Si, au CHU de Poitiers, la surveillance centralisée est présente depuis plusieurs années dans les services assurant la prise en charge de patients en état critique tels que les urgences, les réanimations ou bien encore les soins intensifs, elle se déploie peu à peu dans d’autres secteurs de soins « en mode connecté ».
Les services de soins critiques disposent de technologies de pointe pour explorer l’état des patients, assurer le maintien de leurs fonctions vitales et surveiller en continu leurs paramètres vitaux, comme l’électrocardiogramme, la saturation en oxygène, la tension artérielle et la température. Cette surveillance continue et centralisée est fondamentale pour garantir la sécurité et la qualité des soins, en permettant aux équipes de détecter rapidement tout problème, d’anticiper les complications potentielles et d’adapter au mieux le traitement.
Parce que des secteurs de soins classiques ont également besoin de surveiller les paramètres vitaux, le CHU de Poitiers a lancé, en 2022, et sous l’impulsion de la direction des ressources biomédicales, une phase de test pour un nouveau dispositif de surveillance connectée. Cette initiative s’explique par le fait que les technologies de surveillance actuellement en place ne satisfont pas pleinement tous les besoins des services. Les tests ont été menés au sein de trois services pilotes ayant des besoins de surveillance différents : ponctuelle ou continue. Il s’agissait de l’hôpital de jour d’allergologie, l’unité de chirurgie de courte durée et le service de cardio-gériatrie pour lesquels le système de surveillance en place alors se révélait contraignant.
Par exemple, à l’hôpital de jour d’allergologie, la surveillance continue des patients est essentielle lors des tests à risque de réactions sévères. Le système existant, basé sur des tensiomètres, présentait des lacunes. Les alarmes sonores étaient relayées dans une salle à proximité, sans distinction de patient ni indication de gravité. De plus, les infirmières consignaient manuellement les constantes toutes les 15 minutes pour un suivi comparatif, une tâche chronophage et sujette à erreur. De même, l’unité de chirurgie de courte durée faisait face à des contraintes importantes pour sa surveillance post-opératoire ponctuelle. Le personnel paramédical mesurait les constantes vitales (PNI/SpO2) et les notait sur papier avant de les saisir manuellement dans les dossiers numériques d’Hôpital Manager. Ce processus en plusieurs étapes générait non seulement une perte de temps, mais augmentait aussi significativement le risque d’erreurs de saisie.
Avant de sélectionner le dispositif, Aurélie Supiot, ingénieur biomédical et coordinatrice du projet, a défini les besoins spécifiques de chaque service en questionnant directement les professionnels qui seraient les futurs utilisateurs. L’enjeu était ensuite de trouver une solution unique et harmonisée capable de répondre à l’ensemble de ces besoins, facilitant ainsi l’intégration des données dans le dossier patient informatisé.
Le dispositif de surveillance choisi est un équipement compact connecté pour la surveillance continue à un smartphone. Il peut être fixe ou mobile et être adapté aux besoins de chaque service. A l’ hôpital de jour en allergologie, les alarmes du système fixe sont renvoyées vers le dispositif nomade. Cela permet d’alerter l’infirmière, où qu’elle se trouve dans le périmètre du service couvert par le WIFI, en lui indiquant précisément le patient et le paramètre vital concernés. Pour garantir une sécurité optimale, si aucune réponse n’est apportée dans les dix secondes, l’alarme est relayée au médecin présent, qui dispose du même type de dispositif nomade. De plus, à la fin de chaque surveillance, la solution génère et envoie un rapport au format PDF directement vers le dossier patient informatisé, éliminant la nécessité d’une retranscription manuelle et réduisant ainsi considérablement les risques d’erreurs de saisie. Le système produit également un historique détaillé pour suivre précisément l’évolution des paramètres vitaux de chaque patient. Pour l’unité de chirurgie de courte durée qui réalise des surveillances ponctuelles, le choix s’est porté sur la version mobile du dispositif, intégrant directement les différents instruments de mesure. Il transmet les données collectées vers une tablette fixée au chariot qui les intègre automatiquement dans le dossier patient informatisé.
La phase de test a clairement démontré l’intérêt majeur du dispositif de surveillance connecté. Il assure non seulement une prise en charge optimale et sécurisée pour les patients, mais améliore aussi les conditions de travail des équipes paramédicales. Le remplacement de la relève manuscrite et/ou saisie des données par un relevé fiable offre un gain de temps et évite les erreurs. Fabienne Boutin, infirmière à l’hôpital de jour en allergologie, qui a connu le précédent système de surveillance, témoigne des améliorations apportées dans leur quotidien : « le premier point concerne la sécurité du patient. Lorsque je perfuse un patient par exemple et qu’une alarme se déclenche, je peux voir aussitôt sur le dispositif nomade si elle nécessite une intervention immédiate. Si non, je peux terminer ce que je fais. Quoi qu’il en soit, chaque déclenchement d’alarme fait l’objet d’une vérification. Le système a fortement allégé la charge mentale liée à la surveillance continue des patients ». Xavier Godet, infirmier dans le service de cardio-gériatrie qui dispose du système depuis près d’un an et demi, partage cet avis : « Le système mesure automatiquement le pouls, la tension, la saturation et enregistre les données directement dans le dossier patient. Relever de façon manuscrite ces mesures et entrer les données nous prenait du temps, d’autant plus que nous pouvions potentiellement faire des erreurs ».