Un parcours de l’odorat multidisciplinaire au CHU de Poitiers

Anosmie

La crise sanitaire liée à la covid-19 a mis en lumière un trouble sensoriel souvent négligé : la perte de l'odorat. Affectant environ 5 % de la population française, ce trouble peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie. Le service d'ORL et de chirurgie cervico-faciale du CHU de Poitiers a développé une prise en charge pluridisciplinaire pour cette pathologie.

Parcours odorat : une prise en charge multidisciplinaire

L’un des symptômes emblématiques de la covid, la perte de l’odorat était jusque-là peu connue, sous-diagnostiquée et rarement traitée. Pourtant, l’odorat est un sens omniprésent dans la vie quotidienne.  Il est indispensable pour détecter la saveur des aliments mais aussi pour identifier les aliments avariés ou des odeurs nocives comme la fumée. Il est lié au plaisir et au souvenir. Les troubles de l’odorat peuvent ainsi entraîner des conséquences psychologiques et sociales importantes.

Depuis quelques mois, le service d’ORL et chirurgie cervico-faciale propose un parcours de l’odorat qui repose sur l’étroite collaboration entre les médecins ORL et une orthophoniste, Louise Duret qui s’est spécialement formée pour cela. « Il s’agit d’une prise en charge globale et multidisciplinaire parce que la perte de l’odorat nécessite une approche coordonnée. Les établissements offrant ce type de parcours sont rares, et nous accueillons des patients de toute la région », expliquent le Pr Xavier Dufour et le Dr Florent Carsuzaa, médecin ORL.

1er étape : bilan olfactométrique et auto-rééducation

Le patient pour lequel une perte de l’odorat a été diagnostiquée et bilantée par un ORL libéral ou hospitalier peut être adressé au service d’ORL et chirurgie cervico-faciale du CHU de Poitiers. Il sera reçu pour une première consultation durant laquelle un médecin ORL réalisera un examen olfactométrique. « C’est un examen de trois quart d’heure visant à évaluer les différents mécanismes de l’odorat et à identifier l’origine du trouble : problème de pénétration des odeurs, de transmission de l’information ou d’intégration neurologique. Basé sur une série de tests, il permet de mesurer le seuil minimal de perception des odeurs », précise le Dr Florent Carsuzaa. Au terme de ce bilan, le spécialiste propose au patient une auto-rééducation basée sur des exercices à faire quotidiennement à la maison. Le patient revient ensuite pour évaluer les effets de la rééducation. Si elle n’a pas donné de résultats, le patient peut se voir proposer une prise en charge orthophonique.

2e étape : rééducation orthophonique adaptée

Assurée par Louise Duret, la prise en charge orthophonique commence par un bilan. L’orthophoniste évalue le niveau de perte de l’odorat du patient.

Lors de cette évaluation, les deux voies de l’odorat sont testées :  la voie ortho-nasale qui correspond au parcours des molécules odorantes de la narine vers l’épithélium olfactif et la voie rétro-nasale qui associe une sensation olfactive aux sensations gustatives. Ces deux voies peuvent être atteintes isolément ou conjointement.

L’orthophoniste analyse ainsi les aspects quantitatifs et qualitatifs de l’odorat, et dresse un portrait olfactif du patient pour mieux comprendre ses habitudes et les difficultés rencontrées. Grâce à ce portrait, Louise Duret organise des exercices spécifiques et adaptés à chaque patient qu’elle va recevoir en séance une fois par semaine pendant trois mois. « C’est une rééducation assez complète qui associe travail des odeurs et imagerie mentale. Nous travaillons sur différents aspects de l’odorat. J’utilise différentes techniques que le patient ne peut pas reproduire seul. 

Louise Duret travaille en tant qu’orthophoniste au CHU de Poitiers depuis plus de 15 ans. Une part importante de son activité concerne l’accompagnement des patients en cancérologie ORL. Elle travaille également dans le domaine de la surdité avec les patients portant des implants cochléaires ou dans les cas de paralysie faciale. « J’apprécie la variété de mes missions aussi j’ai accepté d’intégrer le parcours odorat pour lequel je me suis formée. Mon métier d’orthophoniste se renouvelle sans cesse et j’intègre maintenant l’utilisation des odeurs dans d’autres types de rééducations ».