Vous vous êtes déjà demandé si votre consommation d'alcool était raisonnable ? Le Dry January est l'occasion idéale pour faire le point et adopter de nouvelles habitudes. En France, ce ne sont pas moins de 12 litres d’alcool qui sont consommés par an et par habitant de plus de 15 ans. L'alcool est également responsable de plus de 49 000 décès par an. Des chiffres alarmants qui soulignent l'importance de réduire la consommation. Pour y voir plus clair, nous avons rencontré Gwennaick Villain, infirmière en pratique avancée, et Céline Berthommé, infirmière, toutes les deux dans le service d’hépato-gastro-entérologie.
Les effets de la consommation d’alcool sur la santé
Souvent associé à la convivialité et aux moments de détente, l’alcool cache une face sombre. Ses conséquences sur la santé, bien au-delà de la simple « gueule de bois », peuvent être dévastatrices. À court terme, une consommation excessive altère les réflexes et la coordination. Elle peut provoquer des nausées, des maux de tête et une déshydratation sévère. À long terme, les risques sont encore plus importants. L’alcool est un facteur de risque majeur pour de nombreuses maladies, dont les maladies du foie (cirrhose), les cancers (foie, œsophage), les maladies cardiovasculaires et les troubles neurologiques. Les troubles liés à la consommation d’alcool sont définis par des critères. Ils permettent ainsi de déterminer si les troubles sont légers, modérés ou sévères. Une fois installé, ce cercle vicieux peut entraîner des problèmes sociaux, professionnels et familiaux. Il est essentiel de rappeler que la consommation modérée peut être compatible avec une bonne santé. En effet, les recommandations sont de ne pas consommer plus de 10 verres standard par semaine, pas plus de 2 verres standard par jour et ne pas consommer d’alcool tous les jours. Cependant, toute consommation excessive doit être prise au sérieux. « Ce qui est important lorsqu’on consomme de l’alcool c’est d’avoir toujours conscience des risques sur sa santé et d’avoir une consommation raisonnée et raisonnable en regard de son état de santé. », indique Céline Berthommé.
Le Dry January : pour tout le monde ?
Le Dry January s’adresse principalement aux personnes qui souhaitent évaluer leur consommation d’alcool et adopter un mode de vie plus sain. Il permet de faire une pause et d’observer les effets de l’alcool sur l’organisme. Cependant, il est important de noter que cette initiative n’est pas adaptée à tous. Les personnes souffrant d’alcoolisme ou d’une dépendance à l’alcool ne doivent en aucun cas arrêter leur consommation sans l’avis d’un médecin. « Un sevrage brutal peut entraîner de graves complications comme des crises d’épilepsie », précise Gwennaick Villain. « Le Dry January est une excellente initiative de prévention qui encourage à réfléchir à sa relation à l’alcool et à adopter des comportements plus responsables, mais si on pense avoir une problématique plus importante, il faut se rapprocher de professionnels de santé ».
Les bénéfices du Dry January
En réduisant ou en arrêtant de boire de l’alcool, même sur une courte période, le dry January offre l’opportunité de faire une pause et d’évaluer les effets de l’alcool sur son corps et son esprit. Même en quelques jours, on peut observer de nombreux bienfaits tels qu’un sommeil plus réparateur et une meilleure digestion, l’augmentation de la concentration et de la mémoire. L’alcool pouvant aggraver les symptômes de l’anxiété et de la dépression, on peut également se sentir plus serein et plus énergique, sans lui.
Le mois de janvier sec, une première étape vers le sevrage
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin dans leur démarche, plusieurs solutions sont possibles. « La première chose à faire est d’en parler ! », insiste Céline Berthommé. En premier lieu, à son entourage ou à son médecin généraliste. Le médecin généralise pourra prescrire éventuellement un fibroscan, examen qui permet de détecter la fibrose hépatique en mesurant l’élasticité du foie. Plus le foie contient de la fibrose, moins il est dur. Il existe quatre stades de fibrose hépatique. Lorsque le corps atteint le 4estade, la personne est porteuse d’une cirrhose. « Il faut quand même noter que la fibrose hépatique n’est pas uniquement déclenchée par la consommation d’alcool, elle peut se développer en cas de diabète, d’obésité ou d’hépatite », indique Gwennaick Villain. Si les personnes ne souhaitent pas en parler à leur entourage ou à leur médecin traitant, il existe également le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA), qui offre des consultations d’addictologie, anonymes et gratuites.
