Ce que l’on appelle communément "salle de réveil" n’est pas un espace où les patients se réveillent après une intervention sous anesthésie. Il s’agit en réalité d’une salle dédiée à la surveillance des patients après une intervention sous anesthésie générale. Le Pr Denis Frasca, chef du service d’anesthésie-réanimation médecine péri-opératoire, et le Pr Matthieu Boisson, chef du pôle blocs opératoires, réanimations, anesthésies, nous présentent celles du CHU de Poitiers.
Rôle de la salle de surveillance
Après chaque intervention sous anesthésie générale, qu’il s’agisse d’un acte chirurgical ou interventionnel, le patient doit obligatoirement faire l’objet d’un suivi. Chaque établissement hospitalier dispose pour cela d’un espace dédié, situé à proximité des blocs opératoires : la salle de surveillance post-interventionnelle que l’on appelle plus simplement salle de réveil. « La salle de surveillance est l’endroit où l’on continue de surveiller les patients ayant reçu une anesthésie générale ou loco-régionale jusqu’à ce qu’ils aient récupéré tous les critères d’autonomie leur permettant de retourner dans un service classique. L’objectif étant qu’ils se remettent des effets de l’anesthésie et qu’ils n’aient pas de complications chirurgicales immédiates », expliquent le Pr Denis Frasca et le Pr Matthieu Boisson. L’équipe de professionnels composée d’anesthésistes-réanimateurs, d’infirmiers et d’aides-soignants surveillent, sur une période plus ou moins longue, l’état du patient et plus particulièrement la douleur, les nausées, les vomissements et les suites chirurgicales. Sont également surveillées la fréquence cardiaque, la tension artérielle, la respiration, etc. La surveillance continue après l’intervention permet aux médecins anesthésistes d’agir rapidement en cas de problème. Les sorties des salles de surveillance sont soumises à validation d’un médecin anesthésiste-réanimateur.
Et au CHU de Poitiers ?
Au CHU de Poitiers, il existe deux salles de surveillance post-interventionnelle logiquement rattachées au service d’anesthésie-réanimation. La première est située dans le centre d’explorations et thérapeutiques interventionnelles. L’autre, située au premier étage du centre cardio-vasculaire, est réservée à l’ensemble des blocs opératoires et à d’autres activités comme la radiologie interventionnelle (CETI). « Il faut savoir qu’à Poitiers, la plupart de nos patients ne sont pas réveillés en salle de réveil mais aux blocs opératoires. Lorsqu’ils arrivent ici, ils sont déjà bien réveillés. Nos salles permettent de continuer la surveillance pendant une durée plus ou moins longue », précisent les deux responsables.
Les salles de surveillance sont pourvues des mêmes équipements d’anesthésie-réanimation que dans les blocs opératoires : des respirateurs, des moniteurs pour surveiller l’ensemble des fonctions vitales, des pousses-seringues, des chariots d’urgences, etc. En somme, tous les équipements nécessaires pour pouvoir rendormir le patient immédiatement en cas de complication. La salle de réveil, qui peut accueillir jusqu’à 27 patients, affiche régulièrement complet. Ce chiffre est en adéquation avec les capacités opératoires de l’établissement. La prise en charge des patients est assurée par une équipe pluriprofessionnelle composée de médecins, d’internes d’anesthésie-réanimation et d’infirmiers et aides-soignants spécifiquement formés à la prise en charge post-opératoire immédiate. « Ces derniers se forment majoritairement sur le terrain sous l’encadrement de professionnels expérimentés. Il existe quelques formations mais malheureusement pas assez. Nous proposons régulièrement aux infirmiers et aides-soignants de participer à des formations organisées par la société française d’anesthésie-réanimation ».
La salle de surveillance située dans le satellite technique a pour particularité d’être ouverte 24h sur 24. Cela permet une surveillance prolongée de patients ayant eu une intervention chirurgicale lourde. Elle a également pour particularité d’y voir pratiquer d’autres activités que la surveillance postopératoire : des actes de sismothérapie sous anesthésie générale, des injections de fer et des poses de cathéters Midline.
Kamel Souahal est infirmier en salle de réveil depuis 2007. C’était un souhait de sa part de rejoindre ce service après avoir obtenu son diplôme d’infirmier. Il l’avait découvert lors d’un stage de fin de cursus qu’il avait particulièrement apprécié. « Nous accueillons en salle de réveil beaucoup de patients opérés sous anesthésie générale. Cela englobe beaucoup de spécialités : cardio-thoracique, viscérale, orthopédie, etc. C’est très vaste. Cela fait appel à des compétences d’analyse de situation. On mobilise nos connaissances très rapidement pour synthétiser des situations et pour assurer une surveillance adéquate. C’est donc très varié et très vivant ».
Hélène Surault a intégré le service en 2016. Elle aime également la variété des missions dévolues à la salle de surveillance. « Même si 90 % de mon travail est de la surveillance post-opératoire, aucune de mes journées ne se ressemble. Nous avons des prises en charge simples et rapides et d’autres un peu plus complexes avec des patients instables. Nous assurons également, auprès du médecin anesthésiste, l’endormissement et la stabilisation des patients lors de séances de sismothérapie ».
Pour le confort du patient
Des mesures de réhabilitation rapide des patients ont été mises en place depuis quelques mois déjà en salle de surveillance post-opératoire. Il s’agit d’un projet développé par des professionnels paramédicaux et médicaux sous la coordination du Pr Matthieu Boisson, et présenté dans le cadre d’un appel à projet d’engagement collectif. « Ce projet consiste en la mise en place de procédures dont l’objectif est de changer nos pratiques afin d’améliorer le confort et la prise en charge du patient et d’accélérer sa récupération après une intervention. Nous avons listé tout un ensemble de mesures qui permettent d’avancer cette réhabilitation, depuis la phase préopératoire jusqu’au postopératoire. Nous avons, par exemple, mis en place la prise d’antalgiques en prémédication, l’amélioration de la prévention des nausées et des vomissements qui peuvent être l’un des effets indésirables des anesthésies. Sauf contre-indications, les patients peuvent boire directement en salle de surveillance », explique le Pr Matthieu Boisson. Une autre mesure importante mise en œuvre porte sur la perfusion qui est souvent un frein à la récupération. Le patient peut être déperfusé en salle de surveillance, soit complètement soit en ne gardant qu’un cathéter obturé si nécessaire. Ne pas laisser le patient relié à des perfusions facilite le premier lever qui est un élément important dans sa reprise d’autonomie. « Nous essayons d’augmenter les premiers leviers en salle de réveil même si ce n’est pas facile car cela demande un peu de temps. Cette mesure s’inscrit dans l’amélioration du parcours patient et notamment dans le cadre du patient 3D, c’est-à-dire debout, digne, détendu. Les patients arrivent debout au bloc opératoire, et ils vont pouvoir repartir en fauteuil dans leur service », ajoute le responsable du pôle BOREAL.