Avec 60 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, le cancer du sein représente un défi majeur de santé publique. Malgré les avancées médicales, il reste la première cause de mortalité par cancer chez les femmes, avec plus de 12 000 décès annuels. Les services d’anatomopathologie jouent un rôle clé dans le diagnostic. Pour détecter mieux et plus vite, le CHU de Poitiers teste une solution IA : Cleo Breast.
Les services d’anatomopathologie sont au cœur du parcours de diagnostic et de traitement des cancers. Ils analysent les tissus prélevés — biopsies et pièces opératoires — pour confirmer la nature cancéreuse des lésions, en déterminer le type et le grade, et orienter les traitements. Ces analyses, souvent complétées par des examens immunohistochimiques (IHC) et des marqueurs moléculaires, sont essentielles pour proposer une stratégie thérapeutique personnalisée. Pourtant, les services de pathologie font face à des défis organisationnels et diagnostiques majeurs : surcharge de travail, délais de rendu croissants, aggravés par un manque d’attractivité de la profession et des difficultés de recrutement. Les examens deviennent également plus complexes et coûteux, avec une possible variabilité entre les pathologistes.
Pour répondre à ces enjeux, le CHU de Poitiers a choisi d’intégrer Cleo Breast, un outil d’intelligence artificielle développé par Primaa, une entreprise française cofondée par un médecin pathologiste. Cleo Breast est conçu pour automatiser certaines tâches comme le comptage des mitoses ou la détection de biomarqueurs. Il permet également de réduire le recours aux examens complémentaires (IHC), coûteux et longs, tout en priorisant les cas urgents pour accélérer le délai entre la numérisation des échantillons et la validation du diagnostic. Enfin, il améliore le confort des pathologistes avec une meilleure répartition des charges entre les médecins. Cleo Breast est déployé localement au sein du CHU de Poitiers, ce qui sécurise les données des patients et le respect du règlement général sur la protection des données.
Pour évaluer les bénéfices de Cleo Breast sur les diagnostics du cancer du sein, le CHU de Poitiers mène une étude en cinq phases, de juin 2026 à mai 2028, pour en évaluer l’impact. L’objectif est notamment de mesurer l’accélération du diagnostic ainsi que la réduction des coûts liée à la diminution des examens complémentaires. En outre, l’étude mesurera la productivité et la satisfaction médicale. Enfin, elle évaluera le renforcement des compétences des médecins juniors et généralistes.
Alors que l’IA est désormais bien ancrée en radiologie, son déploiement en pathologie numérique demeure émergent en France. C’est tout l’enjeu de cette étude, dont les résultats seront diffusés dans le cadre du projet eNovA-Path porté par le GCS-Nova qui regroupe les CHU de Bordeaux, Limoges et Poitiers. Initié en 2020, ce projet vise la numérisation des lames anatomopathologiques et la création d’un réseau collaboratif entre les trois établissements et, désormais, une extension aux centres hospitaliers de la région Nouvelle-Aquitaine et à l’Institut Bergonié à Bordeaux.