Lorsqu’un temps de sevrage est nécessaire, le point de départ du parcours se situe généralement à l’unité Caliope du Centre hospitalier Henri-Laborit, qui propose un programme de sevrage adapté avec hospitalisation de courte ou longue durée, selon les besoins de chacun. Au CHU de Poitiers, il existe également une possibilité d’hospitalisation pour un sevrage au sein du service d’hépato-gastro-entérologie, avec le soutien du centre hospitalier Henri-Laborit et de l’équipe de liaison et de soin en addictologie (ELSA). Une fois le sevrage terminé, les patients sont orientés vers le centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie pour un suivi régulier. Ce suivi permet de maintenir la motivation, de prévenir les rechutes et de traiter les éventuelles comorbidités. Tous les patients qui ont été en cure à l’unité Caliope, sont adressés à l’hôpital de jour des maladies du foie du CHU de Poitiers pour un bilan de santé complet, incluant bilan sanguin, un fibroscan et une échographie hépatique. Le CHU de Poitiers accorde une grande importance à la prévention. Les infirmières spécialisées en hépato-gastro-entérologie interviennent auprès des patients pour les sensibiliser aux risques de l’alcool et les encourager à adopter des comportements plus sains. Cela est d’autant plus importants que les risques ne concernent pas que les patients suivis pour une dépendance à l’alcool. Certaines pathologies métaboliques comme le diabète ou l’obésité nécessite un suivi et une prévention attentive concernant la consommation d’alcool. En effet, en regard des comorbidités, des pathologies supplémentaires peuvent être plus facilement développées en cas de consommation d’alcool. L’alcool est un facteur de risque. Ces moments constants de prévention sont complétés par une offre de consultation en addictologie, proposée à la fois par un médecin addictologue du centre hospitalier Henri-Laborit qui se déplace une fois par semaine dans le service, et par Gwennaick Villain, qui peut les proposer dans le cadre de son activité d’infirmière en pratiques avancées. Les personnes ayant bénéficié d’une transplantation hépatique, notamment en raison d’une cirrhose alcoolique, font l’objet d’un suivi particulièrement attentif puisque les patients greffés doivent adopter une abstinence totale. Pour compléter cette offre de soins, le CHU de Poitiers développe, depuis 2024, un programme d’éducation thérapeutique du patient à destination des patients transplantés hépatiques. « Je souhaiterais pouvoir développer cet aspect en me formant à travers un diplôme universitaire en addictologie et ainsi proposer des ateliers d’addictologie, à la fois au sein de la Vie la Santé mais également dans le service d’hépato-gastro-entérologie », souligne Céline Berthommé. Le CHU de Poitiers travaille en étroite collaboration avec d’autres acteurs du territoire pour offrir une prise en charge globale aux patients. Gwennaick Villain intervient notamment auprès des populations les plus vulnérables, en proposant des actions de dépistage et de prévention, hors les murs.
La consommation d’alcool, bien qu’intégrée dans de nombreuses cultures, n’est pas sans risques. Il est primordial d’avoir une consommation modérée et de rester conscient des effets néfastes qu’elle peut avoir sur la santé, notamment au niveau du cerveau et du foie. L’addiction à l’alcool, reconnue comme une maladie psychiatrique, illustre parfaitement la perte de contrôle qui peut survenir lorsque la consommation devient excessive. Ce mécanisme, commun à d’autres substances comme le tabac ou le cannabis, souligne l’importance d’une prise de conscience individuelle et d’un accompagnement adapté pour ceux qui en ressentent le besoin.
| Le 1er février, les deux infirmières, ainsi que des membres de la Vie la Santé seront présents dans la galerie commercial Aushopping Poitiers Sud pour des animations autour du Dry january et de la consommation d’alcool. Cela peut être l’occasion de venir leur parler et pourquoi pas d’entamer une démarche d’accompagnement ! |