Partir dans certains pays étrangers impose d’être à jour des vaccinations obligatoires et recommandées en France, car dans certains d’entre eux, les risques d’exposition à des maladies infectieuses sont très élevés. Depuis plus d’un an, le service des maladies infectieuses et tropicales du CHU de Poitiers propose une consultation infirmière en médecine de voyage assurée par Esther Thomas. Celle-ci nous explique tout.
Une réponse à un besoin croissant
Esther Thomas a intégré le CHU de Poitiers il y a plus de 15 ans. Elle a exercé essentiellement au sein du service des maladies infectieuses et tropicales, dont le chef est le Pr Gwenaël Le Moal. « J’ai découvert cette spécialité qui m’a énormément plu et pour laquelle je me suis passionnée. Je trouve que c’est une spécialité très polyvalente. On est amené à faire tout un éventail de soins. C’est pour cette raison que je travaille encore dans ce service après tant d’années », précise Esther Thomas. Fortement mobilisée lors de la crise sanitaire liée à la covid-19, elle a une solide expérience dans le domaine de la vaccination. Il y a trois ans, Natacha Hays, cadre supérieure de santé du pôle médipool, qui comprend le service des maladies infectieuses, lui a proposé de prendre en charge une consultation infirmière en médecine de voyage. Cette mission de santé publique, rattachée au service des maladies infectieuses, est normalement assurée par des médecins infectiologues. Depuis la crise sanitaire liée à la covid-19, qui a fortement impacté l’activité du service, l’offre ne répond plus aux besoins de la population. L’objectif de la création de cette consultation était de maintenir une offre de soins en médecine du voyage en proposant une alternative pour pallier le manque d’effectifs. « Mettre en place cette offre de soins était pour moi un défi intéressant à relever. Comme je répondais aux critères nécessaires pour assurer ces missions – ancienneté, expérience en maladies infectieuses et tropicales, et en vaccination – je me suis lancée. J’ai complété mes connaissances en obtenant un diplôme interuniversitaire de médecine de voyage à la faculté de médecine de Paris », explique Esther Thomas. La mise en œuvre de la consultation repose sur un protocole de coopération nationale. Ce dispositif, autorisé par arrêté ministériel, permet de transférer des activités ou des actes de soins à visée préventive, diagnostique ou thérapeutique d’un professionnel de santé délégant, le médecin, à un professionnel de santé paramédical, l’infirmière. Depuis décembre 2023, Esther Thomas consacre donc une partie de son activité, une demi-journée par semaine, à des consultations de voyage. Les patients ayant des antécédents sont pris en charge par un médecin. « Avec près d’un an de recul, nous nous rendons compte que ces consultations répondent à un besoin en constante augmentation de la population ».
Des conseils personnalisés pour chaque voyageur
Esther Thomas accueille en consultation des patients qui ont prévu de partir à l’étranger. Durant cette visite, elle fournit des recommandations sur les vaccinations nécessaires ou recommandées selon le pays de destination. Elle s’assure du statut vaccinal du patient et, s’il n’est pas à jour, elle prescrit et réalise des vaccinations. Si certaines situations le nécessitent, elle peut prescrire une sérologie pour une indication vaccinale. Elle peut être amenée à prescrire des médicaments à visée prophylactique destinés à éviter le développement de maladies. Elle donne également des conseils de prévention hygiéno-diététiques et de protection personnelle antivectorielle. « Sur une journée de travail, je peux recevoir jusqu’à 14 patients. Leurs profils sont très différents et dépendent des périodes : des personnes qui retournent chez elles pendant les vacances, des personnes qui partent en pèlerinage, des jeunes qui partent en road-trip, des touristes français qui partent découvrir d’autres pays. Les destinations sont également différentes. Mon rôle est de fournir aux patients des conseils individualisés, d’être au plus près de leurs besoins. Je fais bien évidemment la différence entre ce qui est obligatoire et ce qui est vivement conseillé ».
Chaque consultation dure environ trente minutes, temps nécessaire pour une consultation complète. Si, dans ses missions, elle doit alerter les futurs voyageurs sur les risques infectieux, Esther précise qu’elle ne doit en aucun cas les démotiver à partir.
La consultation infirmière en médecine de voyage est l’exemple parfait d’une collaboration médicale/paramédicale mise en œuvre au profit de la population, favorisant une prise en charge plus fluide et avec des délais plus courts. Elle dégage du temps médical pour les consultations plus complexes. L’infirmière s’y révèle un acteur essentiel dans la prévention des maladies infectieuses, mais également dans la gestion des risques liés à des conditions environnementales variées. Le protocole de coopération permet de valoriser le métier d’infirmier. « Je trouve que c’est très valorisant et enrichissant. J’assure seule mes consultations, mon planning. Cela m’offre une certaine liberté et une grande autonomie, même si je fais part aux médecins de chacune de mes décisions ».