Greffes d’organes : le CHU de Poitiers innove pour une transplantation plus sûre et performante

Carrefours santé greffe

Hier soir, jeudi 29 janvier, l’Espace Mendès France a accueilli la 144ᵉ édition du cycle de conférences « Les carrefours de la santé », consacrée aux avancées en matière de greffe d’organes. Organisée par le CHU de Poitiers, en partenariat avec l’Espace Mendès France, cette soirée a permis de découvrir comment les équipes médicales et de recherche transforment chaque étape du parcours de greffe, de l’évaluation du greffon à la chirurgie, en passant par sa conservation et sa réparation.

Un enjeu de santé publique et une approche personnalisée

Le professeur Thomas Kerforne, anesthésiste-réanimateur et coordonnateur du don d’organes et de tissus au CHU de Poitiers, a ouvert les échanges en rappelant les défis actuels de la transplantation en France. Avec trois patients en attente pour chaque rein disponible, la pénurie d’organes reste un enjeu critique. Il a insisté sur l’importance de la loi de 1976, qui établit le consentement présumé au don d’organes, et a encouragé le public à exprimer clairement ses choix de son vivant pour faciliter les décisions des proches dans des moments souvent difficiles.

Il a également comment, à travers ses recherches, il tente de développer des solutions innovantes pour optimiser chaque étape du parcours du greffon. Il a expliqué la métabolomique, une technologie de pointe, qui permet une analyse fine et dynamique de l’état cellulaire des organes, afin de mieux les qualifier et personnaliser leur parcours de greffe. Cette innovation s’appuie également sur l’exploitation des données de santé recueillies à haut débit via l’entrepôt de données du CHU. Ces informations permettraient de prédire la viabilité des greffons et d’adapter les protocoles en fonction des besoins spécifiques de chaque organe.

La conservation des greffons : vers une préservation optimale

L’une des avancées présentées par le Pr Thomas Kerforne concerne la conservation des organes. Traditionnellement, les greffons sont préservés à basse température, une méthode qui limite leur viabilité à seulement quatre heures. Mais il existe une alternative prometteuse : la perfusion normothermique. Cette technique, qui maintient le greffon à une température de 37°C, permet de préserver sa circulation sanguine et son fonctionnement rénal, offrant ainsi une meilleure qualité d’organe au moment de la transplantation. Cette innovation vise à réduire les agressions subies par le greffon, depuis le prélèvement jusqu’à son implantation chez le receveur.

La thérapie cellulaire : une piste pour réparer les organes

Le docteur Clara Steichen, biologiste au service de biochimie et membre du laboratoire Inserm U1313, a partagé ses travaux de recherche sur la réparation des reins à l’aide de cellules souches adultes. Bien que ces travaux soient encore au stade fondamental, ils ouvrent des perspectives inédites pour réparer les organes pendant leur période de conservation, avant leur réimplantation. En utilisant des organoïdes rénaux, son équipe explore des solutions pour améliorer la qualité des greffons et augmenter leurs chances de succès une fois transplantés.

La chirurgie robotisée : une précision au service du patient et du chirurgien

Le docteur Pierre-Olivier Delpech, chirurgien urologue, a expliqué comment la chirurgie assistée par robot, notamment avec le robot chirurgical Da Vinci, présent au CHU de Poitiers, a transformé les pratiques de prélèvement et de transplantation rénale. Cette technologie offre une précision chirurgicale inégalée, grâce à une vue en trois dimensions et une manipulation fine des instruments. Pour les patients, cela se traduit par des cicatrices plus petites et une récupération plus rapide. Pour les chirurgiens, le robot permet une meilleure visualisation des vaisseaux et des organes, réduisant les risques et optimisant les délais d’intervention, quelle que soit la morphologie du patient. Cependant, cette technique reste dépendante de l’accès aux plateaux techniques et nécessite une formation spécialisée des équipes, ce qui limite encore son déploiement à grande échelle.

Un témoignage inattendu

La conférence a également été marquée par l’intervention spontanée d’Éric Guillet, un patient ayant bénéficié de deux greffes rénales au CHU de Poitiers. Son parcours, marqué par des années de dialyse et une vie profondément transformée par la transplantation, a illustré l’impact des avancées médicales sur la qualité de vie des patients. Il a été greffé une première fois grâce au don d’une personne en mort encéphalique, puis dix-huit ans plus tard, il a bénéficié d’une deuxième greffe, par un donneur vivant, son frère.  Son témoignage a rappelé l’importance du don d’organes et la gratitude des receveurs envers les équipes médicales et les donneurs.

Un dialogue ouvert avec le public

La soirée s’est conclue par un échange riche entre les experts et le public. Les questions ont porté sur des sujets variés, tels que la xénogreffe, l’impression 3D d’organes, la durée de vie des greffons, ou encore les limites du nombre de greffes possibles au cours d’une vie. Ces interactions ont permis de souligner l’intérêt croissant pour ces innovations et leur potentiel à révolutionner la médecine de demain.

Le CHU de Poitiers poursuit ses recherches et ses innovations pour rendre la transplantation toujours plus sûre, plus accessible et personnalisée. Ces avancées, combinant science des données, thérapie cellulaire et chirurgie robotisée ne sont pas seulement scientifiques : elles améliorent concrètement la vie des patients et ouvrent de nouvelles perspectives pour les greffes de demain.