Modernisation du service de radiothérapie : deux nouveaux accélérateurs de particules

Accélérateur de particules

Engagé à offrir des traitements d’excellence à ses patients, le service de radiothérapie du CHU de Poitiers poursuit sa modernisation avec l’acquisition récente d’un accélérateur de particules Varian. Un second appareil identique est prévu pour 2027.

Vers une radiothérapie adaptative

La modernisation du plateau technique du service de radiothérapie s’inscrit dans un plan d’investissement ambitieux, lancé en 2021 et prévu jusqu’en 2030. Les deux accélérateurs Varian viendront remplacer des équipements vieillissants. Ils permettront de maintenir une configuration en « machine miroir ». Cette configuration permet de transférer les patients sur un équipement identique en cas de maintenance ou de panne, sans interruption de traitement ni modification du plan de soin.

Le choix des accélérateurs Varian s’inscrit dans le projet médical du service, qui souhaite s’orienter vers une radiothérapie adaptative. « Traditionnellement, les traitements étaient conçus comme une succession de séances identiques, planifiées à l’avance. Aujourd’hui, la radiothérapie est en pleine mutation, avec une évolution vers une approche adaptative. Désormais, les traitements doivent être repensés comme une série de séances individuelles, réévaluées et adaptées quotidiennement en fonction des spécificités du patient et de son état du jour. Le traitement devient ainsi une sommation de séances personnalisées », explique le Dr Antoine Berger, chef du service de radiothérapie.

Cette adaptation exige une fluidité optimale du flux de travail, ce qui nécessite des outils informatiques performants ainsi que des images de haute qualité. « C’est précisément ce que permet l’accélérateur Varian, qui nous offre les garanties nécessaires pour développer une radiothérapie adaptative dans les cinq prochaines années, et ce, pour l’ensemble de nos patients », précise-t-il.

Des équipements à la pointe de la technologie

L’accélérateur Varian, équipé du système Halcyon®, associe précision, rapidité et ergonomie grâce à des outils technologiques de pointe. Il intègre Hypersight, un système d’imagerie, pour un contrôle rigoureux du positionnement de la tumeur en amont de chaque séance, un collimateur multilames qui module le faisceau pour cibler précisément la tumeur, ainsi qu’une interface automatisée pour faciliter le travail des équipes soignantes. La table motorisée ajuste automatiquement le positionnement du patient, offrant ainsi un environnement confortable et rassurant.

La haute qualité de l’image est obtenue grâce à l’imagerie HyperSight, dont les accélérateurs Varian sont équipés. « L’image proposée  se distingue par sa pureté et une qualité d’acquisition exceptionnelle. Elle offre un champ maximal et des images comparables à celles d’un scanner. Elles permettent une replanification directe sur l’image du jour, avec un gain en termes de rapidité de traitement et de réduction des risques d’erreur », soulignent Aurélie Sors et Odile Boissonnade, physiciennes médicales très impliquées dans le projet de modernisation du service de radiothérapie.

Un plateau technique hybride et complémentaire

Ces deux accélérateurs Varian viendront s’ajouter aux deux Elekta déjà en place, fonctionnant en miroir. « Finalement, nous avons choisi de faire coexister deux environnements distincts : Elekta et Varian, malgré les inconvénients que cela implique. Ce choix a été motivé par une volonté de progresser sur le plan de l’imagerie. En effet, le Varian offre une imagerie rapide et de haute qualité. Cela nous permet ainsi de nous aligner sur les exigences de la radiothérapie adaptative. L’investissement que nous réalisons aujourd’hui nous accompagnera pour les quinze prochaines années », ajoute le Dr Berger.

Les avantages de modèles Varian complètent ceux des accélérateurs Elekta, dont l’acquisition répondait à deux enjeux majeurs : l’irradiation en inspiration bloquée pour les cancers du sein gauche et la radiothérapie stéréotaxique[1]. Ces objectifs sont d’ores et déjà pleinement atteints : les indications de stéréotaxie sont en hausse, avec une estimation de 80 à 100 patients traités par an, et le traitement en inspiration bloquée pour le cancer du sein gauche est désormais intégré en routine.

