Il y a vingt ans, le CHU de Poitiers mettait en place l’hospitalisation à domicile (HAD) avec une poignée d’infirmières et une capacité limitée à quinze patients par jour. Depuis, le service a connu une croissance importante, s’imposant désormais comme une activité de soins à part entière. Cette évolution consacre l’HAD comme un pilier essentiel de l’offre de santé du territoire. Le Dr Imane Saleh, cheffe de service, et Sylvain Aoustin, cadre du service, nous la font découvrir.
De débuts modestes à une structure essentielle
Le service d’hospitalisation à domicile du CHU de Poitiers a été lancé en 2006 avec uniquement une équipe d’infirmières et une autorisation pour la prise en charge de quinze patients. Il se concentrait sur des soins techniques comme les pansements, les antibiothérapies et les chimiothérapies. « Lorsque j’ai rejoint l’HAD en 2012 en tant que médecin coordonnateur, l’équipe s’était déjà étoffée et la capacité d’accueil avait augmenté pour atteindre 30 patients par jour, explique le Dr Imane Saleh, cheffe de service depuis 2019. À cette époque, le service nécessitait une présence médicale renforcée pour développer son activité, diversifier les prises en charge, assurer un suivi quotidien des patients, gérer les dossiers médicaux et organiser les admissions et les sorties tout au long de la semaine ».
Les fusions du CHU de Poitiers avec le site de Montmorillon, puis avec les sites de Châtellerault et de Loudun, ont constitué une étape importante dans l’évolution du service. Bien que les professionnels des services d’hospitalisation à domicile des trois sites soient restés en poste sur place, ils forment désormais une seule et même entité avec celui du site de la Milétrie. « Ces fusions successives ont permis d’harmoniser les pratiques sur l’ensemble des sites et d’étendre la zone d’intervention sur l’ensemble du département de la Vienne, élargissant ainsi l’accès aux soins pour les patients les plus éloignés ».
L’intégration, en 2018, d’aides-soignants dans l’équipe de l’HAD a marqué une avancée majeure dans l’organisation et le développement de l’offre de soins. « Avant leur arrivée, les infirmières assuraient à la fois les soins techniques et les soins de nursing, une double charge qui s’avérait particulièrement chronophage. Face à cette réalité, les services hospitaliers partenaires ont insisté sur la nécessité d’intégrer des aides-soignants à nos équipes. Cette évolution a marqué un tournant : en libérant les infirmières d’une partie de ces tâches, nous avons pu élargir notre capacité d’intervention et diversifier nos prises en charge, renforçant ainsi l’efficacité et la qualité de notre offre de soins à domicile », expliquent le Dr Imane Saleh et Sylvain Aoustin.
La mise en place d’une astreinte paramédicale en 2017 a également constitué un progrès significatif, permettant une prise en charge continue, y compris la nuit et le week-end. Les infirmières de l’HAD peuvent alors se déplacer à domicile (pompe qui sonne, mise en place des prescriptions anticipées, simple réassurance, etc.). Cette astreinte a notamment facilité le développement des soins palliatifs à domicile, offrant aux patients en fin de vie la possibilité de rester chez eux.
En 20 ans, l’HAD du CHU de Poitiers est devenue une structure dynamique, composée d’infirmières, aides-soignantes, de médecins, d’un pharmacien et d’un préparateur, mais aussi d’ergothérapeutes, d’une assistante sociale, de psychologues et d’un diététicien. Cette pluridisciplinarité permet de répondre à une grande variété de besoins en soins de patients de moins d’un an à plus de cent ans. Les prises en charge durent en moyenne trois semaines. Aujourd’hui, l’HAD prend en charge 80 patients environ par semaine répartis sur l’ensemble du département de la Vienne. Le service continue de développer ses missions puisqu’il a lancé début 2026 la mention hospitalisation à domicile-réadaptation. Un médecin de médecine physique et de réadaptation (MPR), des kinésithérapeutes, ergothérapeutes et APA PRECISER APA sont venus renforcés l’équipe d’HAD. Il proposera très prochainement une autre mention : l’hospitalisation à domicile ante et post-partum.
La qualité de l’organisation et des soins prodigués par l’HAD a été saluée lors de la dernière certification du CHU. Les experts, dont un médecin spécialiste de l’HAD, ont souligné l’efficacité du service et son respect des normes. « C’est une fierté pour toute l’équipe. Ce succès est le résultat d’un travail collectif rigoureux et engagé. Recevoir une telle reconnaissance, est extrêmement gratifiant et motivant ».
Une grande variété de prises en charge
L’hospitalisation à domicile permet aux patients de recevoir des soins médicaux complets et continus, y compris des soins techniques ou complexes, directement chez eux. Ce dispositif offre une prise en charge coordonnée dans le confort et la familiarité des domiciles. Elle est mise en place sur prescription médicale, que ce soit par le médecin traitant ou un médecin hospitalier, et après validation par le médecin coordonnateur de l’HAD. « 70 % des demandes qui nous parviennent émanent d’un service du CHU. Le reste provient de médecins traitants ou de médecins coordonnateurs d’EHPAD ».
