Le 2 avril 2026, le CHU de Poitiers a organisé sa 145ᵉ conférence des « Carrefours de la santé », dédiée à l’anesthésie. À l’Espace Mendès France, cinq professionnels du CHU ont présenté les innovations et les évolutions qui transforment la prise en charge des patients, avant, pendant et après une intervention chirurgicale.
L’anesthésie, une révolution médicale en marche
Le professeur Denis Frasca, chef du service d’anesthésie et de réanimation, a ouvert la conférence en rappelant que « l’anesthésie est une révolution qui a permis de passer d’un pari hasardeux à une spécialité parmi les plus sûres ». Il a retracé l’histoire de l’anesthésie, de l’utilisation de l’éther à l’ère des algorithmes et de l’intelligence artificielle.
Le professeur Frasca a souligné les trois objectifs fondamentaux de l’anesthésie : supprimer la douleur pour permettre l’acte chirurgical sans souffrance, protéger le patient en maintenant ses fonctions vitales stables tout au long de l’intervention, et relâcher les muscles pour faciliter l’accès chirurgical et la ventilation. Ces principes guident chaque étape de la prise en charge, garantissant une sécurité optimale.
L’intelligence artificielle au service de l’anesthésie
Le professeur Matthieu Boisson, chef du pôle blocs opératoires, réanimation et anesthésie, a détaillé l’intégration croissante de l’intelligence artificielle dans la pratique anesthésique. Il a expliqué comment l’IA est utilisée pour faciliter l’apprentissage des gestes, le repérage par échographie des zones à injecter, et l’identification des risques lors de la consultation pré-anesthésique. Grâce à des algorithmes prédictifs, l’IA permet de prévenir des complications comme l’hypotension artérielle, améliorant ainsi la sécurité des patients. Le professeur Boisson a notamment évoqué les résultats d’une étude récente (Wijnberge et al., JAMA 2020) montrant que l’IA permet de réduire de manière significative la durée et la profondeur des épisodes d’hypotension peropératoire, passant de 33 minutes à 8 minutes en moyenne.
Le professeur Boisson a également présenté les avancées en matière de monitorage continu, de check-lists et de protocoles standardisés, inspirés des pratiques de l’aéronautique. Ces outils, recommandés par l’Organisation mondiale de la santé et la Haute Autorité de santé, permettent une vérification systématique et une gestion optimale des risques.
Le parcours patient, une approche personnalisée
Anne Mercier, infirmière anesthésiste, a décrit le parcours du patient, de la préparation à l’anesthésie jusqu’au réveil postopératoire. Elle a insisté sur l’importance d’un accompagnement personnalisé et sécurisé, en expliquant que « tout au long de l’intervention, l’anesthésiste et l’infirmier anesthésiste veillent à ce que le patient soit endormi de manière optimale : ni trop, ni trop peu ».
Parmi les évolutions présentées, la révision des protocoles de jeûne préopératoire a particulièrement retenu l’attention. Les patients peuvent désormais boire des liquides clairs jusqu’à deux heures avant une intervention et consommer des bonbons ou des chewing-gums, juste avant l’anesthésie. Ces ajustements, fondés sur des données scientifiques, visent à améliorer le confort tout en garantissant la sécurité, en limitant les risques d’étouffement liés à la perte de contrôle des réflexes de déglutition.
L’hypnose médicale, une innovation au service du confort
Le docteur Florence Nemoz, anesthésiste-réanimateur, et Christelle Bachelier, infirmière anesthésiste, ont présenté l’intégration de l’hypnose médicale au sein des blocs opératoires. Elles ont expliqué comment cette pratique complète les protocoles traditionnels en réduisant le stress et en améliorant le confort des patients. L’hypnose, sous ses différentes formes (Ericksonienne, conversationnelle, hypnosédation), permet de créer un état de conscience modifié, favorisant une expérience chirurgicale plus sereine.
Le docteur Nemoz a souligné que l’hypnose est particulièrement adaptée aux patients anxieux ou pour des interventions où une anesthésie générale n’est pas indispensable. Christelle Bachelier a partagé des retours d’expérience montrant l’efficacité de cette approche dans l’accompagnement personnalisé, avec des bénéfices concrets : diminution des risques liés à l’anesthésie générale, sortie plus rapide du bloc et de la salle de surveillance post-interventionnelle, et récupération post-opératoire accélérée. Cette approche est aujourd’hui proposée au CHU de Poitiers pour des interventions comme la chirurgie du sein et certaines chirurgies du rachis, où elle permet de limiter le recours à l’anesthésie générale tout en assurant un confort optimal.
Cette conférence a rappelé que l’anesthésie, loin d’être une simple étape technique, est une discipline en perpétuelle évolution, alliant innovation technologique, rigueur scientifique et humanisme. Grâce à l’engagement des équipes du CHU de Poitiers, chaque patient bénéficie d’une prise en charge toujours plus sûre, personnalisée et respectueuse de son confort. Ces avancées, qu’elles concernent l’intelligence artificielle, l’hypnose médicale ou les protocoles de sécurité, illustrent une médecine en mouvement, où la science et l’écoute se conjuguent pour offrir les meilleurs soins possibles.



