École de thrombectomie mécanique France-Ukraine

Thrombectomie Ukraine

Les professionnels du CHU de Poitiers continuent de se mobiliser pour apporter leur aide à l’Ukraine, à l’image du Dr Victor Dumas, radiologue, qui a travaillé à la mise en œuvre d’une école de thrombectomie mécanique à l’hôpital de Lviv.

La thrombectomie mécanique en Ukraine : un enjeu vital

L’accident vasculaire cérébral ischémique demeure la première cause de handicap et la deuxième cause de mortalité dans le monde. La thrombectomie mécanique, intervention validée depuis 2015, est essentielle pour améliorer le pronostic des victimes, son succès dépendant crucialement de la rapidité d’exécution. En Ukraine, la fragilité du système de santé et les contraintes logistiques imposées par le conflit ont rendu urgente l’extension d’un réseau territorial de centres de thrombectomie mécanique et l’intensification de la formation des équipes soignantes. Face à ce défi, la nécessité d’une formation rapide, structurée et localisée, s’est imposée. En effet, en dépit des efforts des quatre centres nationaux existants (Poltava, Dnipro, Lviv et Kyiv) qui ont formé 90 internes depuis 2022, le taux national de thrombectomie mécanique par AVC reste faible : 2,98 % en 2024, loin de l’objectif minimal européen de 5 % et du taux français de 14 % en 2024. « Il ne s’agit pas d’un manque de volonté, mais d’un manque de possibilités : les internes n’ont que deux ans de formation, les déplacements sont compliqués, et les centres manquent parfois de médecins formés. Il existe même des hôpitaux qui possèdent des machines permettant de faire des thrombectomies à la suite de dons industriels, mais pas le personnel formé pour les faire fonctionner. Nous nous sommes fixés comme objectif de former un noyau de jeunes praticiens sélectionnés par le ministère de la Santé ukrainien parmi les centres les plus en tensions pour l’accès à la thrombectomie ou qui ont comme projet l’ouverture de l’accès à cette thérapeutique » précise le Dr Victor Dumas, radiologue au CHU de Poitiers.

Création d’une école franco-ukrainienne de thrombectomie mécanique

Le Dr Victor Dumas, qui a déjà mené deux missions de traitement et de formation médicale en avril et mai-juin 2025 à Lviv et Dnipro en Ukraine, a donc travaillé à la mise en place d’une école de la thrombectomie mécanique franco-ukrainienne, une première. « Lorsque je suis venu pour former les internes ukrainiens à Lviv, puis à Dnipro, j’ai compris que les jeunes médecins étaient motivés, compétents, mais manquaient d’un accès structuré à la formation. Et concrètement pour l’AVC, les centres sont très éloignés les uns des autres et les transferts héliportés sont impossibles, chaque minute compte. C’est cette réalité qui nous a poussés à créer une école complète, concentrée, à Lviv, avec l’aide déterminante de l’Aide médicale et caritative France-Ukraine et de sa directrice des opérations, Diana Dols », explique le Dr Dumas.

Principal pôle de formation situé à l’ouest du pays, l’hôpital de Lviv a été choisi parce qu’il garantissait des conditions sécuritaires plus stables pour les enseignants et les stagiaires. « La sécurité de tous était l’un des enjeux principaux dans l’organisation de l’école. Nous ne voulions pas prendre de risques inutiles, ni pour les formateurs, ni pour les stagiaires. Lviv dispose d’un avantage rare en Ukraine : un hôpital équipé d’abris adaptés, avec des délais sûrs entre les alertes et les frappes. Nous avons travaillé avec Diana Dols, la direction du groupement médicale TMO-1 de Lviv et les équipes locales pour sécuriser chaque étape : lieux d’enseignement, salles de simulation, déplacement du matériel, présence d’un plan d’évacuation clair et d’un abri dans l’hôtel. Finalement, la sécurité n’a pas été un obstacle, mais un paramètre que nous avons intégré de manière rigoureuse. L’ouest de l’Ukraine a été le siège d’un bombardement soutenu le 3e jour de notre école. Cela nous a juste conduit à passer la fin de nuit dans l’abri de l’hôtel et a écourté un atelier le temps d’aller dans l’abri de l’hôpital ».

Le projet bénéficie du soutien d’institutions et de partenaires français et ukrainiens parmi lesquels l’Aide médicale caritative France-Ukraine (AMCFU), la société française de neuroradiologie, la direction générale de l’offre de soins (ministère de la Santé), le ministère de la Santé ukrainien. Il a reçu le soutien financier de partenaires industriels. Les soutiens industriels financiers et de prêt de matériel de formation ont également été déterminants dans la réussite de cette mission.

Une formation immersive et binationale

L’école avait pour objectif principal de former 34 internes et jeunes praticiens — hors candidats libres — aux bases théoriques et pratiques de la thrombectomie. Elle a sollicité 8 formateurs français en présentiels, 4 en distanciels —dont le Dr. Guillaume Herpe, radiologue au CHU de Poitiers — et 10 formateurs ukrainiens. « Nous avons souhaité une école immersive : 26 cours en amphithéâtre, des cas cliniques, une retransmission en direct d’une thrombectomie depuis un CHU français, et beaucoup de pratique en petits groupes avec des flow-models et deux simulateurs. L’idée était de ne jamais laisser un médecin découvrir un geste sur un patient. Nous travaillions toujours au minimum à deux, un formateur ukrainien et un formateur français. Ce modèle binational a été l’une des forces de l’école ».

Vers un réseau national et une pérennisation du projet

À long terme, l’initiative vise à structurer un réseau national d’expertise, à initier une collaboration durable entre experts français et ukrainiens et à pérenniser l’événement annuellement. « La prise en charge de l’AVC est dans la liste des cinq priorités fixées par le ministère de santé ukrainien, ce qui permet de trouver un important relais localement. Les participants repartent avec un langage commun, des critères partagés, des méthodes reproductibles et un niveau d’exigence élevé. Nous avons également créé un réseau franco-ukrainien qui permettra un mentorat à distance, notamment via un groupe d’échanges cliniques. L’effet sera progressif mais je l’espère durable. Chaque centre qui ouvre la thrombectomie change le destin de dizaines de patients par an. » Afin de garantir l’efficacité de l’initiative, une seconde édition de l’événement est envisagée en novembre 2026. « Nous ouvrons également des terrains de stage en France, et nous prévoyons des cours en distanciels. Et le plus important : un réseau de jeunes neuro-interventionnels ukrainiens, initié par un groupe d’internes présent à la formation, est déjà en train de se structurer. C’est exactement le but : transmettre, puis laisser émerger. Nous avons construit l’école pour qu’elle puisse être reconduite chaque année. Notre objectif est que, rapidement, les experts ukrainiens puissent l’organiser de manière autonome, avec un appui de notre part adapté à leurs besoins. L’école 2025 est une première pierre et nous souhaitons pérenniser le projet. »

En parallèle, des discussions sont en cours pour une collaboration spécifique visant la réalisation de procédures interventionnelles dans un hôpital sous-doté, impliquant notamment le Dr Vittorio Civelli, neuroradiologue à l’hôpital Lariboisière de l’APHP, et le Dr Victor Dumas, en plus d’autres initiatives mobilisant activement la société française de neuroradiologie. « La mise en place de cette école représente un engagement partagé et collectif, avec Diana Dols, les médecins ukrainiens et l’ensemble des centres français qui ont joué le jeu. Ce projet de solidarité international, construit pour et avec l’Ukraine, a formé une passerelle entre nos deux pays », conclut le Dr Victor Dumas.