L’hospitalisation à domicile couvre un large éventail de besoins médicaux : soins palliatifs, pansements complexes, traitements en intraveineux (antibiotiques, Ferinject, etc.), plus d’une dizaine de traitements contre le cancer (chimiothérapie et immunothérapie en per os, sous-cutané et intraveineux), nutrition artificielle, traitements de la douleur et/ou de l’anxiété en injectable, traitement post-chirurgicale, etc. Depuis 2007, elle intervient également en EHPAD. « La plupart de nos prises en charges en EHPAD concerne des soins palliatifs. Cette approche évite aux résidents en fin de vie des transferts hospitaliers souvent éprouvants dans un environnement inconnu. Elle leur permet de rester entourés d’une équipe (médecin traitant, médecin coordinateur et soignants d’EHPAD) qu’ils connaissent bien et qui les accompagne depuis des années, dans un cadre familier et rassurant ».
L’HAD est devenu un pilier essentiel du CHU de Poitiers notamment lorsque l’établissement est sous tension : elle permet d’éviter des hospitalisations et donc de libérer des lits ou de raccourcir des hospitalisations. Elle travaille en collaboration étroite avec la majorité des services du CHU de Poitiers y compris les urgences et le SAMU mais également des professionnels de santé libéraux et les médecins traitants des patients sans qui la mise en place de l’HAD ne serait pas possible.
Une coordination rigoureuse pour un accompagnement global
Avec soixante-quinze nouveaux patients pris en charge chaque semaine, l’un des défis majeurs de l’hospitalisation à domicile reste la coordination. D’autant que ses missions ne se limitent pas à la simple fourniture de traitements médicamenteux : elles incluent également l’ensemble du matériel nécessaire à la prise en charge du patient, qu’il s’agisse de dispositifs médicaux ou d’équipements hôteliers, un aspect souvent méconnu du grand public. Les infirmières coordinatrices, au nombre de sept, jouent un rôle central dans cette organisation. Quatre d’entre elles sont présentes chaque jour. Leur mission va bien au-delà de la gestion administrative : elles évaluent les situations, coordonnent les intervenants et veillent à ce que chaque patient reçoive les soins adaptés, dans les meilleures conditions possibles.
Chaque prise en charge commence par une évaluation globale du patient et de son environnement. « La prise en charge à domicile est différente de celle de l’hôpital. Il n’y a pas de personnel soignant présents 24h/24 près du patient . Il s’agit de mettre en place à domicile les équipements médicaux et hôteliers nécessaires. Nous devons donc nous assurer que le domicile soit adapté pour cela. Nous vérifions également que le patient puisse compter sur un aidant lorsque cela s’avère nécessaire. Il arrive que notre ergothérapeute se déplace sur place pour évaluer la faisabilité de la prise en charge. On ne peut pas soigner un patient sans comprendre son quotidien. L’HAD est une prise en charge globale, humaine et logistique », expliquent Béatrice Pelletier et Karen Gerby, infirmières coordinatrices, qui travaillent dans le service HAD depuis sa création. Cette première étape est cruciale, car elle permet d’anticiper les obstacles logistiques, tels que l’espace, l’accessibilité et la sécurité, et d’éviter des situations où le patient ne pourrait pas bénéficier des soins nécessaires à domicile. Les infirmières coordinatrices doivent également organiser les tournées et anticiper les besoins en matériel et en personnel.
Un staff pluridisciplinaire réunissant l’ensemble des professionnels du service animé par la cheffe de service, le Dr Imane Saleh, a lieu chaque jeudi pour évaluer les patients actuellement pris en charge en HAD, échanger sur les difficultés, organiser les fins de prise en charge en définissant les relais et pour acter la prise en charge de nouveaux patients.
Innovation : une démarche proactive
L’HAD du CHU de Poitiers ne cesse d’innover pour proposer de nouvelles prises en charge complexes aux patients de La Vienne. Le service a été l’un des premiers en France à mettre en place des drainages thoraciques à domicile grâce à des appareils MEDELA, une technique désormais reprise par d’autres structures. Il a développé la prise en charge des pneumothorax. Il a même remporté, en 2023, un « trophée de l’insuffisance cardiaque » crée par le conseil national professionnel cardiovasculaire pour l’injection de fer par voie intraveineuse à domicile. « Je suis vraiment très fière de l’équipe qui est très dynamique et impliquée dans les prises en charge. Elle est toujours motivée et notamment lorsqu’il est question de proposer de nouvelles offres de soin Chaque nouveau motif de prise en charge en HAD nécessite une préparation minutieuse. Cela passe par la rédaction d’un protocole de soins sur mesure, la formation de l’équipe ainsi que l’acquisition ou l’adaptation du matériel médical si nécessaire. Nous cherchons en permanence à développer de nouvelles offres de soins pour répondre au mieux aux besoins des patients. L’objectif et de leur permettre de bénéficier à domicile de soins habituellement réservés à l’hôpital », précise le Dr Imane Saleh.