Regard médical – Dr Nicolas Céveau, responsable de l’unité d’hospitalisation traditionnelle en oncologie

Dr Nicolas CEVEAU

Après son internat en médecine générale au CHU de Poitiers, le Dr Nicolas Céveau a pris son premier poste au pôle régional de cancérologie dans l’unité d’hospitalisation traditionnelle. Il en est devenu le responsable, il y a moins d’un an. Présentation.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir responsable de l’unité d’hospitalisation traditionnelle ?

Je suis médecin généraliste de formation et j’ai pris mon premier poste au sein d’une unité d’hospitalisation en oncologie médicale en novembre 2018. J’en suis responsable depuis peu. Le Pr Nicolas Isambert, qui est chef du pôle régional de cancérologie, a souhaité déléguer la responsabilité de chaque unité — l’hospitalisation de jour, l’hospitalisation de semaine, l’hospitalisation traditionnelle, les consultations — à un médecin de terrain, afin de mieux gérer les problématiques  de chaque secteur.

J’ai d’abord mis quelques années à me sentir parfaitement à l’aise avec la gestion médicale des patients hospitalisés. J’ai choisi, ensuite, de m’investir pleinement dans la vie institutionnelle de l’unité. Cette démarche a d’abord répondu aux attentes des équipes paramédicales, avant d’évoluer, en concertation avec mes confrères du service, vers un rôle de représentation du secteur auprès de notre chef de service et, plus largement, des instances du CHU. Cette implication naturelle a conduit à l’officialisation de mes fonctions. Bien que cette responsabilité de responsable d’unité soit nouvelle et son cadre encore souple, j’agis aujourd’hui comme l’interlocuteur privilégié pour toutes les questions relatives à l’unité, que ce soit vis-à-vis du pôle comme, plus largement, de l’établissement.

Vous êtes médecin généraliste et responsable d’une unité d’hospitalisation : qu’est-ce que cela a de bénéfique pour les patients ?

Confier le suivi des patients hospitalisés à des médecins généralistes de formation est une spécificité de ce service, et ce depuis longtemps. C’est une démarche qui existe ailleurs, mais qui reste encore assez rare en milieu hospitalier. C’est quelque chose qui se démocratise de plus en plus dans différentes spécialités, tout simplement parce que ça permet aux spécialistes – en l’occurrence ici, les oncologues – de se concentrer davantage sur leur propre domaine.

Les patients qui ont un cancer font face à des complications qui dépassent souvent le strict cadre de la tumeur. Les patients hospitalisés sont souvent complexes et nécessitent une prise en charge globale au-delà de la prise en charge plus spécialisée.

Qu’est-ce qui caractérise l’activité de votre unité ?

Actuellement, notre unité d’hospitalisation dispose de vingt lits. Nous y prenons en charge des patients atteints de tous types de cancers, et ce, à différentes phases de la maladie. Notre activité couvre ainsi l’ensemble du spectre oncologique : nous accueillons aussi bien des patients en phase de diagnostic initial, présentant des formes d’emblée multi-compliquées qui nécessitent des traitements urgents et une gestion lourde, que des patients en phase palliative avancée, pour lesquels les traitements spécifiques sont arrêtés mais dont la complexité de la situation médicale ou familiale requiert une hospitalisation.

Notre activité est très variée. Nous gérons des hospitalisations relativement courtes lorsque le patient présente une ou deux complications bien identifiées et rapidement résolues. À l’inverse, en raison de la grande fragilité de certains patients, nous sommes souvent confrontés à des complications « en cascade », ce qui prolonge la durée des séjours.

Sur le plan des effectifs, nous sommes deux professionnels médicaux, tous deux médecins généralistes, quant à l’équipe paramédicale, qui est importante, elle tourne sur plusieurs secteurs, à savoir l’hospitalisation de semaine, les consultations et l’unité de thérapie physique.

Nous accueillons des patients de toute la subdivision Poitou-Charentes, et parfois même au-delà selon la complexité des cas.  

Qu’est-ce qui vous plait dans vos fonctions ?

Ce qui me plaît avant tout, c’est que nous pratiquons une médecine polyvalente, avec une forte orientation oncologique. La diversité des prises en charge rend notre quotidien extrêmement stimulant : aucune journée ne se ressemble. C’est passionnant sur le plan médical. Ensuite, nous avons la chance de nous appuyer sur une excellente équipe, tant médicale que paramédicale. Le travail collaboratif est une valeur essentielle pour moi. Ce poste me permet également de m’investir dans la transmission, à travers l’encadrement des étudiants en médecine et des internes. Enfin, évoluer au sein d’un CHU nous offre l’accès immédiat à un plateau technique performant et à l’expertise de tous nos collègues spécialistes pour des avis pointus. Cela crée une émulation médicale très intéressante et nous permet de garantir des soins de haute qualité.

Que va changer l’extension du pôle régional de cancérologie pour votre unité ?

L’unité d’hospitalisation traditionnelle dispose de vingt lits au pôle régional de cancérologie et de 14 lits dans le pavillon Maillol. L’ extension du PRC permettra de regrouper 50 lits d’hospitalisation complète dans un seul secteur dédié.

Cette augmentation capacitaire va nous permettre d’étendre de manière significative nos capacités d’accueil, d’autant qu’actuellement nous fonctionnons en flux tendu permanent, avec des patients constamment en attente d’une place ou hébergés temporairement dans d’autres services. Pour vous donner une idée, cela fait près de huit ans que je travaille dans le service, et je n’ai vu un lit vide qu’à deux reprises. Notre transfert va nous aider à absorber cette file d’attente et à faire face à l’augmentation constante du nombre de patients. Il va également permettre d’intégrer l’unité d’oncologie située dans le pavillon Maillol, avec laquelle nous allons fusionner.

L’environnement sera également beaucoup plus agréable et moderne pour les patients et les équipes. Les chambres ont été entièrement repensées par un groupe de travail dédié : elles seront mieux équipées, notamment avec du matériel adapté pour faciliter la mobilisation précoce des patients.

Bien qu’il soit encore difficile de se projeter pleinement à ce stade, ce déménagement représente un changement d’échelle majeur. Un important travail de fond est d’ores et déjà engagé avec les cadres de santé. Dans un second temps, cette dynamique associera l’ensemble des équipes paramédicales, l’objectif étant que chacun puisse trouver ses marques et que nous saisissions cette opportunité pour optimiser durablement la qualité des soins.

Aujourd’hui, notre principale incertitude réside plutôt dans le recrutement médical. À effectif constant, il est difficile d’envisager un doublement de notre activité d’hospitalisation tout en menant à bien cette transformation. C’est un sujet sur lequel nous travaillons activement. Recruter un médecin généraliste dans notre spécialité n’est pas chose aisée, notamment parce que ce mode d’exercice, hospitalier, en oncologie est encore méconnu. Ce sont souvent les internes en médecine générale passés par notre unité qui, ayant apprécié l’expérience, émettent le souhait de nous rejoindre. C’est d’ailleurs le projet de l’une de nos internes actuelles. Ce type de recrutement s’anticipe toutefois sur deux ou trois ans, le temps qu’ils finalisent leurs études.

Des inquiétudes pour le transfert dans les nouveaux locaux ?

Sur le plan purement logistique, pas particulièrement. Nous avons l’habitude de ce type de mouvements. Nous avons déjà l’expérience des transferts de patients entre les différentes unités et je fais pleinement confiance à notre cadre et à nos équipes pour organiser cela sereinement et très en amont.