Infirmière à la permanence d’accès aux soins de santé (PASS), Charlène Berger s’est lancée un défi de taille au mois de mai : l’ascension du Djebel Toubkal, le point culminant du Haut Atlas et de l’Afrique du Nord. Elle nous raconte cette expérience sportive au profit de l’association 7 Sommets contre la maladie.
À 35 ans, Charlène Berger, toujours en quête de défis sportifs, a choisi de gravir le Djebel Toubkal, dans les montagnes de l’Atlas, avec une altitude de 4 167 mètres. Elle réussit à entraîner dans l’aventure deux de ses amies les plus proches : Marion Drouhault et Caroline Motillon.
Anciennes collègues devenues amies, Charlène et Marion ont respectivement commencé leur carrière au CHU de Poitiers en 2012 et 2013. Après avoir exercé dans plusieurs services, Charlène a intégré il y a trois ans la PASS. Son parcours en médecine interne, maladies infectieuses et pneumologie a renforcé son engagement auprès des patients les plus vulnérables. Marion, quant à elle, a rejoint le service des urgences en 2016, après son passage en pneumologie. Elles ont été rejointes par Caroline, une amie de lycée de Charlène, également issue du milieu paramédical, où elle exerce en tant qu’assistante dentaire.
Les trois amies ont souhaité associer cette aventure sportive à une démarche solidaire. « En tant que professionnelles de santé, nous portons de vraies valeurs humaines », explique-t-elle. « C’est pourquoi nous avons décidé de mettre notre énergie au service d’une association. » Leur choix s’est porté sur 7 sommets contre la maladie, qui accompagne les enfants dont un parent est atteint de cancer. Avec une antenne à Poitiers, l’association est l’un des partenaires du pôle régional de cancérologie du CHU de Poitiers.
« Ce projet nous a particulièrement touchées, car il lie dépassement sportif et engagement solidaire, deux valeurs qui nous tiennent à cœur. Par le biais de notre projet sportif, nous allions pouvoir mettre en lumière les missions de l’association », précise Charlène Berger. Pour récolter des fonds pour l’association, elles ont organisé, avec l’aide de leurs proches, plusieurs événements : un loto, un match de football solidaire, et ont présenté leur projet lors de la Gamers Assembly en Avril.
Passionnée de course à pied et de randonnée, Charlène Berger s’est préparée avec sérieux pour ce défi. « Je cours régulièrement, mais j’ai vraiment intensifié mes entraînements pour pouvoir affronter l’altitude et partir dans de bonnes conditions ».
Pour gravir le Djebel Toubkal, les trois amies – accompagnées d’un couple de randonneurs néerlandais – ont été guidées par un professionnel, rejoint à Marrakech. Après un trajet d’1h30 en voiture vers le Haut Atlas, leur aventure a véritablement débuté à Imlil, village de départ de l’ascension.
« Le parcours nous a menées à travers plusieurs villages berbères, sur des sentiers escarpés et caillouteux, explique Charlène Berger. Nous croisions d’autres grimpeurs redescendant, avec des mules parfois, sur des chemins étroits. Une pause déjeuner au pied d’une cascade a marqué une étape rafraîchissante, bienvenue sous la chaleur accablante des premiers kilomètres. »
Au fur et à mesure de l’ascension, le froid s’est intensifié, accompagné d’un vent glacé et de sentiers enneigés. Le groupe a finalement atteint le refuge, situé à 2 700 mètres d’altitude, aux alentours de 17 heures. « Cette journée nous a paru sans fin, raconte Charlène Berger. Nous étions épuisées. Nous avons dîné très tôt, car le départ pour la suite de l’ascension était prévu à 2h30 du matin. »
Après une longue préparation au cours de laquelle elles ont été équipées de crampons, de piolets et de casques, elles ont entamé la dernière partie de l’ascension, guidées par leur accompagnateur. « Nous progressions en file indienne dans l’obscurité, chacune avec une lampe frontale fixée à son casque, raconte Charlène Berger. Nous avions laissé nos sacs au refuge. La pente était si raide que nous devions avancer en lacets. Nous multipliions les pauses, notamment pour grignoter des graines ou des fruits secs, sur les conseils insistants de notre guide. »
Pour les trois amies, le défi était double : affronter une montée abrupte et composer avec le manque d’oxygène dû à l’altitude, le tout sous des températures polaires de -5 °C.
Après trois heures d’efforts intenses, le groupe a enfin atteint le sommet, juste à temps pour assister au lever du soleil. « En y parvenant, j’étais émue, confie Charlène Berger. Je me suis dit : “J’y suis, j’ai réussi.” Et puis, il y avait ce soleil qui se levait… C’était d’une beauté à couper le souffle, un spectacle grandiose. Une émotion unique, la plus forte que je n’aie jamais éprouvée. Ça valait vraiment tous les efforts. Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est d’être là, avec mes meilleures amies, pour vivre ce moment ensemble. »
La descente s’est révélée tout aussi éprouvante. « On aurait pu imaginer que redescendre serait plus simple et plus rapide, mais ce ne fut pas le cas, raconte Charlène Berger. Nous sommes tombées plusieurs fois. Il fallait constamment freiner notre allure, mais la fatigue était telle que nous en étions incapables. »
C’est pourtant en regagnant Imlil que les trois amies ont pleinement mesuré l’ampleur de leur exploit. De retour à Marrakech, les trois amies se sont offert trois jours de récupération, entre repos, visites, séances de hammam et bons repas, tout en supportant les courbatures de leur aventure.
« J’ai une immense fierté d’avoir relevé ce défi pour mes 35 ans, déclare Charlène. Surtout que ce projet nous correspondait parfaitement : il alliait dépassement sportif, engagement solidaire et valeurs humaines. Ce fut une expérience inoubliable, riche en rencontres inspirantes. Nous avons bénéficié d’un soutien sans faille de la part de nos familles, de nos proches et même de nos responsables. »
Et déjà, elle envisage de nouveaux défis sportifs, toujours au service d’une cause associative.




