De l’hôpital au trail : le jour où Lucie Michaud a sauvé une vie

Portrait Lucie Michaud

Après une formation initiale dans le commerce, Lucie Michaud intègre le CHU de Poitiers en 2000 ou elle choisit de se consacrer à une carrière hospitalière. Son parcours au sein de l’établissement reflète une diversité d’expériences, allant des soins intensifs en cardiologie à la clinique chirurgicale, en passant par le service de brancardage. Récemment, son intervention lors d’un trail a permis de sauver la vie d’un participant, illustrant à la fois son professionnalisme et son humanité.

Après une formation dans le commerce, Lucie Michaud a finalement opté pour une carrière en milieu hospitalier. Elle rejoint le CHU de Poitiers en 2000. Elle commence comme agent des services hospitaliers faisant fonction d’aide-soignante sur le site de Lusignan. Quatre ans plus tard, elle obtient son diplôme d’aide-soignante, mais ce n’est qu’un premier pas. Pour elle, la routine n’a jamais été une option. Ce qui l’anime, c’est avant tout le besoin de se dépasser, d’apprendre sans cesse et de se réinventer. « J’aime repartir de zéro, me confronter à de nouveaux défis, découvrir d’autres façons de pratiquer les soins », explique-t-elle. Cette philosophie la pousse à changer de service tous les cinq ans environ. Après les soins intensifs de cardiologie, elle se tourne vers les explorations invasives, la salle d’accouchement, puis enfin la clinique chirurgicale. Lors de la crise sanitaire, avec la fermeture temporaire de la clinique chirurgicale, Lucie Michaud a été mobilisée au service des urgences adultes et en réanimation médicale. « Cette période a été pour moi particulièrement éprouvante et intense. Après cette expérience intense et éprouvante, j’ai ressenti le besoin de souffler sans pour autant rompre le lien avec les patients. Ceux-ci nous apportent tellement au quotidien », précise-t-elle. Elle choisit alors le service de brancardage, dirigé par Rémy Campin, un poste qui lui permet de rester en contact avec les patients tout en prenant du recul sur les soins directs.

Ce besoin de se dépasser et de se consacrer à de nouveaux défis, Lucie Michaud le ressent également dans sa vie personnelle, notamment dans le sport. Elle pratique la course à pied depuis plus de 23 ans. « C’est après la naissance de ma première fille que j’ai commencé la course à pied, et depuis, je n’ai plus jamais arrêté, explique-t-elle. Courir m’aide à évacuer le stress, à maintenir une bonne condition physique et surtout, à puiser de l’énergie. Rien ne vaut cette sensation de bien-être après l’effort. » Après avoir couru seule pendant des années, elle a intégré le club de course à pied de Lusignan, le MACC. « Nous faisons beaucoup de courses ensemble. Nous partons entre coureurs le week-end pour participer à des épreuves. Il y a vraiment un esprit d’équipe au sein du club. On se soutient tout en se challengeant », explique-t-elle. Elle a participé à des marathons et des trails. C’est justement lors du Trail du Miosson de Saint-Benoît, qui a eu lieu le 26 janvier, qu’elle a vécu une expérience qu’elle n’est pas prête d’oublier : elle a sauvé la vie d’un coureur grâce à une intervention rapide et les bons gestes.

Et pourtant, Lucie Michaud ne devait pas être présente sur le trail de Saint-Benoît. Elle devait se rendre à Paris. Mais une erreur de date et un dossard cédé par une amie blessée l’ont finalement menée sur la ligne de départ. « Je ne me suis pas placée sur la ligne de front, comme d’habitude. Je n’avais pas d’objectif, juste l’envie de courir sans pression. Au départ, nous formions un petit groupe, puis nous nous sommes retrouvés à deux. Le coureur me dépassait, je le rattrapais, et nous échangions des encouragements », se souvient-elle. Mais à un kilomètre de l’arrivée, tout bascule. « En sortant des bois, il s’est effondré devant moi ».  Sans hésiter, Lucie Michaud réagit. Elle met l’homme sur le dos pour vérifier s’il faisait un malaise vagal, une crise d’épilepsie ou une convulsion. « J’ai vite réalisé qu’il ne respirait pas correctement. Il respirait avec le ventre et non avec les poumons, ce qui peut être le signe d’un arrêt cardiaque. J’avais déjà vu un patient respirer de la même façon ». Elle commence immédiatement les massages cardiaques. Ce n’était pas la première fois que Lucie Michaud réalisait un massage cardiaque. Elle l’avait déjà fait il y a plus de 20 ans, sur une personne âgée de 75 ans, alors qu’elle avait une vingtaine d’années. « Pratiquer des massages cardiaques, c’est quelque chose qu’on apprend en tant que professionnel hospitalier. On voit ces gestes être réalisés ou on peut être amené à les faire dans un hôpital, où on a rapidement l’aide de médecins ou de personnes plus expérimentées. Mais le faire à l’extérieur, c’est une autre chose », explique-t-elle. Elle est rapidement rejointe par un autre coureur, ancien infirmier anesthésiste du CHU, puis par une infirmière de la réanimation médicale du CHU également. Ensemble, ils se relaient pour masser la victime en continu. « Ce n’était pas facile, car nous venions de courir près de 15 km. Mais ce type de situation donne une énergie folle », confie-t-elle. D’autres coureurs appellent le SAMU, tandis que les secouristes de la Croix-Rouge, présents sur le parcours, arrivent au bout de 10 minutes avec un défibrillateur. Grâce à leur intervention, le patient reprend conscience et est transféré par le SAMU au CHU de Poitiers. Lucie Michaud n’a pas pu terminer la course. L’expérience a été si intense qu’elle a pleuré pour évacuer tout ce qu’elle ressentait. « J’avais besoin de lâcher prise », confie-t-elle.

Dès son retour au CHU, le lundi matin, Lucie Michaud s’est rendue en cardiologie pour prendre de ses nouvelles. Elle a pu échanger avec la victime, un homme sportif et ancien footballeur professionnel âgé de moins de 50 ans. « C’était ma priorité de la journée. Tout le dimanche, je n’avais pensé qu’à ça. J’ai embauché à 10 h et je suis allée le voir tout de suite. Ça m’a fait un bien fou de le voir en bonne santé ».

Lucie Michaud a du mal à réaliser qu’elle a sauvé une vie. « J’aurais eu surtout du mal à réaliser si ça s’était mal terminé. Avoir ce genre de réflexe est une priorité dans les métiers du soin. Il faut avoir les bonnes réactions, les bons gestes. Quoi qu’il en soit, lorsque l’on se trouve face à telle situation et que l’on ne maitrise pas les premiers secours, il faut essayer, toujours essayer », insiste-t-elle. Elle souligne surtout qu’elle n’aurait rien pu faire sans l’intervention des autres coureurs.