Prélèvement d’organes : des chirurgiens se perfectionnent à Poitiers grâce à Simlife

Du 19 au 23 juin 2017, de jeunes chirurgiens ont été formés par les professionnels du prélèvement et de la transplantation multi-organes, dans l’enceinte même de la faculté de médecine de Poitiers.

« Sans un bon prélèvement, il n’y a pas de bonne transplantation. » Le professeur Benoît Barrou, urologue à la Pitié Salpêtrière, à Paris, s’investit depuis dix ans pour que les chirurgiens maîtrisent les techniques de prélèvement et de transplantation multi-organes à travers l’école francophone du prélèvement multi-organes (EFPMO).

En 2009, le Pr Barrou a créé, avec quelques confrères, cette école suite à un constat sans appel : il n’existait pas de formation spécifique pour les chirurgiens préleveurs. Et il ne se cache pas derrière son petit doigt pour assurer que cette mission a été laborieuse : « Il y a dix ans, peu de personnes croyait en notre projet. Pourtant, il était urgent de créer une structure pour former les jeunes chirurgiens à la transplantation. » Quand l’activité de greffe d’organes débute dans les années 60, personne ne sait comment faire. « On apprenait sur un coin de table, c’était du compagnonnage sans réel encadrement », concède le Pr Barrou.

Même s’ils ont réussi à trouver des financements, le travail des formateurs (chirurgiens seniors) reste bénévole. Cette année, à Poitiers, grâce à l’EFPMO, les chirurgiens sont formés en conditions réelles sur Simlife, un modèle unique de simulation chirurgicale sur des cadavres revascularisés et reventilés grâce à un process informatique breveté. Le Simlife a été développé dans le laboratoire de simulation de la faculté de médecine de Poitiers par les professeurs Jean-Pierre Richer et Jean-Pierre Faure, et le docteur Cyril Brèque. Ce n’est donc pas un hasard, si cette année, le Pr Barrou s’est rapproché de ses confrères poitevins pour organiser la neuvième session de formation de l’EFPMO : « D’autant que je fais partie de l’équipe Inserm 1082, pilotée par le professeur Thierry Hauet à Poitiers. Donc je connais un peu le site ! »

« Cette initiative témoigne du dynamisme de Poitiers, CHU, faculté et unité de recherche, sur cette thématique de la transplantation, ajoute le Pr Antoine Thierry, responsable de la transplantation rénale dans le service de néphrologie. C’est très valorisant. »

Formation pratique et théorique
Du 19 au 23 juin derniers, les jeunes chirurgiens ont donc été formés par les professionnels du prélèvement et de la transplantation multi-organes, dans l’enceinte même de la faculté de médecine de Poitiers. « Ce sont des internes en fin d’étude ou des chefs de clinique assistants », précise le Pr Barrou. Chaque année, ils sont une cinquantaine répartis en quatre groupes. Théorie, pratique, la semaine de formation est dense, mais se déroule dans une bonne ambiance. « Etudiants, formateurs, tout le monde y met du sien. Nous mettons un point d’honneur à ce que le comportement des jeunes chirurgiens soit irréprochable car c’est essentiel. Quand vous avez les mains dans le cambouis, vous n’êtes pas tout seul, il faut savoir communiquer avec ses collègues », insiste l’urologue. A la fin de la semaine, les étudiants sont interrogés sur leurs acquis dans une épreuve de groupe sur Simlife.

En 2018, le Pr Barrou et ses confrères fêteront les dix ans d’existence de l’EFPMO : « Aujourd’hui, nous avons des financements pour faire tourner cette école. J’espère que dans un avenir proche, les chirurgiens seront enfin payés pour le travail qu’ils exercent, souvent dans des conditions difficiles. » Pour rappel, en 2016, 5 891 greffes ont été réalisées en France et 1 770 personnes prélevées. Chaque année, plus de 20 000 Français sont en attente de greffons, un chiffre toujours en augmentation selon France Adot.

Pratique : pour faire un don à l’EFPMO, rendez-vous sur internet : www.efpmo.fr.