Ces deux dernières années, la coordination hospitalière de prélèvement multi-organes et de tissus du CHU de Poitiers s’est consacrée à l’élargissement et l’amélioration des pratiques liées aux prélèvements de tissus au sein de l’établissement. Ces initiatives sont précieuses en cette période de pénurie d’organes et de tissus. Agnès Barrau, cadre de la coordination depuis deux ans, nous les explique.
Innovations et optimisation des prélèvements de tissus
La coordination hospitalière de prélèvement multi-organes et de tissus, composée de quatre infirmiers coordinateurs et d’une cadre de santé, travaille aux côtés du Pr Thomas Kerforne, du Dr Thierry Bénard et du Dr Léanna Fortain médecins coordonnateurs de l’unité. Ses missions, centrées sur le don d’organes, couvrent un large spectre d’actions essentielles. Parmi celles-ci figurent la gestion du prélèvement d’organes et de tissus, l’accompagnement des familles avec le médecin réanimateur, la coordination des examens biologiques et médicaux nécessaires au prélèvement, la constitution d’un dossier donneur en relation avec l’Agence de la biomédecine, ainsi que la coordination du prélèvement lui-même avec le bloc opératoire. Les infirmiers coordinateurs pratiquent également, dans le cadre d’un protocole de coopération, le prélèvement des cornées.
Depuis deux ans, la coordination hospitalière s’attache à élargir et à optimiser l’activité de prélèvements de tissus au CHU de Poitiers. Une avancée majeure a été réalisée avec la mise à disposition d’une salle d’intervention entièrement dédiée à ces procédures. Auparavant intégrés aux prélèvements d’organes, ceux-ci peuvent désormais être menés de manière autonome sur des patients décédés dans ce nouvel espace, situé au sein du centre d’explorations et thérapeutiques interventionnelles. « Il nous a fallu trouver les équipements et le matériel nécessaires aux prélèvements. Notre travail consistera à coordonner les prélèvements de cornées, vaisseaux, du cœur, os et ligaments sur les patients ayant donné leur accord de leur vivant, en perdant le moins de temps possible. Coordonner les équipes chirurgicales, gérer les équipements et le matériel, les nettoyer et veiller au bionettoyage de la salle : c’est un gros travail de coordination. Certains prélèvements peuvent durer jusqu’à 10 h ». Cela concernera environ dix procédures par an.
La coordination a également relancé une activité jusqu’alors suspendue : la récupération des résidus opératoires, tels que les têtes fémorales. Une fois prélevées, ces tissus sont acheminés vers un laboratoire spécialisé, où ils sont traités, soit transformés en poudre pour être réutilisés dans le cadre de chirurgies du rachis soit utilisés en chirurgie orthopédique. Cette pratique répond à une forte demande, notamment de la part du service de chirurgie du rachis, qui en fait un usage intensif. Agnès Barrau a joué un rôle clé dans la remise en place de cette procédure abandonnée il y a plusieurs années. En collaboration avec le bloc opératoire, elle a accompagné la mise en œuvre du protocole de prélèvement, qui ne peut bien sûr être réalisé qu’avec le consentement éclairé du patient. Elle a également identifié et sélectionné un laboratoire partenaire pour assurer le traitement de ces tissus. « Bien que cette mission ne relève pas directement des attributions traditionnelles de la coordination, elle s’inscrit dans une logique de continuité et de complémentarité avec nos activités, explique-t-elle. C’est ce qui nous a motivés à nous investir pleinement dans ce projet ».
L’amélioration des prélèvements de tissus concerne également les autres sites. Le prélèvement des cornées va être mis en œuvre prochainement sur le site de Châtellerault ce qui permettra d’augmenter le nombre de donneurs potentiels sur ce vaste territoire. Une salle adéquate a été aménagée et deux infirmières ont été formées spécifiquement pour cela. Deux autres le seront en 2026. Les dernières formalités administratives et de qualification de la salle par le service d’hygiène sont en cours de validation.
