Depuis deux ans, le CHU de Poitiers a engagé une démarche visant à créer des points d'attache dans chacun de ses pôles et sur ses sites de Montmorillon, Loudun, Lusignan et Châtellerault. Portée par la coordination générale des soins, cette initiative a conduit à la nomination de référents polaires, des professionnels de santé volontaires au sein d’un pôle, chargés de renforcer la recherche paramédicale au plus près des équipes.
La coordination de la recherche paramédicale est assurée par Guillaume Beaumatin et Guillaume Davy, sous la direction de Stéphane Michaud, coordonnateur général des soins. Tous deux exercent à temps partiel dans cette fonction, le reste de leur activité se déroulant respectivement au bloc opératoire et en unité de médecine vasculaire. C’est précisément de cette double appartenance qu’est né le projet.
Les coordonnateurs ont constaté que, malgré les enseignements dispensés dans l’ensemble des instituts de formation et les actions de communication menées, certaines catégories de professionnels restaient difficilement accessibles. Des déplacements sur le terrain effectués sur l’ensemble des sites l’année dernière n’ont pas suffi à produire l’impact attendu.
La mise en place de référents dans chaque pôle a pour but de répondre à cette difficulté. Il s’agit de disposer, dans chaque secteur, d’un visage connu, d’une personne ressource capable d’écouter, d’orienter et de communiquer les informations de la recherche paramédicale. Le dispositif, qui en est aujourd’hui à sa cinquième réunion, évolue depuis environ un an. Rien n’est encore figé, certains pôles ont déjà connu un changement de référent, certaines personnes ayant parfois constaté qu’elles ne parvenaient pas à s’intégrer pleinement dans la démarche. Ces ajustements sont considérés comme des galops d’essai faisant partie du fonctionnement normal du dispositif.
Les référents recherche paramédicale sont généralement deux par pôle. Il s’agit le plus souvent d’un duo cadres de santé et soignants qui se sont portés volontaires en raison de leur appétence pour la recherche paramédicale. Leurs niveaux d’expérience sont très variés. Certains sont déjà porteurs de projets, à l’image de Marion Saïd, Maud Brechet, Florian Nassiri, Pierre-Alexandre Berard, Hélène Kersuzan, Aurélie Girault ou de Romain Lecomte, qui ont répondu à des appels à projets. D’autres, comme par exemple Damien Proust, cadre de santé en gériatrie, s’intéressent à la recherche sans avoir encore porté de projet ni soumis d’idée, mais également au levier managérial que la recherche paramédicale apporte. Ce qui les réunit est cette sensibilité commune à la démarche de recherche.
Les référents se réunissent trois à quatre fois par an. Ces rencontres permettent de faire un point sur la recherche paramédicale, sur le dépôt des appels à projets et, surtout, sur les difficultés rencontrées par les soignants de terrain. À chaque réunion, deux pôles sont tirés au sort pour présenter les actions qu’ils ont mises en place et les obstacles qu’ils rencontrent. Cet échange s’est révélé particulièrement riche : des soignants exerçant dans le même service, sur des sites différents, prennent en charge les mêmes pathologies mais ne disposent pas des mêmes leviers. Les coordonnateurs, qui ne peuvent pas avoir ce regard de proximité, y trouvent un enseignement précieux.
Les réunions accueillent également des acteurs de la recherche de l’établissement, invités pour faire monter les référents en compétences. Violaine Goyeau est ainsi venue présenter le comité éthique et scientifique. Farid Guetarni, responsable des publications, est intervenu sur les enjeux de publication (SIGAPS). L’objectif de ces rencontres est de permettre à chaque référent de progresser, jusqu’à être capable de disséminer régulièrement ses savoirs auprès de l’ensemble des équipes.
Les référents recherche paramédicale ont déjà mis en place des réunions d’information, pour les professionnels déjà en poste et pour les nouveaux arrivants. Cette présence de proximité bénéficie également aux étudiants, dont certains échappent encore aux actions de communication menées par les coordonnateurs dans les instituts de formation. Le référent constitue désormais le premier point d’appui pour tout soignant se posant une question de recherche : il peut indiquer si une idée mérite d’être travaillée, puis orienter vers la coordination de la recherche paramédicale.
La démarche a déjà produit des résultats concrets. Des pôles, jusqu’alors difficiles à sensibiliser, ont connu un réel déclic depuis la mise en place du dispositif. De fortes potentialités de recherche y existaient, mais les coordonnateurs n’avaient pas réussi jusque-là à les atteindre.
Des difficultés demeurent, en particulier avec les sites extérieurs de Loudun, Lusignan et Châtellerault. Les référents de ces sites se déplacent sur leur temps de travail et l’organisation s’en trouve complexifiée. L’idée d’exporter la réunion des référents polaires sur le terrain, afin de sensibiliser un public plus large, est envisagée. Les coordonnateurs rappellent que la démarche est d’abord motivée par l’intérêt du patient, ainsi que par la reconnaissance professionnelle qu’elle peut procurer au niveau du service et de l’institution.
La demande adressée aux professionnels du CHU est simple : s’appuyer sur ces personnes ressources, qui disposent de moyens et de connaissances pour orienter correctement, et saisir les opportunités qu’offre l’établissement. Le champ des possibles de la recherche paramédicale au CHU de Poitiers reste, selon les coordonnateurs, immense et encore largement à conquérir.