Regard médical : Dr Anne Bousseau

Laboratoire hygiène CHU Poitiers

Au CHU de Poitiers depuis plus de vingt ans, le docteur Anne Bousseau occupe deux fonctions différentes mais très liées : responsable du laboratoire d’hygiène hospitalière et microbiologie de l’environnement et membre de l’équipe opérationnelle d’hygiène (EOH), l’équipe de prévention du risque infectieux associé aux soins. Elle nous explique les spécificités de ses missions.

Présentez-nous votre parcours professionnel

Je me suis formée en grande partie à faculté de pharmacie de Poitiers. Parallèlement à mon diplôme de pharmacien, je me suis orientée vers mes futures missions d’hygiène hospitalière grâce à deux masters : l’un en gestion des risques en santé à la faculté de pharmacie d’Angers, l’autre en chimie et microbiologie de l’eau à l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs de Poitiers. J’ai également obtenu deux diplômes inter-universitaires : le premier en hygiène hospitalière, le second en statistiques/épidémiologie.  J’ai commencé à travailler au CHU de Poitiers en 2004 et j’ai toujours exercé au sein de plusieurs services : d’abord dans le laboratoire de parasitologie et mycologie médicale, le laboratoire d’hygiène hospitalière et l’EOH pendant cinq ans, puis dans le laboratoire de thérapie cellulaire, le laboratoire d’hygiène hospitalière et l’EOH pendant six ans, et enfin dans le laboratoire d’hygiène hospitalière et l’EOH.

Quelles sont vos fonctions ?

Aujourd’hui, j’occupe deux fonctions. J’exerce la moitié de mon temps au sein de l’équipe opérationnelle d’hygiène dirigée par le docteur Sarah Thévenot. Notre équipe est composée de maîtres de conférences-praticiens, de professeurs des universités-praticiens, de praticiens, d’internes, de cadre de santé et d’infirmières. Elle est en charge de la surveillance, la prévention et la gestion du risque infectieux associé aux soins au sein de l’établissement. Ces missions transversales nous amènent à travailler aussi bien avec les équipes de soins que les services techniques ou médico-techniques. Au sein de cette équipe, je suis plus particulièrement chargée du risque infectieux lié à l’environnement : surveillance et maitrise du risque infectieux lié à l’environnement, circuits, zones à environnement maîtrisé, travaux.

L’autre partie de mon temps, je suis responsable du laboratoire d’hygiène hospitalière, unité médicale rattachée au laboratoire de bactériologie dirigé par le professeur Christophe Burucoa. Notre laboratoire réalise les prélèvements et/ou les analyses d’eaux, d’air, de surfaces, de dispositifs médicaux tels que des endoscopes ou des générateurs de dialyse, de produits pharmaceutiques, de greffons, de laits maternels, conformément à la réglementation et aux recommandations nationales.

Ces deux activités sont très étroitement liées puisque l’équipe opérationnelle d’hygiène collabore au quotidien avec le laboratoire d’hygiène hospitalière. En effet, la plus grosse partie de l’activité du laboratoire correspond au programme de surveillance de l’environnement demandé par l’EOH.

Pourquoi vous êtes-vous orientée vers ces disciplines ?

Quand j’ai commencé mes études de pharmacie, je voulais déjà m’orienter vers une autre voie que l’officine. J’envisageais le domaine de la santé publique/épidémiologie ou de la microbiologie. Pendant mes stages d’externes au CHU, j’ai découvert l’hygiène hospitalière qui répondait à mes objectifs initiaux tout en ayant une application directe et concrète pour les patients hospitalisés. Lorsque j’étais externe au sein du laboratoire de parasitologie et mycologie médicale, j’ai pu travailler sur la microbiologique de l’environnement (parasitaire, fongique et bactériologique) en collaboration avec le laboratoire d’hygiène hospitalière alors dirigé par le docteur Olivier Castel. J’ai commencé mon travail de thèse sur les interactions entre les amibes libres et les légionelles dans les réseaux d’eau chaude sanitaire à cette période-là.

Votre position au sein de deux équipes n’est-elle pas charnière ?

Effectivement, je fais partie à la fois de l’équipe qui décide du programme de surveillance microbiologique de l’environnement (l’EOH), de l’équipe qui procède aux prélèvements et à leurs analyses (le laboratoire d’hygiène hospitalière) et de l’équipe en charge de déterminer les actions correctives à mener en cas de problèmes détectés grâce à ces analyses (l’EOH à nouveau). Je suis à la jonction des deux services. C’est une chance pour nous d’avoir un laboratoire interne et non pas un prestataire car nous gagnons beaucoup en réactivité et en adaptabilité.

Qu’est-ce qui vous plait dans vos métiers ?

