Désigné par un terme qui peut paraitre de prime abord rebutant, la traction orthopédique est un traitement de chirurgie orthopédique pratiqué au sein du CHU de Poitiers. Acte exigeant, elle repose sur l’utilisation d’équipements spécialisés et une surveillance rigoureuse, rendues possibles grâce à une collaboration étroite entre les différents professionnels de santé et à la transmission des savoirs.
Une coordination médico-soignante rigoureuse
La traction est une technique orthopédique utilisée pour réduire et maintenir les fractures et les luxations dans l’alignement anatomique des membres. Son application peut être temporaire pour soulager la douleur, stabiliser la lésion et décompresser les tissus. Dans d’autres situations, elle est maintenue à long terme. Au CHU de Poitiers, bien que moins fréquente qu’autrefois, elle demeure un système de traitement ou d’immobilisation pratiquée dans la majorité des cas par le service de chirurgie orthopédique. Cette procédure, faite sur prescription médicale, consiste à tracter un membre ou un segment de membre à l’aide d’un cadre de lit spécialisé comportant des poulies et un système de poids. « Elle est essentiellement mise en œuvre lorsque cela concerne le fémur ou la ceinture pelvienne, qui sont des segments de membres que l’on va avoir du mal à immobiliser par un plâtre ou une attelle », précise le Dr Louis Poirier, chirurgien orthopédique et référent traction au CHU de Poitiers. La traction orthopédique est mise en œuvre de deux manières. Pour une utilisation provisoire et de faible intensité, elle peut être collée directement sur la peau. Cependant, elle est généralement réalisée à l’aide d’une broche trans-osseuse insérée chirurgicalement en bloc opératoire située, selon les indications dans le fémur, le tibia ou le calcanéum.
La mise en œuvre et la surveillance des tractions reposent sur une grande coordination entre les équipes médicales et paramédicales du service de chirurgie orthopédique, et ce dès le bloc opératoire. « Les chirurgiens posent la broche au bloc opératoire. Souvent, les patients arrivent au bloc sur un brancard en provenance des urgences et sont, après l’intervention, transférés dans les chambres sur un lit tracté préparé en amont par l’équipe paramédicale. Quelle qu’elle soit, la traction fait l’objet d’une surveillance continue pour contrôler son efficacité, le confort du patient et l’absence de complications. Nous faisons cette réévaluation lors de nos visites chez les patients. Mais la surveillance, devant être constante, nous pouvons compter sur l’équipe paramédicale pour préparer les équipements, évaluer la situation et procéder à des ajustements si nécessaire », insiste le Dr Louis Poirier.
Des référents pour transmettre un savoir-faire
Pour garantir une surveillance continue et optimale des patients sous traction, il est essentiel que l’ensemble de l’équipe paramédicale maîtrise cette technique. C’est pourquoi le service de chirurgie orthopédique a désigné en son sein quatre référentes en traction, toutes aides-soignantes et dotées d’une solide expérience : Amandine Bouquet, Orlane Norguet, Laëtitia Toudani et Laura Fausta. Comme l’explique Maryse Dancla, cadre de santé du service, « il n’existe pas de formation institutionnelle dans ce domaine, aussi l’apprentissage se fait-il directement sur le terrain, sous la supervision des professionnels les plus expérimentés. Ces quatre référentes ont pour mission de transmettre leur savoir-faire aux nouveaux collègues, en leur enseignant les bonnes pratiques, les dernières indications, ainsi que les méthodes de montage des équipements et de surveillance des patients, une étape cruciale pour assurer leur sécurité et leur confort ». Le Dr Louis Poirier souligne quant à lui l’importance de préserver cette expertise, malgré la diminution de la pratique due aux avancées chirurgicales : « Même si les techniques modernes réduisent le recours à la traction, celle-ci reste une spécialité clé de notre service. Le partage des connaissances entre nous est donc indispensable pour maintenir un haut niveau de compétence et de qualité des soins ».
Les référentes expriment leur enthousiasme à l’idée de partager leur savoir avec leurs collègues. « Lorsque nous avons débuté, nous étions ravis d’être guidées par nos aînés, explique-t-elle. Ces procédures, bien que complexes, sont aujourd’hui plus accessibles qu’autrefois. Pourtant, c’est en pratiquant qu’on les maîtrise vraiment, pas à pas. Transmettre ce que nous avons appris est essentiel pour nous : cela permet à nos collègues de gagner en confiance, d’autant que cette technique peut impressionner au départ ».
Des ateliers dédiés à la traction orthopédique, destinés à l’ensemble des professionnels du service de chirurgie orthopédique — médecins, infirmiers, aides-soignantes et kinésithérapeutes — se sont tenus sur deux journées en octobre. Encadrés par le Dr Poirier et les quatre référentes en traction, ces sessions visaient à former les nouveaux arrivants et à actualiser les connaissances de chacun. Quarante participants ont assisté à l’un ou l’autre de ces deux jours de formation. « Nous prévoyons d’organiser ces ateliers tous les six mois, afin de maintenir une équipe opérationnelle sept jours sur sept, explique Maryse Dancla. Cette régularité est indispensable pour garantir la continuité et la qualité des soins. Au-delà de la transmission des savoirs, ces moments renforcent également la cohésion au sein des équipes médico-soignantes. »

