Le raisonnement clinique au CHU de Poitiers : une démarche au cœur des soins

Raisonnement clinique

Au CHU de Poitiers, le raisonnement clinique est bien plus qu’une compétence : c’est un processus intellectuel qui allie savoir académique et expérience du terrain pour offrir des soins personnalisés, sécurisés et de qualité. Sophie Pajoux, cadre supérieur de santé en charge du projet « raisonnement clinique » depuis janvier 2025, nous éclaire sur cette démarche essentielle, son évolution, et son impact sur la pratique soignante.

Le raisonnement clinique est un processus qui combine les connaissances théoriques, l’expérience du professionnel, et le savoir expérientiel du patient. Il permet de prendre des décisions adaptées, pertinentes, et centrées sur le patient. Comme le souligne Sophie Pajoux, « c’est une démarche structurée qui devient un réflexe, mais qui doit être constamment réinterrogée pour garantir la qualité des soins ».

Il existe deux méthodes principales : l’approche hypothético-déductive, c’est-à-dire partir d’une observation pour formuler des hypothèses et les valider, et l’approche par anticipation, qui consiste à appliquer des protocoles préétablis, comme par exemple la prise en charge d’une personne âgée en période de canicule, tout en les adaptant au contexte spécifique du patient.

« Le raisonnement clinique, c’est l’art de concilier rigueur scientifique et humanité », résume Sophie Pajoux.

Historiquement, le raisonnement clinique s’appuyait sur des modèles comme les 14 besoins fondamentaux de Virginia Henderson. Aujourd’hui, le modèle trifocal (Tchou et Marchal) est privilégié : il classe les informations en pathologies, risques et complications, et réactions humaines, facilitant l’analyse et la planification des soins.

« Ce modèle permet de structurer les données et d’intégrer les capacités du patient, ce qui est crucial pour une prise en charge personnalisée », explique Sophie Pajoux.

L’interprofessionnalité et l’informatisation ont aussi transformé le raisonnement clinique. « On n’est plus dans une logique de silos, mais dans une collaboration où chaque professionnel apporte son expertise », souligne-t-elle.

Les chemins cliniques sont une expression concrète du raisonnement clinique partagé. Ils définissent, pour une pathologie donnée, les étapes de prise en charge optimale, en intégrant les recommandations scientifiques et l’expérience des équipes.

À la rentrée 2025, huit nouveaux chemins cliniques seront déployés, dont deux incluant l’expérience patient, portant le total à 33 au CHU de Poitiers.

Ces outils réduisent la variabilité des pratiques, améliorent la continuité des soins, et renforcent la coordination entre professionnels.

Un défi persiste, qui est l’intégration de ces chemins dans les dossiers patients informatisés, encore en cours d’adaptation.

Le raisonnement clinique moderne intègre pleinement le savoir expérientiel du patient. « Le patient n’est plus un simple bénéficiaire de soins, mais un acteur de sa prise en charge.  Son vécu, ses attentes, et ses compétences doivent être pris en compte pour adapter les soins », insiste Sophie Pajoux.

Des initiatives comme les formations de patients experts ou leur participation à la réécriture des parcours de soins illustrent cette approche.

Le raisonnement clinique s’enseigne dès la formation initiale, à travers les dix compétences pour les infirmiers et les cinq blocs de compétences pour les aides-soignants, les cas cliniques, la simulation, les retours d’expérience (CREX, RETEX), ainsi que le management par la clinique, qui renforce la posture réflexive des cadres de santé.

« La formation continue est essentielle pour ancrer cette démarche dans le quotidien », rappelle Sophie Pajoux.

Pour accompagner les professionnels, le CHU de Poitiers a créé une cellule méthodologique d’appui au raisonnement clinique partagé. Composée de cadres, d’infirmiers et d’aides-soignants, elle offre un soutien aux équipes dans la création et la révision des chemins cliniques.

L’objectif, pour ces cellules, est de démocratiser le raisonnement clinique et de le rendre visible dans la qualité des soins.

En conclusion, le raisonnement clinique est un levier de qualité, de sécurité, et d’humanisation des soins. Au CHU de Poitiers, il est au cœur du projet institutionnel, porté par des professionnels engagés. « C’est une démarche qui ne s’arrête jamais : elle s’enrichit de chaque expérience, de chaque innovation, et de chaque patient ».