« Aujourd’hui, nous disposons d’un plateau technique hybride, avec deux accélérateurs Varian et deux accélérateurs Elekta, qui ont chacun leur importance pour l’offre de soins que nous souhaitons la plus large possible. Cependant, les deux systèmes restent totalement distincts. Pour la dosimétrie ou la communication avec les accélérateurs, il est nécessaire de basculer entre les deux, ce qui engendre des risques d’erreurs. De plus, tous les agents ne maîtrisent pas les deux systèmes, ce qui ajoute des contraintes opérationnelles », souligne l’équipe projet. À moyen terme, un projet pourrait être monté pour unifier les outils et rendre les processus transparents, en s’affranchissant de ces doubles saisies.

Optimisation du plateau technique avec l’EPID

Pour optimiser son plateau technique face à l’afflux de patients, le service de radiothérapie déploie une solution de contrôle pré-traitement par imagerie portale embarquée appelée EPID, pour Electronic Portal Imaging Device, sur ses quatre accélérateurs de particules. Si le contrôle pré-traitement des faisceaux d’irradiation est nécessaire pour garantir la sécurité des patients, sa mise en œuvre actuelle s’avère particulièrement chronophage. Actuellement, les contrôles qualité « à blanc » visent à garantir la stricte conformité entre le plan planifié et la dose réellement délivrée avant la première séance. Ils s’effectuent quotidiennement, machine par machine, en immobilisant les tables de traitement par l’installation de fantômes physiques. La nouvelle solution embarquée transforme radicalement ce flux de travail en utilisant directement l’énergie de l’accélérateur et son détecteur intégré pour valider le plan de traitement. En affranchissant les équipes de la manipulation de fantômes complexes, ce dispositif confère une simplicité et une autonomie totales, permettant des contrôles quotidiens et indépendants sur chaque équipement. “Ce déploiement apporte des bénéfices majeurs pour la prise en charge globale : il offre une souplesse de planification accrue pour les rendez-vous et optimise le temps machine pour fluidifier le flux quotidien de patients”, précise le Dr Berger.

Une équipe pluridisciplinaire mobilisée

Le projet de modernisation est porté par une équipe pluridisciplinaire sous la coordination d’Aurélie Supiot, chargée de projet biomédical. Parmi les acteurs clés figurent le service de radiothérapie avec le Dr Antoine Berger, chef de service, le Dr Stéphane Guérif, responsable de l’unité de curiethérapie, et Christine Barritault, cadre de santé. Le service de radiophysique médicale est représenté par Laurent Bonvalet, chef de service, Aurélie Sors et Odile Boissonnade, physiciennes médicales. La direction du système d’information est impliquée avec Marie Favre et Fanny Coussot, cheffes de projet tandis que la direction des travaux et de la construction est représentée par Eric Imbert, responsable de programmation des travaux.

Les chargées de projet informatique ont travaillé au développement d’une interface propre aux accélérateurs Varian. « Pour harmoniser les processus sur les postes clés, nous avons développé des solutions sur mesure pour répondre aux besoins des utilisateurs. Il a fallu tout recréer et faire tourner le nouveau système proprement », expliquent Marie Favre et Fanny Coussot.

Un soutien fort de la direction générale

Le service de radiothérapie reçoit un soutien fort de la part de la direction générale depuis le lancement de son plan de modernisation. « C’est une grande chance de disposer d’accélérateurs de particules innovants et performants, équipés de l’ensemble des technologies existantes pour offrir des soins de qualité et sécurisés », se réjouit Laurent Bonvalet. « Malgré les difficultés techniques liées à l’intégration des accélérateurs Varian au plateau technique disposant déjà d’accélérateurs d’un autre type, avec des contraintes informatiques, des travaux lourds, la nécessité de former l’ensemble du personnel et un coût supplémentaire, les arguments cliniques et techniques que nous avons présentés à la directrice générale ont été suffisants pour la convaincre. C’est une opportunité inestimable pour le service », conclut le Dr Antoine Berger.

La mise en service pour les patients s’est effectuée le 9 septembre 2026. Le budget alloué était de 3 300 000 euros (coût informatique et travaux inclus) par accélérateur. Grâce à l’extension du pôle de cancérologie régional, le service récupérera des espaces supplémentaires pour agrandir ses bureaux.


[1] La radiothérapie stéréotaxique est une méthode d’irradiation d’une extrême précision. Elle permet de cibler et de détruire la tumeur avec une forte dose de rayons, tout en protégeant au maximum les tissus sains environnants. L’autre intérêt du système est qu’il intègre un contrôle continu du patient en temps réel. Tout mouvement suspect durant la séance entraîne une coupure automatique instantanée du faisceau d’irradiation.