Au CHU de Poitiers, la biopsie testiculaire redonne espoir aux couples qui font face à l’infertilité masculine. Explications sur cette intervention et son déroulement avec le Dr Mikael Abi Abdallah, urologue spécialisé en andrologie, et le Dr Clémence Gachet, biologiste.
Un parcours de soin pluridisciplinaire
L’infertilité masculine est une réalité complexe, souvent multiforme. Sa prise en charge concerne de nombreux services et spécialités : urologie, endocrinologie, biologie, gynécologie, psychologie, sexologie.
Les patients sont d’abord pris en charge par le service de médecine de la reproduction. Un bilan complet – biologique, génétique, échographique – est réalisé pour en identifier la cause. Si aucun spermatozoïde n’est détecté dans les recueils, le dossier est présenté en staff d’urologie afin d’évaluer la possibilité d’une biopsie testiculaire.
Au CHU de Poitiers, l’activité de biopsie testiculaire avait été autorisée par l’Agence régionale de santé en 2016, mais suite au départ du chirurgien spécialiste en 2021, elle avait été arrêtée. « On adressait nos patients à des centres voisins, comme au CHU de Tours, au CH de La Rochelle, ou encore au CHU de Bordeaux », explique le Dr Gachet.
Avec l’arrivée du Dr Abi Abdallah, urologue spécialisé en andrologie, l’activité de biopsie testiculaire a pu reprendre. « C’est vraiment une chance », souligne le Dr Gachet. « En plus de la simplification logistique d’effectuer les prélèvements sur place, il est plus confortable de travailler sur des prélèvements que l’on a sélectionnés nous-mêmes », précise-t-elle.
L’âge maximal pour bénéficier de cette prise en charge est déterminé par l’âge de réutilisation des spermatozoïdes par la suite, qui est de 60 ans pour un homme, avec une partenaire d’un âge maximum de 43 ans.
La biopsie testiculaire : comment ça marche ?
« C’est une opération à la fois diagnostique et thérapeutique », explique le Dr Abi Abdallah. « Nous cherchons une cause à l’infertilité, et si des spermatozoïdes sont présents dans la biopsie, nous les conservons pour une utilisation future en PMA. »
Le chirurgien prélève un fragment de tissu testiculaire pour y rechercher des spermatozoïdes. Le biologiste est également présent en salle d’opération : il analyse le prélèvement en direct et détermine si des spermatozoïdes sont présents. « Une petite partie du prélèvement est examinée immédiatement afin de guider le chirurgien sur d’autres prélèvements, une autre est transportée puis examinée au laboratoire afin de permettre une conservation s’il est retrouvé des spermatozoïdes », précise le Dr Clémence Gachet, biologiste.
Si des spermatozoïdes sont trouvés, ils sont congelés dans l’heure qui suit. Ils sont conditionnés dans des paillettes plongées dans l’azote liquide, et stockés au CHU. « C’est un vrai travail d’équipe entre le chirurgien et le biologiste », souligne le Dr Gachet.


En cas d’absence de spermatozoïdes, d’autres prélèvements peuvent être réalisés, sur le même testicule ou sur le second. La technique micro-TESE peut également être utilisée. « C’est une technique plus précise et ciblée, mais qui nécessite une incision plus large », précise le Dr Abi Abdallah. Elle permet de repérer sous microscope les zones les plus actives et d’éviter les prélèvements « au hasard ». Elle conduit donc à extraire une quantité moindre de tissu testiculaire et entraîne, dans la majorité des cas, moins de risques de complications profondes, notamment sur le plan endocrinien ou de l’atrophie testiculaire. Les complications de type douleur ou hématome peuvent en revanche être moins importantes, similaires, voire légèrement plus fréquentes qu’avec une biopsie classique, en fonction de l’expérience du chirurgien. « Globalement, la micro-TESE est considérée comme une approche plus protectrice, grâce à sa précision », explique le Dr Abi Abdallah.
Quels résultats peut-on espérer ?
Dans le cas d’une cause obstructive d’infertilité, la biopsie testiculaire offre un taux de réussite très important, supérieur à 90 %.
Dans les autres cas, le taux de réussite se situe entre 30 et 60 %, soit environ un cas sur deux. « Il n’existe pour le moment pas de marqueurs prédictifs pour anticiper le succès ou l’échec de la biopsie dans les cas non obstructifs », regrette le Dr Abi Abdallah. « Cela pourrait constituer une piste de recherche future ».
Il subsiste donc un risque important de ne pas trouver de spermatozoïdes. « C’est une opération qui donne beaucoup d’espoir aux couples, mais il faut qu’ils soient conscients des risques d’échec », met en garde le Dr Abi Abdallah.
Et si aucun spermatozoïde n’est trouvé ?
Si aucun spermatozoïde n’est trouvé lors de la biopsie, des solutions existent pour les couples qui souhaitent avoir un enfant, comme la procréation via un don de sperme ou encore l’adoption.
L’accompagnement psychologique est très important, que ce soit dans le cadre de cette intervention, ou plus largement dans le parcours de PMA. « Les couples suivis au CHU de Poitiers peuvent bénéficier de l’accompagnement d’une psychologue, à la demande », explique le Dr Gachet.
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