Ces avancées illustrent la dynamique de progrès continu qui anime la coordination hospitalière de prélèvement multi-organes et de tissus depuis plusieurs années. « Nous sommes ravis d’avoir mené à terme ces différents projets surtout pour les patients qui vont pouvoir en bénéficier. Nous bénéficions d’un soutien institutionnel fort en faveur du don d’organes, ce qui facilite grandement notre mission. La directrice générale, Anne Costa, et le président de la commission médicale d’établissement, le Pr Pierre Corbi, nous apportent une aide précieuse au quotidien. De plus, nous disposons d’un plateau technique performant qui le permet. L’ensemble de l’établissement se mobilise autour du don d’organe. C’est forcément moteur », conclut Agnès Barrau. Le prochain projet prévu en 2027 sera la mise en œuvre du prélèvement de l’épiderme, qui fera du CHU de Poitiers l’un des rares établissements hospitaliers de la Nouvelle-Aquitaine à proposer l’éventail de tous les prélèvements de tissus sur patients décédés, en mort encéphalique ou Maastricht III.
Pour répondre aux besoins critiques en tissus
Il est essentiel de souligner que la majorité des prélèvements de tissus réalisés au CHU de Poitiers répondent à des besoins spécifiques identifiés par l’Établissement français du sang (EFS) à Bordeaux, qui assure leur collecte et leur traitement. Cependant, pour certains tissus, la demande est si forte que les prélèvements sont effectués dès lors que le patient ou sa famille a donné son accord. C’est notamment le cas des valves cardiaques. Après le prélèvement du cœur, celui-ci est acheminé vers l’EFS de Bordeaux, où des chirurgiens et des professionnels de laboratoire spécialisés procèdent à la dissection des valves. Les valves pulmonaires, en particulier, sont très recherchées en chirurgie cardiaque pour les jeunes adultes et adolescents atteints de malformations. Une fois évaluées, ces valves offrent une solution thérapeutique majeure : elles permettent aux patients d’éviter un traitement anticoagulant à vie et de retrouver rapidement une qualité de vie normale, y compris pour les sportifs. Les vaisseaux sanguins font également l’objet de prélèvements fréquents, en raison d’une demande constante. Par ailleurs, la pénurie de cornées reste un enjeu critique : seulement 57 % des patients bénéficient d’une greffe dans des délais acceptables, tandis que les autres doivent parfois attendre jusqu’à 18 mois. « Nous rencontrons malheureusement de nombreux refus de la part des familles pour le don de cornées, en raison de la forte charge symbolique associée aux yeux, explique Agnès Barrau. Nous accordons une attention particulière au respect des donneurs et de leurs proches, en assurant une restitution tégumentaire pour préserver la dignité du défunt ».
| Agnès Barrau : une expérience riche dans le domaine du prélèvement d’organes et de tissus Cadre de santé en réanimation chirurgicale depuis septembre 2025, Agnès Barrau occupe également le poste de cadre de la coordination des prélèvements d’organes et de tissus depuis 2023. Son engagement dans ce domaine s’appuie sur une carrière riche de plus de dix ans en tant qu’infirmière anesthésiste diplômée d’État (IADE), au cours de laquelle elle a développé une culture approfondie du prélèvement d’organes. Son expérience opérationnelle est marquée par une immersion totale dans les processus de prélèvement et de greffe : participation aux prélèvements d’organes au bloc opératoire, assistance à de nombreuses interventions, et observation directe de greffes. Ces expériences lui ont permis de mesurer l’importance cruciale de ces pratiques pour la prise en charge des patients. Auparavant cadre au bloc cardio-vasculaire, elle a contribué à la mise en œuvre des procédures Maastricht III au CHU de Poitiers, renforçant ainsi son expertise dans un domaine exigeant et en constante évolution. |