Service des urgences : quand innovation rime avec recherche

Pr Jérémy Guenezan - Dr Benjamin Bigaud

Le CHU de Poitiers est le seul établissement en France à utiliser un outil d’analyse et de diagnostic des maladies infectieuses, le système Spotfire®, au sein de son service des urgences. Une étude menée par le Pr Jérémy Guenezan, chef du groupement hospitalier des urgences de la Vienne, et Benjamin Bigaud, interne aux urgences, a permis de démontrer l’impact de cette technologie innovante sur la prise en charge des patients et l’organisation des urgences. Les résultats ont fait l’objet de publications dans deux revues scientifiques internationales.

Aux urgences, chaque minute compte. Entre l’afflux de patients, la nécessité de diagnostics rapides et la gestion des flux, les équipes médicales doivent sans cesse innover pour améliorer la qualité des soins. C’est dans cette optique que les urgences, le service du virologie et l’équipe de biologie délocalisée du CHU de Poitiers, ont acquis le système Spotfire®, une solution de PCR multiplexe qui permet d’effectuer des tests diagnostiques directement sur le lieu de soins et fournit des résultats rapides et exploitables. Une particularité majeure : les urgences du CHU de Poitiers sont le seul établissement en France et l’un des rares en Europe à utiliser ce dispositif en routine. «  La direction générale nous a grandement soutenu en rendant possible l’acquisition de l’équipement. Ce dispositif de biologie délocalisée est capable d’identifier en seulement vingt minutes, onze virus et quatre bactéries, à partir d’un simple prélèvement nasopharyngé. Son acquisition nous a obligé à modifier nos pratiques. Nous avons décidé de mener une étude afin d’évaluer l’impact de cette innovation sur la prise en charge des patients », explique le Pr Jérémy Guenezan et Benjamin Bigaud.

C’est Benjamin Bigaud qui a mené l’étude rétrospective dans le cadre de son master 2 de recherche, sous la direction scientifique du Pr Jérémy Guénezan. À partir d’une base de données, il a conduit une analyse approfondie, donnant lieu à deux publications majeures. La première évalue l’utilisation de Spotfire® et son influence sur des indicateurs clés tels que la durée de prise en charge et le taux de détection virale. Les résultats, publiés dans le Journal of Clinical Microbiology, révèlent une réduction significative du temps de passage aux urgences : les patients dont le test Spotfire est positif quittent le service cent minutes plus tôt en moyenne. Cette rapidité permet également une meilleure gestion de l’isolement des patients, avec un taux de regroupement de quatorze pour cent en chambre double, limitant ainsi le recours aux chambres individuelles et optimisant l’utilisation des ressources hospitalières.

La seconde publication se concentre sur les patients atteints d’infections à bactéries atypiques, souvent difficiles à diagnostiquer. Grâce à la détection précoce des bactéries atypiques, les traitements sont désormais plus ciblés, réduisant ainsi le risque d’antibiorésistance et améliorant la prise en charge des patients. Ces résultats ont été publiés dans l’European Journal of Clinical Microbiology & Infectious Diseases.

 « Ce projet de recherche s’est fait en plusieurs étapes. La première étape a consisté à collecter les données cliniques d’un échantillon de 1 600 patients. Ce travail, bien qu’intéressant a représenté un travail minutieux et chronophage, compte tenu de la diversité et du volume des informations à analyser. Une fois les données recueillies, nous avons procédé à une analyse statistique des résultats. Pour cette phase, j’ai été accompagné par le Dr Nicolas Marjanovic, médecin urgentiste au CHU de Poitiers », explique Benjamin Bigaud qui a présenté ces travaux lors des journées sur l’approche syndromique, qui se sont tenues à Lyon en  septembre 2025. Ils seront également exposés en avril 2026 à Munich, à l’occasion du congrès de la société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses, ainsi qu’en juin à Paris, lors du congrès de la Société française de médecine d’urgence.

Pour le Pr Jérémy Guenezan, ce projet de recherche, à la fois porteur et innovant, présente un intérêt translationnel majeur, à la croisée de l’urgence médicale, des maladies infectieuses, de la biologie/virologie et de la recherche en laboratoire.  « Il est essentiel de poursuivre nos recherches sur ce sujet, car nous sommes convaincus que la biologie délocalisée constitue un levier déterminant pour améliorer la prise en charge des patients et optimiser l’efficacité des services hospitaliers, deux enjeux majeurs pour les professionnels des urgences. Notre équipe s’engage à continuer de publier sur ces avancées, reflétant ainsi notre spécificité : valoriser scientifiquement chaque amélioration possible au sein de notre service ». Ces projets sont rendus possibles à Poitiers par l’étroite collaboration entre les urgences et les équipes du Pr Nicolas Levêque en virologie, chef du pôle biologie-pharmacie, et du Dr Pierre Dupuis pour la biologie délocalisée. Dans le cadre de sa thèse de médecine, Benjamin Bigaud va s’intéresser plus spécifiquement à l’impact de la biologie délocalisée sur la gestion de l’antibiothérapie aux urgences. D’autre part, un projet d’étude prospective et multicentrique, impliquant une dizaine de centres hospitaliers en France a été a été soumis à un appel à projet national.