La chirurgie bariatrique est une solution efficace pour les personnes souffrant d'obésité, permettant une perte de poids significative et une amélioration de la santé. Cependant, cette perte de poids s’accompagne souvent d’une diminution de la masse musculaire et de la force, ce qui peut entraîner une fatigue accrue, une mobilité réduite, et même un vieillissement accéléré. Romain Lecomte, diététicien au CHU de Poitiers et investigateur principal du projet de recherche paramédicale BARIAPROT, s’est penché sur cette problématique. Grâce à un programme hospitalier de recherche infirmière et paramédicale (PHRIP) obtenu en 2025, avec un financement de plus de 456 000€, il coordonne une étude multicentrique innovante visant à évaluer l’impact d’une supplémentation combinée en protéines et en leucine, associée à un programme d’activité physique adaptée, sur la préservation de la force musculaire après une chirurgie bariatrique.
L’objectif final est de démontrer que la combinaison supplémentation et activité physique adaptée permet de mieux préserver la force musculaire, et ainsi d’améliorer la qualité de vie des patients après une chirurgie bariatrique.
Romain Lecomte est diététicien depuis 2007. Après avoir exercé dans le sud-ouest de la France et au sein d’un centre d’examen de santé, il a rejoint le CHU de Poitiers en 2012 en même temps que la création du centre spécialisé de l’obésité (CSO). Ce centre, intégré au service d’endocrinologie du Dr Xavier Piguel, est l’un des 42 existants en France, dont trois en Nouvelle-Aquitaine (Poitiers, Limoges, Pau). Son parcours et son expertise en nutrition l’ont naturellement conduit à s’intéresser à la préservation de la masse musculaire chez les patients opérés, une question cruciale pour leur qualité de vie post-opératoire.
L’idée de ce projet a germé avant la pandémie de covid-19. Romain Lecomte s’est interrogé sur le fait de supplémenter les patients en protéines après une chirurgie bariatrique. En effet, après l’opération, les patients mangent très peu (2 à 4 fois moins que leur apport initial), ce qui contribue probablement à accentuer la perte de masse musculaire en plus du phénomène de dé-sollicitation dû à la perte de poids. Or, cette perte de muscle est associée à une diminution de la force ce qui est susceptible de représenter un risque accru de pathologies cardiovasculaires ainsi que de rebond pondéral plus important que celui attendu.
La perte de force est proportionnelle à la perte de poids, mais peut devenir excessive, menant à une obésité sarcopénique (situation clinique associant un excès de tissu adipeux à une masse musculaire et une force insuffisants).
Les programmes d’activité physique existants, bien que bénéfiques, souffrent d’un taux d’abandon élevé (50 %), souvent en raison de contraintes logistiques ou financières.
Pour répondre à ces défis, Romain Lecomte et son équipe ont conçu un protocole pratique, accessible et acceptable pour les patients. L’étude, multicentrique (CHU de Poitiers, CH de Rochefort, CHU de Limoges), inclura 126 patients répartis en deux groupes : 63 patients bénéficieront d’une supplémentation en protéines de lactosérum (30 g/jour) et en leucine (3 g/jour), associée à un programme d’activité physique adaptée (1 séance hebdomadaire de 1 heure pendant 20 semaines, en visioconférence via la plateforme Sanomoov). Ils constitueront le groupe intervention.
63 patients recevront les conseils habituels (recommandations nutritionnelles et incitations à l’activité physique, sans supplémentation ni accès facilité à l’activité physique). Ils constitueront le groupe contrôle.
Le critère de jugement principal de cette étude est la force d’extension du genou, mesurée à l’aide d’un dynamomètre. Ce critère a été choisi pour sa corrélation avec la mobilité et sa prédictivité de la perte de poids à long terme.
Ce qui est innovant, c’est la prise en charge, moins intensive que les études précédentes (1 séance/semaine au lieu de 3 à 5), mais combinée à une supplémentation nutritionnelle ciblée pour potentialiser les effets.
Les séances d’activité physique sont proposées en visioconférence, à des horaires variés, pour s’adapter aux contraintes des patients (notamment ceux vivant en zones rurales), ce qui facilite l’accessibilité.
Romain Lecomte souligne l’importance du soutien de son encadrement, Cécile Delcoustal cadre supérieure de santé, des chirurgiens, le professeur Jean-Pierre Faure et le docteur David Soussi-Berjonval, du dr Xavier Piguel chef du service d’endocrinologie-diabétologie-nutrition, ainsi que de celui des coordonnateurs de la recherche paramédicale, Guillaume Davy et Guillaume Beaumatin. Il souligne également l’importance d’avoir pu bénéficier de la formation « recherche paramédicale » de 40h dispensée au CHU de Poitiers. Enfin, il insiste sur l’importance du travail d’équipe et du soutien méthodologique, avec notamment la participation du professeur Yohann Foucher, méthodologiste, et de Zoé Pasquier, chargée de projet, qui l’ont accompagné et aidé à formaliser le protocole et à calculer le budget. Héléna Mosbah, maître de conférences, praticienne hospitalière, et Aurélien Maqua, enseignante en activité physique adaptée, complètent également l’équipe.
Romain Lecomte et Aurélien Maqua assureront la formation des équipes des centres partenaires à la mesure de la force d’extension du genou, un critère peu courant en pratique clinique. Il veillera aussi à maintenir le lien avec les centres pour garantir l’inclusion des patients selon les engagements pris, inclusion qui débutera en 2026 et devra durer 30 mois, incluant l’analyse des données et la rédaction des articles.
Un article sur la méthodologie sera prochainement publié dans la revue BMC, avant le début de l’étude, pour garantir la transparence. Les résultats finaux seront partagés avec la communauté scientifique et soignante, conformément aux obligations du PHRIP.
En parallèle, Romain Lecomte est désormais référent recherche paramédicale au sein du pôle digestif-urologie-néphrologie-endocrinologie (DUNE) du CHU de Poitiers, aux côtés de Céline Escaffre, cadre de santé. Leur mission sera de promouvoir la recherche parmi les paramédicaux, d’identifier des porteurs de projets, et de les accompagner vers les cellules de méthodologie et de recherche, une démarche qui enrichit non seulement la pratique clinique, mais aussi la veille professionnelle et la réflexion sur les soins.
« Faire de la recherche, c’est un challenge qui change du quotidien. On est très bien entouré, et ça nous pousse à nous remettre en question, à évaluer et améliorer nos pratiques », souligne Romain Lecomte.
Ce projet, fruit d’une collaboration pluridisciplinaire et d’une approche centrée sur le patient, pourrait améliorer la prise en charge post-bariatrique. En combinant innovation nutritionnelle et accessibilité de l’activité physique, il vise à offrir des solutions concrètes pour préserver la force musculaire et, in fine, la santé des patients.