Les services d’urgence du CHU de Poitiers ont accueilli, tout au long du mois d’avril, deux médecins arméniens, le Dr Vahé Harutyunyan et le Dr Meruzh Torosyan, respectivement cardiologue et infectiologue, dans le cadre d’une mission de coopération qui vise à améliorer la qualité des soins d’urgence dans la région Syunik en Arménie.
Un mois pour se former à la prise en charge d’urgence
Les deux médecins ont eu l’opportunité, au cours de leur séjour à Poitiers, de découvrir plusieurs unités du CHU, principalement dans les secteurs d’urgence. De la régulation au SMUR, en passant par les urgences, le Dr Harutyunyan et le Dr Torosyan ont découvert et observé les spécificités, françaises et poitevines, de la prise en charge d’urgences, qui diffère énormément de celle qu’ils connaissent en Arménie.
Si le Dr Tifenn Boisseau, médecin urgentiste porteuse du projet, leur avait expliqué en amont les principales différences entre l’Arménie et la France, « c’était difficile à imaginer », évoquent-ils. L’un des éléments qui les a particulièrement marqués, c’est le travail effectué par le service de régulation médicale qui permet plus d’efficacité et d’optimisation lors de la prise de charge. « Chez nous, les ambulances se déplacent à chaque appel. Le tri ne se fait qu’une fois sur place », expliquent-ils. Mais les différences ne s’arrêtent pas là. En effet, en Arménie, la spécialisation en médecine d’urgence n’existe pas et chaque médecin spécialiste est sollicité en fonction des besoins. « Il n’y a pas réellement de module concernant la médecine d’urgence dans le cursus de médecine arménien, il y a donc un réel besoin de formation sur le sujet », explique le Dr Boisseau.
Ce qu’ils retiendront particulièrement de leur séjour, c’est le travail d’équipe et le respect mutuel entre les différents professionnels. « En Arménie, la hiérarchie entre médecins et paramédicaux est beaucoup plus marquée. En France, les professionnels travaillent davantage sur un pied d’égalité », soulignent-ils.
Ils ont également découvert d’autres spécificités, comme les dispositifs de formation par la simulation ou la prise en charge des AVC. « Grâce à ce projet, nous avons emmagasiné de nouvelles connaissances que nous allons pouvoir apporter en Arménie », expliquent-ils. Des acquis particulièrement utiles dans leur région, en proie à une situation géopolitique instable et conflictuelle.
Une mission de coopération pour améliorer la qualité des soins
C’est sous l’impulsion du Dr Tifenn Boisseau que ce projet a pu voir le jour. « J’ai toujours voulu faire de l’humanitaire, c’est pour cela que je suis devenue urgentiste », explique-t-elle. En 2020, elle découvre l’Arménie, dont son conjoint est originaire. A partir de 2022, elle rejoint l’association Santé Arménie en tant que cheffe de projet du groupe de médecine d’urgence et commence à dispenser des formations sur place. C’est dans ce contexte qu’elle rencontre les équipes des urgences de Kapan et de Meghri auprès desquelles elle effectue régulièrement des missions de formation. En septembre 2024, elle associe sa collègue Sandra Testard, ambulancière au SMUR du CHU de Poitiers, à une nouvelle mission de formation, posant ainsi les premières pierres du projet de coopération.
C’est ensuite grâce au financement de la direction générale de l’offre de soins (DGOS) du ministère de la Santé, obtenu dans le cadre d’un appel à projets auquel la direction des coopérations internationales du CHU de Poitiers a répondu, l’immersion du Dr Harutyunyan et du Dr Torosyan a pu avoir lieu.
L’objectif général du projet est de former des professionnels de santé de la région Syunik à la médecine d’urgence, dans le but d’améliorer la qualité des soins apportés dans cette région isolée de l’Arménie, particulièrement exposée à la guerre.
L’association Santé Arménie a, dans un premier temps, mené une mission de repérage pour analyser les besoins sur place. Puis, les équipes arméniennes ont sélectionné des professionnels pour venir en France, ce qui n’a pas été sans difficulté. « Il y a d’abord la barrière de la langue », explique le Dr Boisseau, « dans cette région isolée de l’Arménie, tout le monde ne parle pas anglais. Or, c’est une condition indispensable pour participer à cette mission ». Les participants doivent également quitter leur poste et leur famille pour un mois, et ce sans maintien de salaire, ce qui peut également poser des difficultés.
Pour faire suite au séjour du Dr Harutyunyan et du Dr Torosyan, le Dr Boisseau et Sandra Testard se rendront en Arménie pour une durée de deux semaines afin de former les professionnels aux soins et gestes d’urgence. « Au-delà de l’opportunité d’apporter une expertise française à l’étranger et de participer à l’amélioration du système de santé de tout un pays, ces missions constituent avant tout des rencontres et partages de savoirs, menant à des échanges constructifs pour chacun des participants », souligne le Dr Boisseau.
Enfin, le projet se terminera par l’accueil de deux nouveaux médecins au CHU de Poitiers en octobre 2025, pour une durée d’un mois également. Outre une immersion au sein des services similaire à celle qu’ont connue le Dr Harutyunyan et le Dr Torosyan , ils auront également l’occasion de participer à une simulation de plan de secours à grande échelle, exercice permettant de former et entraîner les équipes à ce type d’intervention et de tester la réactivité et la communication entre les différents services de secours du territoire.
Une reconduction de ce projet de coopération avec l’Arménie est envisagée pour les années à venir, sous réserve de l’obtention de financements permettant les déplacements des différents participants.