Ce qui me plait, en premier lieu, c’est la multitude des missions et des interlocuteurs, qu’il s’agisse de mon activité au sein du laboratoire d’hygiène ou de mon activité au sein de l’équipe opérationnelle d’hygiène. Nous travaillons aussi bien avec les équipes paramédicales que médicales, d’entretien des locaux, médico-techniques (pharmacie, biomédical, laboratoires, techniques – plombiers, électriciens, travaux, cuisine, blanchisserie, etc., achats, qualité). Nous rencontrons des professionnels auprès desquels nous apprenons beaucoup. Nous travaillons ensemble pour rechercher des solutions en cas de problèmes, pour former les équipes, pour définir de nouvelles pratiques ou évaluer des pratiques existantes. Les sollicitations sont permanentes et tellement variées : c’est ce qui rend ces métiers transversaux passionnants.

Qui compose le laboratoire d’hygiène hospitalière ?

Concernant le personnel médical, nous bénéficions de l’appui du docteur Lauranne Broutin, biologiste au laboratoire de bactériologie à hauteur de 20 % de son temps, et du docteur Sarah Thévenot, responsable de l’équipe opérationnelle d’hygiène. Il y a quatre ans, nous avons obtenu la création d’un poste d’ingénieur en microbiologie de l’environnement. Depuis un an et demi, Marianne Cartailler occupe ce rôle essentiel pour le fonctionnement du laboratoire qui a une activité grandissante. Elle a aussi bien des missions d’organisation, de management, de qualité que de validation des résultats des analyses d’environnement. L’encadrement de l’équipe paramédicale est commun avec le laboratoire de bactériologie dont la cadre de santé est Sylvie Querrioux. Quatre techniciennes, à temps plein ou à temps partiel, effectuent les analyses et ponctuellement des prélèvements. Il s’agit de Brigitte Baron, Elodie David, Margaux Gervais et Clara Muse. Deux techniciennes à temps partiel, Valérie Brunet et Claire Menoret, et un aide-soignant à temps plein, Jérôme Rabier, effectuent les prélèvements d’environnement. Je pense que nous sommes l’un des seuls établissements de santé de France à faire appel à un aide-soignant pour la réalisation des prélèvements d’environnement. Le regard aide-soignant représente une véritable richesse pour cette activité qui nécessite une bonne connaissance du fonctionnement des services de soins et des règles d’hygiène.

Quelle est l’activité du laboratoire d’hygiène hospitalière ?

L’activité de notre laboratoire s’élève à plus de 15 000 prélèvements[1] et 38 000 analyses/an. En quinze ans, notre activité a augmenté de plus de 50% en suivant l’évolution de la règlementation et des recommandations en matière de surveillance de l’environnement, la construction de nouveaux bâtiments et la fusion avec de nouveaux sites (Lusignan, Montmorillon, Châtellerault et Loudun).

Notre demandeur principal est l’équipe opérationnelle d’hygiène. Les prélèvements et analyses suivent le programme de surveillance défini par l’EOH. Ce programme de surveillance de l’environnement est varié et concerne tous les services du CHU : eau utilisée pour les soins, eau à usage alimentaire, eau chaude sanitaire pour recherche de légionelles, air et surfaces dans les zones à environnement maitrisé tels que les blocs opératoires, l’hématologie, les réanimations, ou l’oncologie pédiatrique, dispositifs médicaux – endoscopes, générateurs de circulation extra-corporelle, fauteuils dentaires, etc.

D’autres services nous sollicitent également pour la réalisation de leur surveillance microbiologique, et pas uniquement environnementale : la pharmacie, aussi bien pour la surveillance de l’environnement de leurs salles blanches ou de l’activité de dialyse que pour les contrôles des produits pharmaceutiques qu’elle fabrique (collyres, nutritions parentérales, produits radiopharmaceutiques, etc.), le lactarium, aussi bien pour la surveillance de l’environnement que pour le contrôle des laits maternels, le laboratoire de thérapie cellulaire de l’établissement français du sang, aussi bien pour la surveillance de l’environnement que pour le contrôle des greffons de cellules souches hématopoïétiques, la cuisine et la blanchisserie du CHU pour la surveillance de l’environnement (eau, surfaces, linge), etc.

Nous procédons à une majorité des prélèvements d’environnement, mais certains prélèvements sont réalisés par les professionnels des services. Cela peut être lié à une organisation particulière comme à la blanchisserie ou la cuisine, ou parce-ce que ce type de prélèvements nécessite l’expertise des soignants comme les endoscopes, les générateurs de dialyse ou les générateurs de circulation extra-corporelle.

L’ensemble des analyses est réalisé par notre équipe de techniciennes au sein du 2e étage du bâtiment des urgences et de la biologie médicale.

Notre laboratoire a été le premier laboratoire du CHU à obtenir l’accréditation COFRAC en 2012 (norme ISO/IEC 17025), valorisant ainsi la compétence

[1] Un prélèvement peut donner lieu à plusieurs analyses.