Le Pr Antoine Thierry, néphrologue expert en transplantation rénale, a récemment été élu président de la société francophone de transplantation. Investi dans la sensibilisation au don d’organes, il nous expose les pistes pour répondre à la pénurie de greffons.
Qui êtes-vous, Pr Antoine Thierry ?
J’ai effectué mon internat et mon clinicat au sein du service de néphrologie, hémodialyse et transplantation du CHU de Poitiers. Je suis professeur des universités – praticien hospitalier depuis 2015. Mon activité clinique est principalement axée sur la transplantation rénale, domaine dans lequel j’ai une assez bonne expertise. Je suis par ailleurs chef du pôle DUNE qui regroupe l’activité digestive (chirurgie viscérale et hépato-gastro-entérologie), urologique, néphrologique et endocrinologique. Je suis également assesseur pédagogique à la faculté de médecine de Poitiers. Enfin, en décembre 2024, j’ai été élu président de la société francophone de transplantation après en avoir été vice-président pendant deux ans.
Pourquoi avez-vous accepté la présidence de la société francophone de transplantation ?
La société francophone de transplantation joue un rôle essentiel dans l’ensemble des problématiques liées au don d’organes et à la greffe d’organe solide. En tant que société savante, elle s’attache à promouvoir la recherche, créer des liens entre les équipes, sensibiliser au don d’organes et servir d’interface entre les patients, les associations de patients et les tutelles, notamment le ministère de la Santé et l’Agence de la biomédecine. Il me semblait primordial de m’investir dans les missions de la société francophone de transplantation, car elles rejoignent mes propres engagements au quotidien. De plus, la transplantation ne se limite pas à des aspects scientifiques et techniques. Elle fait appel à des valeurs humaines et éthiques profondes, auxquelles je suis particulièrement attaché.
Quels sont vos enjeux en tant que président de cette société savante ?
Les enjeux auxquels la société francophone de transplantation doit faire face sont à la fois nombreux et passionnants. L’un des défis majeurs consiste à réduire le taux d’opposition au prélèvement d’organes, qui a malheureusement dépassé les 36 % dans notre pays. Ce chiffre est particulièrement préoccupant, d’autant plus qu’il contraste avec les résultats des enquêtes d’opinion, qui font état d’un taux d’opposition avoisinant les 20 % parmi nos concitoyens. Il est donc impératif de renforcer nos efforts pour encourager la population à exprimer sa position de son vivant et de sensibiliser le plus grand nombre à la gravité de la pénurie de greffons, un véritable problème de santé publique.
Un autre enjeu crucial est de répondre à la pénurie d’organes, conformément aux objectifs du plan greffe 2022-2026 de l’Agence de la biomédecine. Pour y parvenir, il est indispensable de diversifier les sources de donneurs, en développant notamment le recours aux donneurs vivants et aux donneurs Maastricht III. Il s’agit de patients dont le décès survient après un arrêt circulatoire lui-même consécutif à un arrêt des thérapeutiques.
Par ailleurs, la société francophone de transplantation a pour mission d’accompagner le progrès et l’innovation dans les domaines du prélèvement et de la transplantation d’organes. Cela implique d’explorer de nouvelles pistes, telles que la xénotransplantation, qui consiste à greffer des organes provenant d’une autre espèce, comme le porc.
Où en est l’activité de transplantation rénale au CHU de Poitiers ?
Au CHU de Poitiers, nous réalisons des transplantations rénales depuis 1986. Il est impératif d’intensifier notre activité afin de répondre aux besoins croissants de la population du Poitou-Charentes. Actuellement, nous effectuons en moyenne 70 transplantations rénales par an, avec des pics à 80 dans les années les plus performantes.
Concernant l’activité de greffe avec donneurs vivants, il est important de souligner qu’au CHU de Poitiers, le prélèvement et la transplantation rénale sont réalisés par chirurgie robot-assistée, une technique de pointe qui offre de nombreux avantages pour les donneurs et les receveurs. Notre équipe d’urologie a d’ailleurs une véritable expertise dans ce domaine.
Comment faire face à la pénurie d’organe ?
Traditionnellement, les donneurs d’organes sont des patients en mort encéphalique. Pour faire face au manque d’organes, le plan greffe 2022-2026 préconise d’élargir les sources de donneurs, notamment par le recours aux donneurs vivants et aux donneurs Maastricht III. Nous devons, je l’ai déjà dit, renforcer le recours aux donneurs vivants. De plus, le nombre de greffons provenant de donneurs Maastricht III a connu une augmentation significative au CHU de Poitiers. En effet, depuis le début de l’année 2025, nous avons réalisé plus de prélèvements Maastricht III que durant toute l’année 2024.
Cette activité est désormais inscrite dans une dynamique positive, que nous nous efforçons de maintenir grâce à une étroite collaboration avec l’ensemble de l’équipe de la coordination hospitalière de prélèvements multi-organes et tissus, animée par le Pr Thomas Kerforne et le Dr Thierry Benard.