La faculté santé de l’Université de Poitiers, qui rassemble l'ensemble des filières de maïeutique, médecine, orthophonie, pharmacie, odontologie et masso-kinésithérapie, a fait sa rentrée. Rencontre avec son doyen, le Pr Marc Paccalin, qui fait le point sur les principaux changements et enjeux de cette nouvelle année académique.
Un engagement fort pour la qualité de vie étudiante
La rentrée est désormais effective à l’UFR Santé de Poitiers. Si l’excellence de la formation demeure la priorité absolue, l’accueil et le cadre de vie des étudiants font l’objet d’une attention redoublée impliquant l’ensemble des enseignants et du personnel de l’UFR. Dès le 1ᵉʳ septembre, l’ensemble des étudiants de deuxième année a participé à un après-midi interactif de sensibilisation contre les violences et harcèlements sexistes et sexuels dispensé en petits groupes. Ce dispositif s’accompagne d’un renouvellement complet des supports d’information diffusés dans les amphithéâtres et les espaces de vie. En parallèle, le séminaire HappyDoc, mené durant trois jours en partenariat avec la faculté des sciences du sport, a permis d’apporter aux nouveaux entrants des conseils pratiques sur la nutrition, la vie en collectivité et le bien-être au quotidien.
L’augmentation des effectifs étudiants
Avec la suppression du numerus apertus, le nombre d’étudiants a augmenté en médecine et pharmacie. Les effectifs de deuxième année sont ainsi passés de 223 à 257 étudiants en médecine, de 74 à 80 en pharmacie, 26 en maïeutique et 75 en en masso-kinesithérapie dont 60 à Poitiers. De son côté, l’antenne d’odontologie rattachée à l’UFR odontologie de Bordeaux, accueillera à compter de la rentrée 2028-2029, 36 étudiants de 6e année pour accompagner le développement du service dédié au CHU de Poitiers. La poursuite d’une hausse des effectifs en maïeutique, médecine et pharmacie est encore annoncée. Cette nouvelle augmentation à venir entraîne toutefois des défis majeurs sur les plans bâtimentaire, humain et financier. « Face au nombre insuffisant d’enseignants, il devient impératif d’augmenter le nombre de praticiens hospitalo-universitaires, de renforcer notre attractivité, de repérer les vocations pédagogiques de demain et de les accompagner efficacement sur les plans hospitalier, académique et au sein des unités de recherche labellisées. Dans ce contexte, l’Agence régionale de santé apporte un soutien déterminant en finançant des postes d’enseignants associés au sein du CHU et des établissements périphériques du Poitou-Charentes. Ce travail conjoint, mené par l’UFR Santé et le CHU de Poitiers auprès des directions d’hôpitaux et des praticiens hospitaliers, devrait déboucher après validation par le conseil national des universités propre à chaque spécialité, sur des prises de fonctions à compter de septembre 2027», explique le Pr Marc Paccalin.
Mailler le territoire
Le Pr Marc Paccalin précise l’impact attendu sur la formation des étudiants : « Le recrutement de ces enseignants permettra de diversifier et d’étendre les lieux de stage des étudiants de deuxième cycle à l’échelle régionale. Jusqu’à présent, ces derniers fréquentaient principalement les services de pédiatrie et de gynécologie des hôpitaux périphériques pour désengorger le CHU. L’objectif est désormais d’élargir cet accueil à plus de spécialités afin que nos territoires bénéficient pleinement de la hausse du numerus. Cette ouverture permettra aux territoires de tirer profit de l’augmentation des effectifs étudiants, tout en incitant leur fidélisation et future installation dans la région après leur internat. Cependant, la concrétisation de cette ambition impose de lever des freins logistiques majeurs. Les stages en territoire représentent un engagement moyen de douze semaines. Or, les étudiants ne disposent d’aucune prise en charge pour leur logement et d’un forfait modeste pour leurs transports. Le succès de l’universitarisation reposera donc aussi sur notre capacité à mobiliser les collectivités territoriales pour améliorer rapidement les conditions de vie et de mobilité. »
Équilibre entre les filières et grands tournants académiques
Le Pr Marc Paccalin accorde une grande vigilance à ce que la forte attractivité des études médicales n’impacte pas négativement les autres filières, dont les besoins de santé sont tout aussi fondamentaux. Parmi les évolutions d’importance figure l’intégration de la filière maïeutique à la faculté Santé d’ici le 1er septembre 2027 : « Nous devons être particulièrement vigilants quant à l’avenir du statut des sages-femmes enseignantes, aujourd’hui sous la responsabilité de Julie Deparis, directrice de l’école, qui accomplissent un travail exceptionnel. Il est urgent d’obtenir des garanties financières pour assurer une transition fluide à la rentrée 2027. »
Concernant la filière odontologique, antenne de l’UFR dentaire de Bordeaux, l’encadrement est sous la responsabilité du Dr Franck Florentin, nommé professeur associé. En plus de la gestion du service hospitalier, le renforcement de cet encadrement est essentiel pour porter les projets de développement, notamment l’extension du nombre de fauteuils attendue pour 2028. Les postes d’enseignants associés financés par l’ARS représentent à cet égard une véritable opportunité.
Les défis à relever imposent une forte mobilisation des personnels et des encadrants, soutenue par une réelle dynamique collective. L’horizon 2030 permettra d’évaluer la pérennité et la pertinence des capacités de formation actuelles, afin d’apporter une réponse concrète aux besoins tout en évitant le risque de surcapacité. Alors qu’une nouvelle réforme d’ampleur de la première année en santé se dessine à l’échelle nationale avec une licence portail santé, la stratégie adoptée par l’Université de Poitiers apparaît précurseure puisque le mode d’enseignement décidé en 2020 avec une voie unique par licence accès santé semble préfigurer les contours de la future réforme.
Cap sur 2028 : campus santé
Le Pr Marc Paccalin se réjouit enfin du projet de construction du nouveau bâtiment situé à proximité immédiate de la faculté santé, qui accueillera en 2028 les étudiants des formations paramédicales. « Ce futur campus santé illustre une nouvelle fois la force du partenariat entre le CHU de Poitiers et l’UFR santé, qui avancent main dans la main. Il s’agit d’une opportunité formidable et d’une véritable transformation structurante. Je reste pleinement conscient de l’ensemble des enjeux qu’implique l’accueil d’usagers aux parcours variés, regroupant des formations post-baccalauréat et des cursus spécifiques. L’intégration de ces publics sur un même lieu universitaire exige une réflexion rigoureuse pour harmoniser les droits de chacun et garantir une cohabitation harmonieuse. Les équipes d’architecture et de maîtrise d’œuvre mènent un travail approfondi sur l’aménagement global, de la gestion des flux de circulation jusqu’au stationnement, afin d’offrir le fonctionnement le plus fluide et efficace possible. Toutes les personnes mobilisées sur ce dossier l’ont pensé en parfaite complémentarité avec les bâtiments D1 et D2 existants, concrétisant ainsi une transformation majeure au service de la santé de demain. Ce campus santé va permettre, sans nul doute de faire rayonner la ville de Poitiers ».