie chez des patients parkinsoniens en phase débutante de leur maladie (étude PASADENA). Cet anticorps monoclonal cible les protéines alpha-synucléine toxiques présentes dans le cerveau. Les patients sont reçus tous les mois au CIC pour recevoir l’injection du traitement. L’efficacité et la tolérance du traitement par les patients sont mesurés tout au long de l’étude.
Les résultats de cet essai clinique international n’ont pas montré, au cours de l’essai de phase II, de différence significative entre le traitement actif et le placebo pour le critère principal de l’étude, mais un potentiel effet sur des sous-groupes, en particulier pour les formes plus rapidement évolutives, ce qui a conduit à un prolongement de l’étude, en phase d’extension en ouvert. « Certains patients sont suivis depuis plus de 5 ans, ce qui permet d’avoir des données riches et intéressantes », explique le Pr Benatru.
D’autres thérapeutiques sont également étudiées, comme par exemple le radotinib, un inhibiteur de la tyrosine kinase déjà utilisé dans le traitement de certaines formes de leucémies myéloïdes chroniques et qui pourrait avoir des effets neuroprotecteurs bénéfiques dans la maladie de Parkinson.
Par ailleurs, une étude se concentre sur la mesure des effets secondaires et des risques d’addiction liés aux traitements. Une autre étude génétique vise à examiner la susceptibilité génétique afin de prévoir le profil évolutif de la maladie et d’adapter la prise en charge en conséquence.
Un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) est actuellement en cours pour aider les patients à vivre avec leur handicap dans la vie quotidienne, en évaluant l’efficacité de l’intervention à domicile d’équipes spécialisées Parkinson sur la qualité de vie de patients parkinsoniens sur le territoire de la Nouvelle-Aquitaine. Ce programme implique un prestataire externe, la société Tréma. Une équipe composée de psychologues, d’ergothérapeutes et de kinésithérapeutes effectue des visites et des séances au domicile des patients parkinsoniens. Une évaluation des patients est réalisée avant et après l’intervention. L’objectif est de mesurer les bénéfices de ce dispositif.